Photo en Une : © Fabrizio De Patre

Un mois déjà. Un mois que nous avons quitté Dour et son festival. Un mois que les souvenirs reviennent et que les meilleurs restent. Alors, une question se pose : « Comment raconter ces 5 jours de musique, de camping et de fête ? » Car ce sont bien 5 jours hors du temps, coupés du monde (aussi parce que nous n’avions plus de batterie) et peu reposants que nous avons passé sur la Plaine de la Machine à Feu. Alors que l’on commence tout juste à se remettre sur pied, voici le récit, jour par jour, de cette belle aventure belge.

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© Nico Deb

Mercredi

Par goût du voyage, et également par manque d’organisation, nous avons décidé de rejoindre le festival en navette. Courte nuit avant de prendre le bus censé partir aux aurores mais dont le départ se fera aux alentours de midi. Et pourquoi pas ? L’ambiance est relativement calme. On ferme les yeux et on les rouvre cinq heures plus tard sur une voiture subissant un contrôle de police, tous passagers dehors. Nul doute, on est arrivé. Nous nous joignons à la dizaine de milliers de festivaliers / campeurs qui investit déjà le festival. Nous sommes légion. Les premiers « DOOUUUUREUUUH », cris de ralliement des participants, se font entendre. Passé l’immense entrée, le camping de la plaine se déroule sous nos yeux, à perte de vue. Nous faisons le chemin aux côtés d’un groupe qui a entrepris de ramener son propre sound-system maison. Vu le nombre de bracelet à leurs poignets, ce n’est pas leur première édition. Ils enverront du son depuis leur campement pendant 5 jours.

Nouveauté cette année, les organisateurs ont mis en place le Green Camping. Pour 15 euros supplémentaires les campeurs ont accès à un site proche de l’entrée du festival, isolé et calme, où le tri des déchets est obligatoire. Le nombre de place étant limité, il a fallu vite se décider. On s’est laissé tenter ; on ne le regrettera pas. Le temps d’installer nos tentes et de commencer l’apéro, il est déjà 20 heures. Peu de représentants de la musique électronique pour ce premier jour, mais on tient quand même à aller voir les rappeurs Vald et Damso, qui, fidèles à leurs habitudes, vont retourner leur scène respective. Un peu avant 23 heures, sur la scène principale, The Last Arena, va débarquer M.I.A.. Nous l’attendions et elle n’a pas déçu.

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© Tomás Vieira

Celle qui avait fait la couverture du Trax d’octobre 2016 nous plonge dans un show impeccablement réglé, bouillonnant d’énergie et accompagné d’une scénographie en référence à son titre « Borders ». Classiques et nouveautés se succèdent. Un fan frise l’apoplexie. C’est déjà beaucoup d’amour pour un premier soir. Le concert se termine et nous avons l’impression d’être lessivés. Il va falloir reprendre des forces avant la dernière prestation de la soirée. De minuit à deux heures, nos cœurs se sont tournés vers Vandal. Le Britannique, cofondateur du soundsystem Kaotik, fera presque exploser la Jupiler Boombox (du nom de la bière qui coulera dans notre sang pendant 5 jours). Pendant une heure et demie il va enchaîner les tracks hardcore, jungle, et mettre en avant ce genre dont on lui attribue la création, le raggatek. Le rideau tombe à deux heures. Nous avons tous envie de continuer la fête. La musique des bars du « Village » du site et les installations de fortune des copains du Camping Regular feront très bien l’affaire jusqu’au petit matin.

Jeudi

Quelle est cette douleur qui transperce notre tente ? Ah, ce n’est que la lumière du jour… Les plus téméraires d’entre nous sont allés recharger à la première supérette située à un peu plus 45 minutes de marche de l’entrée principale du site. Ces quelques mots leur sont dédiés. Chacun paye les excès de la veille et c’est sur les coups de 19h30 que nous attaquons de nouveau les festivités, avec Wax Tailor, dans l’attente frénétique de son Que Sera. Ce qui va se passer ensuite va vous étonner. À partir de 21h30 nous nous élançons tout d’abord vers Goldie sur la scène Dub Corner, l’un des boss anglais de la drum'n'bass accompagné du rappeur Illaman. Les têtes font des bangers, les dos se voûtent, c’est joliment violent. Notre voisin lance à sa compagne : « Tu avais remarqué que Goldie est dans le film Snatch ? » Fun fact.

On change de scène. Le temps de passer rapidement sur le live presque mystique de Red Axes et nous continuons notre marche vers le live que nous attendons. Celui de Larry Heard, aka Mr Fingers, figure incontestable de la house de Chicago. Lui qui, à 57 ans, se fait de plus en plus rare sur scène, fait sa tournée des festivals d’Europe. Nous arrivons peu après le début et malheureusement la mayonnaise ne prend pas. Le tout est un peu linéaire, nous en attendions un peu plus de la part de ce grand Monsieur. Nous ne lui en tiendrons pas rigueur, l’ambiance est au rendez-vous. On décide d’aller en prendre plein les mirettes avec la prestation de Vitalic en mode « ODC live » sur The Last Arena, avant d’aller retrouver le groove de Todd Terje qui nous fera passer la barre des douze coups de minuit avec cette house-disco dont il a le secret.

On reste sur la scène « La Petite Maison Dans La Prairie » pour apprécier l’efficacité du patron du label Rush Hour, Antal. On en oublierait presque d’aller faire une « pause » sur le live de Karenn qui se déroule dans « La Caverne ». L’association de Blawan et Pariah ne laisse personne indifférent. Le parquet émet des craquements et leur techno brute nous emporte jusqu’à la fin de leur prestation aux alentours de 2h30. Retour à la Petite Maison pour le début du set la tornade The Black Madonna. Dès les premières notes, les plus initiés échangent des sourires complices, «Dancer » de Gino Soccio retentit. Sa performance ne connaît aucun faux pas, le public est conquis et elle nous tiendra tout le long de son set, que l’on ne verra pas passer. Nous regagnons nos tentes rassasiés.

Vendredi

Quelques-uns doutent de leur survie jusqu'à la fin du festival. Grâce à la magie du Green Camping, nous prenons rapidement une douche salvatrice et optons pour une sieste dans les hamacs mis à notre disposition. Un petit goût de paradis. En fin d’après-midi nous débarquons sur la magnifique scène Red Bull Elektropedia. Pour cette dernière l’organisation n’a pas lésiné sur la scénographie, les photos parlent d’elles-mêmes. Apollonia a commencé son set de trois heures. Dan Ghenacia, Dyed Soundorom, Shonky remplissent la colline qui devient rapidement pleine à craquer. Les trois Français sont à la hauteur de leur renommée, on ne bougera plus. S’ensuit l’étoile filante belge Amelie Lens, accompagnée de sa techno sombre, « pure et dure » comme elle nous l’expliquait en décembre dernier. Le soleil entame sa chute, on se sent à notre place.

Nous finissons par nous arracher de cette scène Red Bull pour se lancer dans le live à la fois instrumental et micro de Trentemoller. Une belle transition avant le superbe récit de Superpoze, qui durera une heure. Entre onirisme, ambient et rythmes lents, nous perdons la notion du temps. Un passage au bar nous démontre l’efficacité du service. Pour les 45 000 festivaliers présents, l’attente ne dépasse pas les 3 minutes. C’est donc plein d’entrain que nous retournons sur la scène Red Bull Elektropedia. Blawan est bien présent, la nuit est tombée et la scénographie s’offre dans toute sa splendeur avec ses ligths et ses panneaux latéraux.

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© Remy Rupp

Nous danserons jusqu’au début du set de Nina Kraviz qui confirme son affection plutôt récente pour l’acid techno et déroule un set dans les clous. Nous filons pour rejoindre « Le Labo » et voir la fin du Full Live Band de Romare. L’Anglais est venu présenter son premier album Projections. Entre sonorités africaines, jazzy et downtempo, le travail est réussi, nous sommes conquis. Nous terminerons la soirée sur la house de Palms Trax. Un set puissant, mélodique et une des belles surprises de ce festival, qui nous enverra au matelas gonflable avec le sourire.

Samedi

Nous commençons à dépasser notre propre condition d’être humain. Si nous sommes étonnamment peu fatigués, c'est probablement dû à la perspective de voir le live d’Acid Arab à 18 heures. Nous ne serons pas déçus : fidèles à eux-mêmes, les Français vont délivrer leur electro arabic devant un public survolté et ragaillardi. Nous déambulons entre les scènes et tentons d’aider une âme égarée qui peine à tenir la pile de gobelets qu’elle a pris soin de ramasser. Nous regardons de loin le concert du groupe Phoenix qui peine lui aussi à faire décoller un public pourtant venu en nombre. Nous préférons aller rêvasser sur la performance live de Rone avant la dose de vitamines C que nous prescrit le jeune Mall Grab. Le Labo est plein à craquer et prend des allures de sauna, mais nous tenons le coup, portés par l’enthousiasme de l’artiste et du public. Un passage par le set technique et habilement éclectique d’Hunee puis par l’absence totale de concession de DJ AZF, et nous retournons à la Caverne. C’est là que le crew Casual Gabberz va clôturer le samedi. Pendant une heure, les instigateurs de la bombe "Inutile de Fuir" vont électriser le chapiteau et entrer en communion avec leur public. Ça tabasse mais on ne voudrait pas que ça s’arrête. Le chemin du retour amène une question : « Comment tenir demain ? »

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© Andréa Cerqueira.

Dimanche

C’est en mode baroud d’honneur que nous abordons cette dernière journée. Nous résistons à l’envie de lézarder pour aller voir Charlotte de Witte jouer sur la Red Bull Elektropedia sur les coups de 16 heures. Aucun regret. La jeune Belge enchaîne des sons bruts de décoffrage et les morceaux techno plus classiques avec brio. S’ensuivent un Solomun et un Dixon droits dans leurs bottes mais sans surprise. Le soleil commence à se coucher lorsque les deux Italiens de Tale of Us débarquent. Nous resterons les yeux écarquillés pendant une heure et demie. La performance est grisante du début à la fin, qui se fait sur un unrealesed de Stephan Bodzin. On a même failli rater Carl Craig et son Versus Synthesizer Ensemble. Le papa de Detroit est venu nous présenter ce nouveau show qu’il orchestre avec le pianiste Francesco Tristiano, armé d’un piano à queue, et quatre autres musiciens. Le live est bluffant et tout le monde y trouve son compte, on danse et on s’intéresse à la technique, c’est rare ! On se remet de nos émotions avec le set hypnotique et progressif de Jon Hopkins. Nous ne prenons pas le temps de nous poser car il faut aller voir le live de Surgeon. Le Britannique est là pour en découdre. Aider par les visuels toujours aussi beaux de la scène Red Bull, sa techno va littéralement nous scotcher. Petit bémol, la grande mare d’ammoniac naturel qui commence à se former en plein milieu de la foule, les urinoirs se trouvant en amont. Tant pis pour l’odeur, de toute façon nous sommes attendus sur The Last Arena. C’est là que va se produire Justice. La croix blanche s’allume, les premières notes montent et le public est déjà en transe. Suivra plus d’une heure d’un set solide et bien orchestré. Leurs nouveaux titres s’enchaînent avec des re-edits de leurs anciens classiques, plus dansants pour l’occasion. La majorité du public prend une claque temporelle de 10 ans. La magie fonctionne. Encore sur un petit nuage, nous arrivons sur KiNK, toujours prompt à démontrer sa dextérité et son expertise en live. Le Bulgare va nous offrir une techno savoureuse et abrupte qui aura presque raison de nous. Mais chauvins que nous sommes, nous tenons à finir ce festival sur notre Manu Le Malin. La Caverne est en feu. Les danseurs semblent jouer à celui qui tapera le plus fort du pied. Le parquet s’affaisse alors que les sourires sont sur toutes les lèvres. Sans concession le Français nous prodigue un de ses sets dont il a le secret et dont nous grappillons les dernières minutes. Quelle belle manière de finir ce festival… Le hardcore se mêle à la nostalgie, alors que les derniers « DOUREUUUUUH » se font entendre. Demain il va falloir rentrer.

Dour 2017 - L'aftermovie des festivaliers