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La maîtrise des niveaux de fréquences et la spatialisation du son est déjà au cœur du travail des ingénieurs du son et des différents chercheurs affairés à restituer la musique avec le plus grand réalisme possible. Leurs objectifs, une expérience musicale riche en sensations, diminuer les risques auditifs, et faire vivre la musique comme si l’on était au beau milieu des musiciens. L’expérience 360°, c’est exactement cela : diffuser le son comme s'il était autour de nous, et créer une impression de spatialisation proche de la réalité. Au-delà, on imagine sans peine les nouvelles voies de création possibles.

À ce sujet, Radio France et nouvOson avaient initié la série SEQUENCES, collection de plusieurs live sessions exclusives en compagnie de DJ’s et producteurs de renommée comme NSDOS, Molécule, Chloé, Jacques, Zadig, Voiski, Red Axes, Arnaud Rebotini… Chacun a pu y offrir une performance inédite entièrement centrée sur la spatialisation et l’expérience en binaural – l'autre nom pour l'écoute à 360° ─ à écouter évidemment avec un casque pour une réelle immersion.

Dans son dernier numéro, Trax rencontre Hervé Déjardin, l'un des ingénieurs à la tête du projet binaural chez Radio France. Pour lui, cette technologie trouve son application idéale avec la musique électronique. "Avec les sons électroniques, il n’y a aucune référence à des sons naturels, ou très peu. Donc là, on peut se permettre de créer de sons qui sont drôles, tristes, on est dans une relation émotionnelle. Si on ajoute le mouvement dans l’espace, il y a vraiment de la vie. Un peu comme des personnages de dessins animés, les sons auront une vie, une personnalité." 

Le 360° à portée de main

Dans l’actualité récente, l'écoute en 360°, c'est celle d’une paire d’écouteurs, appelée 360 Earbuds, qui s'acquière contre les 55$ demandés sur la page Kickstarter du projet. Moins sophistiquée que les recherches en binaural de Radio france, celle-ci simulerait toutefois un système son surround 5.1 et le recréerait en 3D de façon virtuelle. Le fondateur Calvin Wang affirme que ses écouteurs permettraient de ressentir des basses habituellement audibles via les subwoofers, et normalement impossibles à diffuser avec qualité dans des écouteurs. Les trois chambres acoustiques des 360 Earbuds apporteraient une qualité sonore supplémentaire pour ces basses fréquences, malgré une couverture de 8Hz à 20KHz ─ très fréquente dans les écouteurs présents sur le marché. Certains médias spécialisés en ont déjà fait leur favori.

Un modèle d'écouteurs vantant lui aussi un son à 360° était présenté cette année par Sennheiser, au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. L’Ambeo Smart Surround, axé lui sur le son binaural, présente la particularité de permettre l'enregistrement sonore à 360° grâce aux micros disposés sur chaque écouteur, pour une captation "à la manière de ce que nos oreilles perçoivent". Une manière, pour la marque, d'anticiper sur de futures vidéos avec prise de son à 360° sur son smartphone. 

L’avenir des sound-systems en club

Les professionnels de la musique sont bien sûr les principaux intéressés par ce système de diffusion sonore. Au sein des Dolby Laboratories, établis à San Francisco, toute une bande d’ingénieurs passionnés de musique électronique se sont penchés sur la question, avant de lancer le système son Atmos. Principalement destiné au cinéma pour une expérience immersive, il permet également de diffuser du son à 360° en club.

Combiné à un logiciel de spatialisation, Atmos donne vie à une toute nouvelle ambiance en club, la logiciel isolant chaque stem ─ lorsque cela est possible ─ et offrant au DJ la possibilité de personnaliser intégralement la diffusion de ces différents sons. Pour compléter le projet, Beatport met à disposition de ses clients une section Stems par genre, et permet à des DJ’s d’acheter des tracks découpés, où chaque son est isolé comme dans le projet Ableton/Traktor/Reason et autre logiciel de M.A.O. On y retrouve des morceaux sortis de 2014 à aujourd’hui, produits par Adam Beyer, Sam Paganini, Modeselektor… Même si la liste est relativement courte, et les releases peu fréquentes,l ’achat de stems habituellement utilisé pour les remixes prend ici un tout autre sens.

Native Instruments fait également son trou dans le milieu. Avec la sortie de son nouveau logiciel Stems, la compagnie historique de production musicale assistée par ordinateur offre également le même principe aux DJ’s que le logiciel d’Atmos, à quelques détails près. A la manière d’un Ableton qui permet la manipulation des loops et de travailler en live, Stems rend également possible la création en direct et ─ surtout ─ la possibilité pour le DJ de maîtriser le pan de chacune de ses pistes. Encore une fois, il lui faudra posséder les stems des tracks prévues pour monter de toute pièce cette expérience. Combiné à un système-son Atmos, la diffusion en club s'annonce riche en nouvelles expériences auditives.

Pour l’instant, rares sont les lieux de la nuit à faire profiter à leur public d’une telle technologie. En Angleterre, le mythique Ministry Of Sound est l’un des seuls clubs à proposer ce type de sound-system à ses fidèles. Dans une tribune sur le site britannique Arstechnica, le DJ australien bass music Mark Walton y raconte son expérience de DJing 360° : 8 Pioneer CDJ-2000, une table de mixage DJM-900, 60 enceintes dans la salle et un MacBook Pro où l’application Atmos tourne sans cesse. Même si peu de tracks sont encore adaptées au système, le DJ affirme que même les morceaux mixés en stéréo bénéficient d’un rendu spatialisé déjà très performant. Reste à savoir quand les clubs de l’Hexagone pourront se doter d’une telle mise en scène sonore, qui reste extrêmement coûteuse.