Photo en Une : © Trax Magazine

Cette semaine est décidément bien politique chez Trax. Après avoir interviewé Jean Lassalle, qui s'est découvert un goût pour la house music, voilà Jacques Cheminade qui nous rend visite. En l'apercevant à travers la baie vitrée du japonais d'en face, on a cru à une sacrée coïncidence ; mais pas si improbable finalement, puisque les bureaux de son parti Solidarité et Progrès se trouvent à deux pas des nôtres. L'occasion était trop belle.

"La musique en général c’est quelque chose qui met en accord l’être humain"

Lorsque l'on lui parle de musique, Jacques Cheminade n'est pas insensible. Dans son programme politique, il mettait l’accent sur l’importance de l’éducation à la musique dès l’école maternelle, qu’elle passe par la chorale ou par la pratique instrumentale. L’art et la science qui sont "les domaines où s’exprime la création" doivent être "rendus au peuple et aux jeunes". Cette idée démocratique trouve à ses yeux une belle pierre de touche dans les musiques électroniques : "J’en écoute peu, ce n’est pas vraiment mon truc […], mais il y a quelque chose d’essentiel dans la musique car ce n’est pas écrit avec des mots, avec des paroles établies. C’est quelque chose qui rompt avec l’ordre habituel des choses et permet d’aller vers des choses nouvelles".

S’il admet mal s’y connaître en musique électronique, le nom de Jeff Mills lui paraît familier. Pas étonnant, vu que l'ex-candidat de la colonisation de Mars et le producteur de Detroit partagent, si ce n'est que cela, une passion pour l'exploration spatiale. "Je suis d’accord avec ce qu’il pense. L’exploration de l’espace amènera nécessairement une nouvelle forme de sensibilité humaine à se développer. […] Et là, ça produira des choses dans le domaine artistique qu’on ne peut pas encore ni envisager, ni concevoir."

Nous lui avons donc fait écouter The Bells, pour voir s’il partageait autant les idées que le goût du pionnier de la techno de Détroit. Et toujours en philosophe, il nous en a livré ses impressions : "Cela m’évoque quelque chose d’un peu trop mécanique et répétitif. [Jeff Mills] devrait, à mon sens, à partir de là, travailler plus sur ce que l’espace amène comme renouveau et changement et transformation dans un ordre absolument non linéaire". C’est sans savoir que Jeff Mills, avec près de 30 ans de production derrière lui, a mené quantité de projets hybrides et avant-gardistes, faisant entrer en collision la techno avec le classique ou encore avec le jazz contemporain. Quand on sait la charge conceptuelle de son dernier album Planets, l'on suppose que les deux hommes auraient bien des choses à se dire. 

Bon, vous n'êtes pas près de croiser Jacques Cheminade en rave pour autant. S'il aime "l’esprit de fête", il se méfie des dérives de la fête "trop free" : "le danger c’est que l’aspect animal prenne le dessus, lorsqu'on fait la fête pour faire la fête, qu'il se développe et que l’aspect humain soit oublié." Et de mettre en danger contre l'usage de drogues "lorsqu'elle devient une échappatoire, et non pas un outil de connaissance." Chamane, Jacques Cheminade ?