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La tribune revient sur l’ensemble des conséquences que peut causer l’application des réglementations de ce nouveau décret. Parmi les signataires, on compte de nombreuses figures du monde de l’électronique tel que Jeff Mills, Jean-Michel Jarre, Laurent Garnier, ainsi que l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, le Rex, les Nuits Sonores, Concrete...

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Le décret en question vise à protéger l’audition du public exposé à des sons amplifiés et à des niveaux sonores élevés ainsi que la santé des riverains de ces lieux. Cette nouvelle réforme s’applique notamment aux lieux ayant une capacité d’accueil de plus de 300 personnes. Elle exigera l'aménagement d'espaces de repos, où la musique ne dépassera pas les 80 dB, et ce quelle que soit la capacité d’accueil de l’établissement. En l'absence de ces espaces, le son devra carrément être réduit au cours de la soirée durant des "temps de repos sonore". Des requêtes qui pourraient entraîner "la mort" des "petits établissements", selon la tribune. 

L’application de ce décret demande également la mise en place de dispositifs techniques. Les lieux diffusant de la musique amplifiée devront enregistrer en continu les niveaux sonores auxquels le public est exposé. La tribune souligne le manque de fiabilité de la mise en oeuvre du décret : « Les mesures sonores ne seront jamais identiques en tous points d’une salle, pour tous les sujets et tous les taux de remplissage. Et qui mesurera le bruit généré par le public lui-même ? » Selon Michel Pilot, conseiller culturel et évènementiel qui a travaillé sur le recours aux côtés d’Aurélien Dubois, président de la Chambre syndicale des lieux musicaux, festifs et nocturnes et fondateur de l'agence Surprize (Concrete, Weather Festival), "plusieurs techniciens" avancent que ces dispositifs sont "quasiment impossibles" à mettre en place et engendreraient des "coûts faramineux"

« Il y a eu une énorme manifestation des associations de riverains qui ont eu beaucoup de poids sur ce décret » ajoute Michel Pilot, pointant du doigt le zèle réputé de ces associations qui voient d'un mauvais oeil la vie nocturne et son brouhaha festif. À titre d'illustration, l'adjoint à la Mairie de Paris et conseiller de la Nuit Frédéric Hocquard est allé jusqu'à réclamer l'instauration d'un "principe d'antériorité", qui protégerait les établissements de quartiers historiquement animés la nuit des pressions de ces mêmes associations.

La réforme compte également abaisser le volume du son à « 102 décibels pondérés A sur 15 minutes et 118 décibels pondérés C sur 15 minutes ». En renforçant un décret déjà mis en place 1998, lequel fixait le niveau sonore maximal à 105 dB, le gouvernement justifie dans un communiqué une mise à jour nécessaire, motivée par des recommandations du Haut Conseil de la santé publique. « La réglementation actuelle s’est révélée au fil du temps insuffisamment protectrice (les niveaux sonores fixés en 1998 trop élevés tant pour le public que pour le voisinage) ».

Un argument que n'entend pas Michel Pilot, pour qui cette baisse dénature les oeuvres musicales. « Les sensations vont être modifiées, notamment au niveau de l’esthétique musicale. La baisse du volume aujourd’hui demandée dans le décret, modifie les oeuvres musicales lorsqu’elles sont diffusées ». Des modifications, qui, selon les membres de la Chambre syndicale, viendront alors impacter l’ADN des musiques, particulièrement celles portées sur les basses fréquences. 

Le décret devrait être appliqué dès octobre 2018, sous réserve de rejet du recours déposé par la Chambre syndicale. À l'échelle de l'Union européenne, cette nouvelle réglementation placerait la France parmi les pays les plus sévères en terme de restrictions sonores.