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Par Nenad Apok Šošić


Chaque année, l’EXIT ne cesse de progresser et de prendre l’ampleur. Une évolution qui vaut au seul festival du monde créé par un mouvement étudiant rebelle une reconnaissance internationale, synonyme de sécurité pour les dizaines de milliers de visiteurs qui franchissent les portes de l’immense forteresse de Petrovaradin.

Le thème de cette année, « Summer of Love », a été choisi pour célébrer le cinquantenaire du célèbre été de 1967, qui a vu naître le mouvement pacifiste révolutionnaire mondial. Au même titre que les hippies qui se sont battus pour la paix, la liberté d’expression et les droits de l’homme, l’EXIT lutte corps et âme pour défendre ces valeurs depuis deux décennies, dans un monde où cela est aujourd’hui plus que nécessaire.

Comme pour les éditions précédentes, la citadelle de Petrovaradin a été séparée en deux – le côté Est et ses trois stages ont été réservés à l’electronique, tandis que l’Ouest aura marié rock, latino, rap, reggae et heavy metal. Sans oublier les spots dédiés à la méditation et la spiritualité comme la Pachamama Zone, ou à la projection de films avec le Cineplexx en plein air qui aura notamment diffusé les suites de Guardians of The Galaxy et Trainspotting… et tous les autres recoins de la forteresse, qui comptabilise près de quarante scènes au total.

Et à l’inverse des années passées, l’EXIT s’est étendu, cette fois-ci, sur cinq jours interminables, dont le jour « zéro » aura été l’occasion d’assister au mini-festival No Sleep dans le festival ; un nouveau standard auquel risquent d’être comparés tous les évènements à venir de la région. La techno étant clairement le genre dominant de cette zone Est, la house aura quand même réussi à réveiller chaque matin les soldats tombés au combat durant la nuit.

House all-stars

La Dance Arena s’est vu revêtir d’un tout nouveau look pour sa 15e, avec un sound-system massif signé Meyer Milo recouvrant l’intégralité de l’amphithéâtre et la colline située au-dessus. Depuis le haut des marches, le stage était épique. Et pour l’occasion, l’équipe du Dub Video Connection de Lisbonne s’est occupé de la scénographie, donnant à cet immense décor l’apparence d’un énorme creux dans la Terre, comme une imperfection craquelée aux allures de monde sous-terrain digital.

Mercredi, l’Arena a laissé place à un choc des titans de la techno. Le natif de Serbie Lag et le maestro français UVB ont frappé fort dans un set à couper le souffle, suivis par un b2b hybride entre Rebekah et Paula Temple spécialement préparé pour le festival. Les rênes du stage ont ensuite été confiés à la légende vivante de Detroit Jeff Mills pour un pilonnage magistral de trois heures de danse tumultueuse. Après quoi, la patronne de BPitch Control, Ellen Allien, a donné une leçon de musique rave berlinoise issue de son dernier album Nost.

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Les Booka Shade ont joué leurs titres phares mais arrangés différemment, Paul Kalkbrenner est revenu sur la même scène qui l’avait accueilli six ans auparavant pour présenter son dernier album et rameuter les foules d’un Sky and Sand prévisible, ainsi que son dernier remix du titre Feed Your Head de Jefferson Airplane. C’est ensuite Recondite qui s’est attaqué au public avec un set profond, mélodieux et mélancolique, unanimement acclamé pendant la performance du titre Osa.

La première partie des deux jours « House all-stars » a vu le retour du grand patron de Diynamic Music Solomun, pour un set back-to-back de trois heures avec le boss d’Innervisions Dixon, mais ce sont Black Coffee et Jamie Jones qui ont volé la vedette avant et après le show des deux leaders de la scène électronique – le Sud-Africain a fait fondre ces dames avec ses beats spirituels pour une performance parmi les plus acclamées du festival, avant que Jamie Jomes ne laisse la foule sans voix, faisant de ce samedi matin un moment inoubliable. Sister Bliss de Faithless servira un mix bien balancé avec le titre Insomnia en peak, après quoi Hot Since 82 s’occupera du lever de soleil pour un set renversant.

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Malheureusement, Rødhåd ne se montre pas. Le DJ n'a pas pu venir en raison de problèmes personnels. Antigone & François X remplacent à la perfection l’Allemand, juste avant de retourner au No Sleep Novi Sad Stage pour clôturer le festival avec leurs compagnons de Concrete. Après son succès retentissant l’année dernière, Nina Kraviz revient sur scène vénérée comme une déesse, pour un encore qui dure une demi-heure de plus que prévu, avant de recevoir une standing ovation.

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« Et si vous pouviez vous rendre dans un club différent tous les soirs, et être en même temps à votre festival préféré ? » C'est l'objectif que s’est fixé la No Sleep Novi Sad stage cette année, en bookant six clubs mondialement reconnus – le Salon Des Amateurs de Düsseldorf, le « rave boat » 20/44 de Belgrade, le Sub Club de Glasgow, le majestueux Fuse de Bruxelles, le crew d'Avant Garde de Londres et le sanctuaire de l’underground parisien Concrete, qui signe là son retour à l’EXIT après une fiesta fracassante l’année dernière. La célèbre scénographique de la No Sleep – une tête de chouette en blanc et vert, avec des jeux de lumière sortant de ses yeux – donnera en plus ce sentiment de flottement spectral.

Le Day Zero héberge les magnifiques performances de l’exquis Schwabe, membre du duo Tapan, des conteurs d’histoire düsseldorfois Vladimir Ivkovic et Tolouse Low Trax dont le mélange de rythmes club abstraits et de synthés chargés d’acid a fait tripper les gens aidé par un fond visuel hallucinatoire. Après quoi, Jane Fitz passe dans une gamme psychédélique sombre, puissante et riche en émotions. Une techno à combustion lente, envoûtante et cosmique saisit la nuit.

La nuit Sub Club nous offre les DJ’s de Belgrade Nemanja Krstic & Vlada Janjic, qui s’occupent de la foule avant l’arrivée de Moscoman. Le moment clé de la soirée restera le passage de Denis Sulta, unissant les vieux de la rave et la jeunesse animale pour un voyage au cœur des années florissantes de la rave party ; du jamais-vu à l’EXIT.

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Le club de Bruxelles (Fuse) scelle son destin avec ses résidents-tueurs DJ Pierre et Charlotte de Witte, tandis que Function a assuré juste après à l’aide de son savoir-faire reconnu. Dax J a littéralement balayé la foule d’un rythme percutant, lourd et d’une folie bien ordonnée, aux allures de techno rétro dévastatrice adulée par la foule serbe.

Et puis vient la destruction du vendredi. Monosaccharide sème la zizanie sur scène avec une performance live parsemée de sons inédits. Vatican Shadow tartine la foule de miel pour la calmer avant ce qui l’attend : Bjarki. Aidé d’une poignée de danseurs-aliens vêtus de tenues en Lycra blanches, le producteur islandais dresse le portrait d’un voyage aux portes de l’enfer, comme des perceuses aiguisées traversant les têtes d’une extrémité à l’autre. Les pulsions des kicks palpitants laissent place peu à peu à un tonnerre grondant de basses et toms, avant de lâcher une bombe de matière noire à 160 BPM.

La conclusion de ces cinq jours extravagants est assurée par la Concrete Family. Behzad & Amarou nous donne un avant-goût de ce que la soirée nous réserve, pour qu’ensuite Sweely, Leo Pol et Ben Vedren prennent bien soin du public avec leurs vibes françaises chaleureuses et abstraites, faisant de cette dernière nuit un moment émotion, détente et plaisant. Voiski prend finalement la barre et commence sa séduction hypnotique, dans un vortex de synthés et de distorsions en crescendo sans fin, pour terminer sur un track du projet Polar Inertia. Après être revenus de la main stage, Antigone et François X terminent cette troisième édition du No Sleep Novi Sad sur un b2b en compagnie de Tijana T et Dr Rubinstein, alors que les danseurs déchaînés soulèvent des nuages de poussière.