Photo en Une : © Arthur Rad pour toutes les photos

Par Elsa Fortant

15 heures, j’arrive sur le site. Mis à part les équipes organisatrices (ADID, le promoteur local I Love Neon et l’équipe du Piknic Electronik) et les DJ's Öona Dahl, Gorje Hewek & IZHEVSKI derrière les platines, personne. Il faut dire que la pluie, qui vient juste de cesser, a dû en refroidir plus d’un, bien qu’il fasse 30°. Ça laisse le temps d’apprécier les alentours, le site et les décorations pensées par Matthew Dekay, proche collaborateur de Burridge. Tout est concentré sur la piste de danse une structure en bois sculptée, ornée de fleurs, de lampions et autre tissus colorés. Au vu de la taille du site, ça parait peu. Les artistes sont eux aussi entourés de compositions florales. Néanmoins, la Plaine des jeux se prête bien à l’expérience avec ses grandes étendues d’herbe fraîche, son dancefloor en bois, le fleuve Saint-Laurent derrière la scène. Si on ne voyait pas la tour Radio-Canada et l’usine Molson au loin, on se croirait presque à la campagne.

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Pour sa première date à Montréal, Öona Dahl (Son premier album, Holograma, est sorti sur Hallucienda le 16 juillet), cheveux bleus et veste rose, presque fleur parmi les fleurs, ouvre la journée tout en douceur, avec un set ambiant, flirtant avec une deep house épurée, presque contemplative. Pas tant de beat mais du groove. Certains préfèrent l’écouter assis, les yeux mi-clos, alors que le soleil réussit enfin à percer les nuages, comme si les incantations musicales de l’Américaine avaient eu raison du mauvais temps. Les palettes de bois humides qui entourent la scène fument sous l’effet de la chaleur et ajoutent une touche nébuleuse à l’ambiance. Les festivaliers arrivent par petits groupes, plusieurs jouent le jeu et s’accordent à « l’esprit zen » porté par ADID : imprimés fleuris, ombrelles, ballons et accessoires hippies en tout genre composent leurs tenues.

Je profite du changement de DJ pour aller faire un tour et interroger les employés, qui sont habituellement ceux du festival Piknic Électronik, qui se tient au même endroit. L’ambiance est-elle vraiment différente ? Visiblement non. Le public est sensiblement le même et en dehors des décorations et de la fermeture de la petite scène, rien ne change. Pourtant, à en croire Mathilde, qui fréquente ces fêtes dominicales tous les ans depuis quatre ans, « la vibe est particulière, les gens sont plus tranquilles. L’air de rien, la déco fait son effet. Je sais qu’à San Francisco il y avait des stands de massages, de yoga… C’est dommage qu’on n’y ait pas eu droit. »

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16h30, le dancefloor est toujours très aéré mais la pression monte avec l’arrivée du bulgare Gorje Hiwek et du russe IZHEVSKI. Connus pour leurs apparitions au Burning Man, les deux compères délivrent un set tout aussi zen, toujours mené par une house très mélodique, mais quand même plus physique que celui de leur prédécesseure. La basse commence à vrombir et amène le public, devenu nombreux, vers des contrées plus sombres à mesure que le soleil se couche. Après avoir quitté la scène, IZHEVSKI m’explique avoir beaucoup aimé la foule montréalaise, qu’il qualifie de « très chaleureuse », tout comme le site qu’il trouve « vraiment exceptionnel ». Du côté de l’organisation, on se réjouit d’avoir séduit plus de monde qu’à Detroit ou Toronto, faisant de cet événement un franc succès.

Lorsque le grand manitou de la techno zen prend les platines, la piste est pleine et les dreamers prêts à prendre la route avec lui. Dès les premières minutes la couleur est annoncée : on peut s’attendre à un set tribal, mystique, cosmique. Il atteint son apogée lorsque Burridge passe, la nuit tombée, "Bliss" de Butch & C.Vogt - on croirait entendre le thème d’Interstellar version techno, direction les étoiles. La fin du set, elle, est d’autant plus abrupte, pas une minute de rab. Les encouragements du public ne suffisent pas à faire revenir l’Anglais. Chance et hasard du calendrier, leur attention est détournée par… Un feu d’artifice, oui, oui. Car tous les samedis soir d’été, Montréal accueille l’International des Feux Loto-Québec. Et le Parc Jean-Drapeau est un très bon endroit depuis lequel assister à cette compétition. T’aurais rêvé mieux toi ?

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