Photo en Une : © Marie Staggat

par Eléonore Reyes-Noël

En ce mardi 25 juillet, Kelli Hand alias K-Hand s’est rendue au centre municipal de Detroit, Coleman A. Young, pour y recevoir le titre de citoyenne d’honneur. Une reconnaissance institutionnelle qui couronne le mérite et le talent qu’elle a affirmé tout au long de sa carrière, débutée à la fin des années 80.

Protégée du DJ Ken Collier, grâce à qui elle décroche sa première résidence au club gay et queer Zipper's de Detroit, son tempérament indépendant et déterminé lui permettra de se faire une place – et pas des moindres – dans un milieu alors presque exclusivement masculin. "[Des DJ's femmes], à l'époque, il n'y en avait pas.", se souvient celle qui choisira K-Hand comme pseudonyme lorsqu'elle sort ses premières productions sur le label du club berlinois Tresor, avec pour souci de masquer son genre. Son sexe aurait pu, estime-t-elle, être une entrave significative à sa carrière. La distinction qui lui a été remise honore aujourd'hui son parcours remarquable "au sein d'une industrie dominée par les hommes."

Fondatrice du label Acacia Records en 1988, sa discographie prolifique la voit signer chez Warp Records, !K7 Studio ou Global Cuts, une division de R&S Records. Mythifiée à Détroit, elle demeure dans l’ombre de ses pairs sur la scène internationale, ce qui lui vaut en 2014 d'apparaître dans la liste de Fact Mag des 100 DJ's sous-estimés. Sa consécration par la ville de Detroit rectifie un oubli majeur dans l’histoire de la musique techno et rafraîchit les mémoires. La mairie de Detroit, qui célèbre depuis plusieurs années une semaine dédiée à la techno, la Techno Week, travaille activement à intégrer ce patrimoine à sa politique culturelle. En juin dernier, le maire Mike Duggan rencontrait ainsi les figures du mouvement Theo Parrish, Omar-S et Mike Banks pour discuter du développement de la ville.

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Alors que plusieurs acteurs de l'industrie de la musique électronique cherchent à promouvoir le travail des DJ's femmes dans un souci de parité, la nomination de la "First Lady" K-Hand est un encouragement bienvenu qui, on l'espère, suscitera des vocations. L'occasion aussi de se replonger dans notre numéro d'été spécial Sexe qui dresse un état des lieux du sexisme et du machisme (et de leur parade) dans la techno, sur le dancefloor comme derrière les platines.