Photo en Une : © Electroland

Arrivée en voiture au parc à thèmes de notre enfance. La sensation ressentie au moment de voir les premières barrières Disneyland, toutes décorées de rose et de bleu, nous ramène directement plusieurs années en arrière. Ça sent déjà bon la pomme d’amour. Sur le chemin interminable qui mène du parking aux portes des deux parcs, nous croisons une foule impressionnante qui se dirige vers la sortie, après une journée de manèges et de queue devant Space Mountain. Les regards de certains trahissent leur curiosité face à la multitude de jeunes personnes qui se dirige dans le sens inverse. Légèrement essoufflés, on arrive enfin aux portes de ce qui s’appelle désormais, le temps d’une soirée, Electroland.

18h30

À l'entrée, une énorme queue ; les gens sont assis par terre le long des barrières. En surprenant une conversation entre un vigile et une jeune femme, on apprend que l’entrée n'est autorisée à partir de 18h30 que pour certaines personnes, et que les autres devront patienter encore une heure pour pénétrer dans l’enceinte du parc. Nous ne serons pas concernés. Après avoir récupéré nos pass, l'on se retrouve instinctivement attiré par les boutiques de souvenirs... Mais tout est en train de fermer. Même la quête d'une simple bouteille d'eau s'avère ardue : les points de vente de boissons et nourriture ne sont pas des plus accueillants, et on nous envoie bouler de tous les côtés. Ne voulant pas perdre de temps, on poursuit notre route à la découverte des festivités.

La scène est entourée de grands écrans où sont diffusés une multitude de visuels. La zone du concert semble suffisamment grande pour accueillir les 10 000 personnes attendues. Au loin se dresse, haute dans le ciel, l’effrayante Tour de la Terreur, où l’on peut entendre les cris de ceux qui en savourent les 50 mètres de chute libre.

La musique diffusée en ambiance n’a plus rien à voir avec les mélodies douces et chantantes de l’univers Disney. Dans tous les haut-parleurs du parc résonne une EDM stridente, rediffusée depuis la scène. Le concert ne commence qu’à 20 heures, et l'on décide donc de profiter de l’heure et demie qu’il nous reste pour tester un maximum d’attractions parmi celles qui restent ouvertes jusqu’à minuit, spécialement pour l’occasion. Au programme : le fameux Rock’n’Roller Coaster d’Aerosmith, le Crush Coaster de Nemo et les nouvelles attractions de Toy Story.

Arrivés à la première attraction, on nous affirme que le ticket dont on se sert n’est pas suffisant, et qu’il nous faut un bracelet. Dans l’incompréhension la plus totale, n’ayant reçu que lesdits tickets au guichet, on négocie. Quelques loopings à s'en tordre la nuque plus tard, les jambes tremblantes et le cœur qui bat à toute vitesse, on décide de faire une pause et d’en profiter pour aller chercher à boire. Arrivés au stand de boissons, on nous indique qu'il nous faut nous rendre aux caisses situées à l’entrée, pour récupérer des tickets. Retour à la case départ. La patience bien entamée par les 200 personnes qui y font également la queue, nous reviendrons juste à temps au stand pour entendre l'un des barmen dire à quelqu’un d’autre : « Vous pouvez payer en espèces au stand situé de l’autre côté. » Ô rage, ô désespoir.

20 heures

Le premier artiste de cette scène electro Disney, Richard Orlinski, vient de commencer son set. Après une dizaine de minutes, le verdict est formel : nous sommes incapables de nous ambiancer sur de l'EDM. La foule, elle, a l’air d’apprécier. L’idée de faire la fête dans une ambiance Tomorrowland, mais aux couleurs et dans les décors de l’univers Disney, ça ne pouvait qu’attirer du monde. Mais ce qui surprend, c’est le grand nombre de touristes. Toutes les langues se font entendre parmi les jeunes qui sautent au rythme du lead synth qui grésille dans les enceintes. Les parisiens sont loin d’être majoritaires, et ça laisse place à une ambiance joyeuse et festive.

Le deuxième DJ du warm up, Michael Calfan, sera la surprise de la soirée. Lancé sur une bonne vieille EDM des familles, l’artiste fait danser tout le monde. Ou presque. On aperçoit une dame qui se faufile vers le milieu de la foule avec sa poussette, tandis qu’une centaine de décibels percutent les oreilles du pauvre nourrisson. Mais que fait la police ?

Tout à coup Michael Calfan passe du "Intoxicated" de Martin Solveig à quelque chose de plus deep et techno, avant de nous lâcher un gros Around The World, sorti de nulle part, en contraste total avec le reste de la soirée. Puis le bonhomme repart sur une électro aux tons house avec des sonorités plus ou moins minimalistes. Pas emballés, nous décidons de nous diriger vers le point de ravitaillement le plus proche, et de profiter de quelques attractions avant le peaktime de la soirée.

21h30

Arrive le moment tant attendu. Avouons-le, on a tous été un peu fan d'EDM à un moment de notre vie, et l'on se devait donc d’être à l’heure pour le duo de DJ's NERVO, dont le titre "The Way We See The World" avait retenti des mois sur toutes les radios – à l'été 2011. Et puis après avoir testé le "Toy Soldiers Parachute Drop", version réduite et colorée d’une tour de chute de fête foraine, il fallait se remettre de nos émotions.

La nuit tombe tranquillement, et la lumière du soleil laisse place à celle de la scène. Faisceaux, rayons, projections et écrans prennent le relais. La Tour de la Terreur est éclairée par des visuels 3D braqués sur les usagers de l’attraction. Sur le devant du stage, les canons à fumée se déclenchent pendant les drops, en même temps que ceux des confettis et autre serpentins brillants. Derrière, au sol, des machines à brouillard diffusent en continu un épais nuage blanc. Autant vous dire que les organisateurs n’ont pas fait dans la demi-mesure.

22 heures

Le côté « Jump ! Jump ! Jump ! » des jumelles DJ nous a achevé. Pendant que l'une s’occupe principalement des platines, l'autre s’éclate la voix au micro façon Big Ali pour faire réagir le public. Et ça marche. Les gens put leurs hands en l’air à chaque beat, sautillent sur place, et se déhanchent en mini-short. On s’éclipse le temps d’une bière et d’une clope, bien méritées, à deux pas de la scène. Le set des Australiennes se termine tranquillement, et laisse place à une musique de fond tandis que la pression monte dans la foule en attendant le clou du spectacle : Steve Aoki.

Bim ! Bam ! Boum ! Des bruitages retentissent dans les enceintes. Une voix grave introduit en anglais une vidéo montrant la « création » du robot Aoki, machine à l’intelligence artificielle entièrement dédiée à l’electronic dance music. La tension grimpe sur scène comme dans le public, le drop arrive bientôt… Au moment d’être lâché, le DJ surgit derrière les platines, avec sa longue chevelure et sa belle moustache. Visuellement, ça claque, le spectacle est bien fait. Les organisateurs ont mis le paquet pour la prestation d’Aoki. Dans le ciel s’élèvent d’énormes ballons volants aux allures de dirigeables, et sur le sol, des échassiers aux costumes lumineux se glissent dans la foule.

L’EDM continue de résonner dans le parc. On se souvient du titre Warp 1.9, qu’Aoki avait coproduit avec The Bloody Beetroots. Le vilain garnement nous fait une feinte, lance la montée, et au moment du drop… Nous saigne les oreilles avec des waves cinglantes style dubstep. Comment se faire refroidir en une leçon. Mais plus tard, le bonhomme se rattrape, et nous offre un instant magique hors du temps en lâchant la musique d’ouverture du Roi Lion. Un moment de calme apaise nos oreilles et nos esprits.

23h30

On n’attendra pas la fin des hostilités avant de repartir. Déjà parce que l’on connaît Disneyland et son cafouillage insupportable à la sortie et sur le parking, mais aussi parce que la plupart des attractions laissées ouvertes pour l’évènement s'apprêtent à fermer. On se permet un dernier tour au Slinky Dog Zigzag Spin, sorte de chenille à l’apparence du chien à ressort de Toy Story. Et puis un petit tour au Cars Quatre Roues Rallye, version automobile des tasses tournoyantes, pour quelques minutes de rires et de détente. Quel plaisir de profiter de certaines attractions en illimité, sans les interminables files d’attente. Le cadre, les images et les souvenirs que l'on gardera de cette soirée s’entremêlent dans une féerie bien fidèle à Disneyland. À quand la prochaine édition d'Electroland, peut-être plus techno ? Et cette fois-là, on espère bien croiser Mickey, qui n'aura ce soir jamais montré le bout de ses oreilles.