Photo en Une : © Musée nationale des arts asiatiques - Guimet

Danser entre des statures millénaires, c'est ce que vous propose Trax avec la soirée Guimet [Mix] samedi 14 octobre, dans la cour khmère du Musée des arts asiatiques. “Les sculptures datent du VIIe et du XIIe siècle”, explique Sophie Makariou, la présidente du MNAAG, avant de détailler un peu plus la typologie de ce dancefloor spécial, qui sera dirigé par le producteur Renart. “Ce qui est intéressant dans cette salle, c’est l’association d’un décor architectural et de ces impressionnantes sculptures cambodgiennes. La collection d’oeuvres du Cambodge que nous possédons au musée est la plus importante au monde, juste après les œuvres qui sont exposées à Phnom Penh, la capitale du pays.”

Une soirée qui offrira donc un mélange surprenant entre art ancien et musique contemporaine, durant laquelle le jeune producteur français mixera notamment des enregistrements de musiques traditionnelles asiatiques.

Pour cet événement, Renart a eu le privilège d’accéder aux archives soigneusement conservées du musée. Un fonds sonore lancé dans les années 1930 sous l’impulsion de Philippe Stern, alors conservateur du musée et passionné d’ethnomusicologie. « Son but était d’enregistrer une mémoire sonore en train de disparaître, précise Sophie Makariou. Ouvrir ce fond à de jeunes musiciens qui produisent de la musique électronique, c’est aussi leur permettre de puiser dans d’anciennes œuvres pour en créer une contemporaine. » 

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Malheureusement la collection reste trop fragile et n'est donc pas accessible au public. « Un projet de numérisation de ces fonds sonores est en cours. Le but est de numériser l’ensemble de ces archives pour que tout le monde puisse piocher dedans et pouvoir ainsi les utiliser, les exploiter, les remixer. » 

En attendant ce projet de numérisation, vous pouvez tout de même découvrir une partie de ces fonds sonores grâce au reportage d'un de nos journalistes, Michael Petkov-Kleiner, qui a eu la chance d'explorer ces fameuses archives avec le DJ Iueke, cofondateur du label Antinote.

Extrait du Trax 201/ Avril 2017

Le musée Guimet

Il est quasi 13 heures, direction le Musée des arts asiatiques – Guimet. « Vous avez de la chance, vous êtes les premiers journalistes à descendre dans nos sous-sols depuis très longtemps », nous rappelle Cristina, la conservatrice des archives du musée, en appuyant sur le bouton -2 de l'ascenseur. « Ce fonds sonore a commencé à être alimenté dans les années 30 par Philippe Stern, conservateur du musée et passionné d'ethnomusicologie. Après la Seconde Guerre mondiale, le musée a mis en place une collecte plus systématique d'enregistrements de terrains par des ethnologues. Actuellement, nous possédons 1 600 disques, un peu plus de 500 bandes et 600 cassettes. » 

Arrivés en bas, Cristina nous montre vite fait les armoires et les travées. Là, de la musique asiatique, ici de la musique d'Afrique, du Moyen-Orient. Gwen est comme un dingue. Encore une fois, le fond n'est pas énorme mais bourré de perles. Et ici, il a physiquement accès aux disques que nous pourrons écouter sur une petite platine mise à notre disposition. Je le laisse fouiner. Il revient avec un premier disque. La pochette est bleue avec une photo de pêcheurs arabes sur le bateau. Il s'agit de Pêcheurs de perles et musiciens du Golfe persique (Occora, 1984). « Ça, c'est un de mes disques préférés, une musique de pêcheurs de perles. Quand les mecs partaient sur leurs rafiots, ils chantaient pour éloigner la solitude. Ce sont des chants très particuliers, de la musique de transe. Dans les graves, on dirait presque des chants gutturaux tibétains. Ce sont des chants d'hommes qui allaient quasiment à la mort. » 

Le deuxième disque : une pochette blanche avec au centre une représentation d'une divinité tibétaine. « Tiens, un disque que je ne connais pas : Herein Lies a Beautiful Ornament, a Tibetan Ritual Visualisation in the Cycle Known as Sdrolma gYul-zLog by the Noble Nararjuna. Des rituels de protection. Bon, il s'agit de chants tibétains plus ou moins classiques, très efficaces pour pénétrer les portes de la perception. » Pour le troisième disque, il pousse des grands cris d'exaltation. Il revient avec Music in the World of Islam. Recordings by Jen Jenkins. 1 : The Human Voice (Tangent records, 1976) « Tiens, trouve-moi l'album My Life in the Bush of Ghosts, de Brian Eno et David Byrne (1981) sur ton téléphone. En fait, Eno et Byrne ont utilisé plusieurs pistes de World of Islam sur leur album. Je vais te montrer ça très concrètement. » Gwen réalise ainsi un petit exploit : il cale à la perfection le morceau Regiment sur la piste 2 de la face 2 de World of Islam. Les deux vocaux coïncident complètement. Moment de grâce dans la cave. Gwen nous éclabousse de son talent. On ne m'avait pas menti, ce type est un véritable cador. 

Comme quatrième disque, il me présente une boîte bourrée d'acétates. « Des acétates ? Ce sont des disques très particuliers. Ils sont faits d'une plaque de métal recouvert d'une fine pellicule de vinyle. De ce fait, ils ont une odeur spéciale et ils sont plus lourds. Je vois qu'ils sont dans une boîte Pyral, un service de gravure pour l'industrie et aussi pour les particuliers. Ce sont des modèles uniques, donc inestimables. » Dans cette boîte donc, des violons bulgares, des conférences sur l'épopée tibétaine, des chants du Bengale… Gwen termine de manière virtuose la « session Guimet » avec Traditional Music of Southern Laos (Philips/Unesco, 1973) dont le morceau Lot Fay Tay Lang imite la cadence d'un train à l'aide d'un instrument qui se situe entre l'orgue et la flûte de pan géante. 

Toutes les informations sur la soirée du samedi 14 sont à retrouver sur la page Facebook de l’évènement.