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La SACEM se serait-elle enfin convertie aux musiques électroniques ? Après des années de relégation au bas de la pile en terme de répartition des droits d'auteurs, les œuvres des producteurs et le travail des DJ's semblent bénéficier depuis une paire d'années d'un intérêt renouvelé de la part de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), qui gère justement ces droits.

L’année dernière, celle-ci publiait la première grande étude consacrée au genre en France, en dressant notamment un état des lieux des pratiques, des attentes et de l'économie du secteur. Un travail de recherche qui a mis en lumière les enjeux, ainsi que les points forts et points faibles du milieu. Annoncée dans la foulée, la création future d'une plateforme pour informer et mettre en relation les acteurs.

Une année plus tard, la SACEM annonce enfin le lancement de L’Electronic Music Factory (EMFactory), une plateforme en ligne qui regroupe des informations à la fois juridiques et pratiques à destination des professionnels, portée en partenariat avec l’Irma (centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles), Technopol et le Bureau Export.

Elle a été conçue pour aider aussi bien les artistes qui débutent leur carrière, que des organisations déjà établies. « Pour accéder aux informations sur le site on rentre par différents profils : artiste, label, booker, éditeur et aussi organisateurs de soirée, clubs et festivals. Pour chaque thématique il y a des fiches techniques détaillées » explique Olivier Pellerin, chef de projet d’EMFactory. 

Son objectif est d’accompagner les acteurs du monde de l’électro en leur proposant de l’aide et des démarches à suivre pour trouver un label, du matériel, etc. « C’est un réseau d’information, de formation, où l'on retrouve des éléments pratiques sur comment trouver un studio ou bien des aides. On informe aussi sur la loi, les nouvelles réglementations sonores à respecter par exemple, poursuit Olivier Pellerin. On comptait déjà des structures comme Irma ou Technopol qui servaient à la musique électronique. Mais avec Electronic Music Factory, toutes ces informations sont centralisées au même endroit et accessibles à tout le monde. »

La SACEM profitait de l'occasion pour annoncer le résultat de son appel d'offres entre systèmes d'identification des tracks diffusés en club, festival, etc. L'heureux élu s'appelle DJ Monitor, et vante une base de données rassemblant plus de 46 millions d’œuvres, avec un taux de reconnaissance des titres annoncé de 93,8%. Celui-ci serait possible grâce à la technologie dite du "fingerprints" qui isole des fractions de musique avant de les encoder : si l'un de ces fragments est "entendu" par le dispositif-boîtier installé dans le club, ce dernier renverra à la Sacem que le morceau en question y a bien été diffusé.

Cette collaboration stratégique permet à la plateforme de pouvoir identifier les titres et ainsi d'aborder l'un des grands enjeux de la musique électronique : la rémunération des producteurs en droits d'auteur. « Parfois les droits d’auteurs ne sont pas bien pris en compte parce que les artistes pensent que leur musique n’est pas reconnue, etc. Avec ce nouveau système de tracking, l’artiste pourra récupérer les droits d’auteurs en s’inscrivant au préalable à une société de gestion de ces droits. » 

Bien sûr, l'installation de cette technologie – gratuite, prise en charge par la Sacem – dans les lieux de diffusion, et ce principe d'identification, ne sont pas sans poser un certain nombre de questions : quid de l'utilisation des samples d'œuvres déposées à la Sacem dans des morceaux qui ne le sont pas, quel morceau sera reconnu ? Comment rémunérer des producteurs inconnus à la Sacem mais dont les morceaux sont mixés par un DJ ? Le versement des droits d'auteurs ne va-t-il pas encore d'abord bénéficier aux artistes les plus installés ?

Pourtant, tant à la Sacem que chez DJ Monitor, on se veut rassurant : "La proportion des artistes de musiques électroniques déposant leurs œuvres à la Sacem est plus élevé qu'on ne le croit, jusqu'à 70 à 80%", assure Olivier Le Covec, directeur de la répartition de la Sacem. Qui avance justement le lancement de la plateforme EMFactory comme un outil essentiel pour faciliter l'information, l'inscription et le dépôt d'œuvres des artistes de musiques électroniques, parfois réticents. Ces derniers bénéficient par ailleurs d’un délai de cinq ans pour réclamer à la SACEM les droits d'auteurs qui n’auraient pas été identifiés.