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Depuis sa création en 1992 par Tony Andrews, le sound-system Funktion One est devenu une référence incontournable de la sonorisation professionnelle, particulièrement dans le milieu de la techno. Il équipe aussi bien les grands clubs, comme le Berghain ou Concrete, que les festivals ou les teufs plus alternatives. En deux mots, le Funktion One met des claques. Avec une grosse restitution des basses et des tweeters qui cognent, le son des F1 (Funktion One pour les intimes) est plutôt impressionnant, notamment quand vous êtes sur le dancefloor. Tout est d'ailleurs très bien expliqué dans cet article de Resident Advisor, où Tony Andrews retrace sa quête pour proposer le meilleur système audio du marché.

Cependant, cette particularité peut aussi s’avérer être un défaut pour les musiciens qui cherchent à produire une musique plus nuancée et détaillée. Dans son article sur le webzine Jumble Blue, le contributeur Raphael il serait également constructeur d’enceintes depuis 15 ans, DJ depuis plus de 20 ans, organisateur de festival, électricien et professeur de chimie (rien que ça) expose bien la chose. « À cause de leur réponse transitoire, les Funktion One sonnent particulièrement bien avec une musique minimaliste et propre. Moins il y a de nuances, mieux c’est. » En gros, les Funktion One feraient un super job pour les musiques « simples », aux kicks lourds et snares qui claquent. En revanche, pour les musiques plus minutieuses et détaillées, le sound-system ne tiendrait pas la route la faute à une restitution médiocre des plages medium.« Les Funktion One sont de résolution moyenne. Vous savez tous ce qu’est une résolution quand il s’agit d’un écran ou d’une photo, c’est à dire combien de pixels sont présents sur l’écran et vous permettent de voir les détails d’une image. (…) Et bien, c'est pareil pour les enceintes. Combien de couches sonores superposées peut-on diffuser via ces enceintes, tout en pouvant toujours les distinguer les unes des autres ? C'est là que Funktion One pêche... », continue le contributeur.

Pour l'auteur, cette déformation du son provoquée par les Funktion One (et devenue la norme) soulève une autre question : et si le sound-system poussait finalement les producteurs à créer une musique moins complexe, une techno toujours pareille ? « La plupart des musiques, et particulièrement la musique électronique, sont produites pour des haut-parleurs basse résolution, simplement parce que tous les producteurs de musique électronique expérimentés savent très bien que la plupart des haut-parleurs sont de faible résolution, ils adaptent donc leur musique aux speakers », affirme Raphael. Il ajoute : « Les systèmes audio comme Funktion One forcent les musiciens et producteurs à produire leur musique d’une certaine façon, car la plupart des autres façons sonnent terriblement mal sur ces enceintes. » L'on se souviendra que la question avait déjà été soulevée, en des termes similaires, à l'apparition du format MP3, et avant avec le CD : les producteurs devaient anticiper que leur musique serait compressée, et donc adapter leur mastering afin que l'écoute soit optimale, même avec des pertes de fréquences. La musique d'aujourd'hui serait, en partie, conditionnée par les impératifs techniques, et les artistes s'adapteraient de fait à une qualité de son dégradée. « Nous vivons à l’ère numérique et, malheureusement, cela dégrade notre musique (...) Le numérique a forcé les gens à choisir entre la qualité et la facilité d’utilisation », affirmait par exemple Neil Young dans une interview accordée à Rolling Stone.

Pour Raphael, les Funktion One pêcheraient également par leur mauvaise distribution sonore ; on vous laisse aller lire les détails techniques par ici, dans la section "sound distribution". Une querelle d'audiophiles ou un véritable souci pour la créativité dans la musique électronique ? On laissera chacun se faire son propre avis.