Photo en Une : © Gérald Ruello / Multison 44

Vendredi 13, les collectifs de soundsystems des quatre coins de la France et les ministères de la Culture, de la Santé, de l’Intérieur et de la Jeunesse/Éducation se réunissaient en présence des associations Techno+ et Freeform. Un entretien censé relancer la discussion entre collectivités, collectifs et gouvernement, après une lettre envoyée par la coordination nationale des soundsystems en juin dernier au Premier ministre Édouard Philippe.

Un passif et une loi peu indulgente

À la demande toujours renouvelée par les soundsystems et organisateurs de free parties de revoir ─ ou supprimer ─ l'amendement Mariani, le ministère de l’Intérieur a répondu une fois de plus d’un non catégorique. « [Pour le ministère] il n’est pas question d’accepter cette revendication, et ils considèrent que les menaces de saisie sont une arme efficace pour « contrôler » les soundsystems » cite Freeform sur sa publication. Les méthodes de "contrôle" des autorités sont pourtant remises en question par les collectifs, qui dénoncent violences, abus de pouvoir et saisies trop fréquentes sur les petites teufs. Autre exemple troublant, la perquisition de l'association de réduction des risques Techno+ par les forces de l’ordre en novembre 2016 pour production, consommation, vente et promotion de stupéfiants. Un paradoxe.

« Pour le gouvernement, les teknivals ont un très mauvais bilan, avec beaucoup de décès, des factures pour le nettoyage et la remise en état des sites et de nombreuses nuisances. » Preuve à l’appui avec les tekos du 1er mai et du 15 août derniers, l’État se montre ferme. Les collectifs lui reprochent le manque de dialogue et d’indulgence vis-à-vis de ces célébrations, mais doivent bien admettre le bilan décevant de ces dernières éditions (certains collectifs n'avaient pas manqué de s'en indigner sur les réseaux). Le dernier teknival avait notamment abandonné 30 tonnes de déchets, ramassés par la municipalité et les services publics. Les deux parties se sont accordées pour dire qu’il fallait que les choses changent ; une définition claire de ce que représente un tekos, une meilleure organisation et une vraie autogestion de la fête.

Des mesures pour un avenir plus prometteur

La première mesure concerne une meilleure mobilisation des « médiateurs », principalement des fonctionnaires du ministère de la Jeunesse. Depuis mars 2017, ces personnes sont désignées faciliter le dialogue entre organisateurs et gouvernement. « Il est décidé d’un commun accord d’organiser des réunions entre les sons d’un département et les médiateurs sans « actualité », juste pour se rencontrer et échanger sur la situation des free dans le département », rapporte Freeform. Une décision épaulée par la présentation de la Coordination Nationale des Collectifs de Sound Systems, qui permet à ces derniers de s'exprimer conjointement.

Autre prise d’initiative de la part de l’État : l’instauration de fêtes « fédérales » régionales, ou multisons départementaux. En Bretagne, en Occitanie, dans le Pays de la Loire et la région Centre Val de France, l’établissement de ces fêtes libres régularisées se base sur des expérimentations réalisées en 2008 et en 2012 dans les régions nord-ouest de l’Hexagone. « Les multis sont des teufs légales qui regroupent un certain nombre de soundsystems du département pour poser ensemble. Dans un projet de multi, l’État s’engage à ce que le projet aboutisse, ce qui veut dire un coup de main pour le site, les relations avec les élus et les riverains, etc. » Les conditions n’ont cependant pas encore été définies, que ce soit le nombre de teufs organisées ou les modalités de l’organisation en elle-même. Les collectifs des régions concernées doivent également donner leur accord et se lancer dans la démarche. Mais cette action permet d'entrevoir un terrain d'entente et un dialogue plus apaisé, même si certains ─ en commentaire de la publication de Freeform ─ semblent sceptiques face à ce qui s'apparente selon eux à une mainmise du gouvernement sur la free party et son organisation.

Les perspectives pour l’avenir proche de la fête libre en France ne sont pas très concluantes, même si le progrès reste appréciable. Le ministère de l’Intérieur campe sur ses positions et sur l’application de la l'amendement Mariani. Freeform conclut cependant que la free party est ─ légèrement ─ soutenue par d’autres ministères. « La présence du Ministère de la Culture était importante, et celui-ci s’est clairement exprimé en disant que la free party était une pratique amatrice qui a sa place au côté des autres pratiques culturelles des Français. Un échange devrait avoir lieu sur le sujet pour approfondir et formaliser cette affirmation. »