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La facture est salée. 12 000 €, c'est ce qu'exigent les forces de l’ordre pour l’encadrement d’une free party légale censée rassembler 2 000 personnes dans le Finistère. Derrière cette situation troublante se cache un décret de 1997 (modifié en 2010) qui ordonne la prise en charge par les organisateurs d'événements culturels ou sportifs d'une partie des dépenses supportées par les forces de police et de gendarmerie mobilisées. Que le dispositif soit appliqué pour des événements qui remplissent des stades entiers, certes ; mais pour une teuf non lucrative où l'entrée se paye au chapeau, la pilule ne passe pas. « Nous ne pouvons accepter que ces dispositifs de contrôle soient à la charge de l’organisateur, surtout sur un rassemblement festif d’aussi faible importance [...] Nous refusons une société ou l’intimidation force ceux qui ont moins de moyens à rester chez eux alors que les plus riches peuvent festoyer à l’abri Cela ne concerne pas que les fêtes techno », énonce le communiqué de presse.

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En effet, ce décret avait déjà fait parler de lui à plusieurs reprises, notamment en 2010, pour le festival Garorock. À l’époque, l’État exigeait 150 000 € en contrepartie des escadrons de gendarmerie mobilisés pour le festival. Problème : la nouvelle tombait à un mois du festival, alors que le budget était déjà bouclé. La levée de boucliers fut immédiate, et Garorock avait finalement pu s’en tirer sans payer. Aujourd'hui, la mise en place du plan Vigipirate et l'indisponibilité des forces de l'ordre pour encadrer les événements culturels (RIP AREA 217) semblent avoir remis cette pratique au goût du jour. 

Sur le fond, la prise en charge d'une partie des dépenses liées à la sécurité par les organisateurs d'événements peut se défendre. Le véritable danger vient ici du fait que les pouvoirs publics peuvent choisir de mettre à disposition les effectifs à titre gracieux... Ou pas. "Cette loi n'oblige à rien, elle prévoit un pouvoir discrétionnaire", confirmait dans un article du Parisien Philippe Goujon, chargé de la sécurité pour la mairie de Paris de 1989 à 2001. Le décret peut donc servir à faire pression sur les organisateurs d'événements "indésirables", comme les free parties, ce que dénonce la coordination. "L’ensemble du secteur culturel se trouve ainsi à la merci de facturations arbitraires et sans mode de recours aucun. Les préfectures sont à la fois juge et partie, « prestataires » et décideurs en termes d’autorisation." appuie le communiqué. « Il appartient au gouvernement de sécuriser la vie culturelle de ses citoyens contre le terrorisme et pas à ceux qui la font vivre, à plus forte raison quand il s’agit de bénévoles! Ce n’est pas aux artistes de payer les conséquences de l’état d’urgence. »

En juin dernier, la Coordination Nationale des Collectifs de Sound Systems adressait au Premier ministre un courrier, dans un esprit de concertation. Depuis, les collectifs n’ont reçu aucune réponse. L'utilisation du décret est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ; en l'attente d'une réaction des pouvoirs publics, le dialogue est au point mort. « Par solidarité avec nos collègues bretons et dans l’attente de plus amples explications sur cette nouvelle doctrine, nous suspendons au niveau national tout projet de manifestation légale et toute démarche de concertation avec les préfectures. »