Photo en Une : © Hugo Mathieu

Depuis 2015, le crew parisien Sport National distille une vision de la techno alternative où culture rave, musiques divergentes et arts numériques fusionnent pour former des moments hors du temps. Pour fêter leur prochaine soirée avec Positive Education le 22 juillet dans une friche d'Ivry, nous avons posé quelques questions aux quatre membres du collectif.

Pourquoi Sport National ?

Sport National est un contre-pied à la culture club, qui a explosé ces dernières années, un mouvement qui a embarqué une jeunesse issue de tous les milieux. On en rit, mais on en fait partie. C’est venu à l'origine d'une phrase qu’on a lu dans un quotidien : “[...] le sport national des Français est de critiquer le gouvernement.” Ça représente pas mal l’aspect dissident de notre culture qui a parfois peut être du mal à transparaître. Ce nom évoque également l’esthétique martiale de certains labels et collectifs, notamment dans la techno industrielle et le punk. Gros pied de nez évidemment à la pop culture.

Comment est né Sport National ? 

On est actifs dans les milieux techno et rave parisiens depuis pas mal de temps. D’abord aux côtés des collectifs Le Pas-Sage et Champ Libre, avec lesquels on a partagé de super moments, puis on a progressivement volé de nos propres ailes. Les propositions de ces trois collectifs sont assez singulières, elles s’éloignent par moments, parfois se rencontrent. Ça nous fait toujours plaisir de bosser ensemble et constater l’énergie que chacun apporte.

C’est quoi votre ligne artistique ?

Sport National est en quête d'un point d'équilibre entre culture rave, musiques expérimentales et arts numériques. On s’est rencontrés au détour de free et de sorties de club, au début de la convergence qui s’est opérée autour de la techno à Paris. Cet état d’esprit est dans nos veines, mais on a aussi toujours été intrigués par d’autres formes d’expression artistique. En plus d’être des gros mélomanes on avait déjà chacun nos habitudes respectives : organiser des frees, faire des sessions d’urbex, assister à des pièces de théâtre, se rendre à des expos, visiter des centres d’art et des musées, etc. Le quotidien de pas mal de personnes en somme. Et on a voulu mélanger tout ça en se donnant comme finalité de repenser l’espace scénique et la place du public lors de rassemblements festifs comme intimes. Ainsi, lors des Sport National, tu peux assister à des interactions entre le live, la scéno, les installations audio et/ou visuelles, le VJing et le DJing. 

C’est quoi vos scénographies ?

Les scénographies d’art numérique sont pensées avec Silent Shout (l’entité visuelle du collectif) autour de 2 éléments principaux : les lights (tubes et panneaux LED) et la vidéo (installations et VJing). On change de lieu à chacun de nos événements, c’est l’occasion de mettre en place des collaborations avec les acteurs du spot pour mieux s’y inscrire et légitimer notre démarche. On cherche ensuite des éléments d’aménagement à proximité, dans des friches ou auprès des habitants du quartier. Les encombrants sont aussi une source non négligeable d'approvisionnement… La sensibilisation à la transition numérique et l’éveil quant aux processus d’extraction de la terre sont des sujets qu’on essaie de traiter de temps à autre, bien que ce ne soit pas dogmatique dans nos intentions scénographiques. Dans ce cadre, on a proposé une scénographie végétale et une projection en lien à La Station l’été dernier. On travaille également sur un album concept illustrant musicalement le phénomène dramatique du vêlage des glaciers.

Votre lieu de prédilection ?

Un chalet juché sur un sommet de Suisse normande, sous 0° un matin de décembre.

Qui vient à vos soirées ?

Des explorateurs. 

Vous écoutez quoi en ce moment ?

Prince of Denmark // Aescetic House // Prurient // Mark Fell // The Haxan Cloak // Demdike Stare // IVVVO // Rudeboyz // Allessandro Cortini // Fawkes // Front de Cadeaux // Second Woman // Franck Vigroux // Ion Ludwig // Peter Von Hoesen // Zenker Brothers // Black Seed // Zzzzzra // Diagonal Records // Halcyon Veil // Thomas Fehlman // Shit and Shine // Powell // Rioji Ikeda 

Si vous aviez carte blanche sur tout, à quoi ressemblerait la soirée de vos rêves ?

Un toboggan entre plusieurs scènes qui permettrait de naviguer d’un live à l’autre. Un espace onirique, composé d’une installation numérique immersive monumentale, où l’on s’évade, porté par la fusion d’univers visuels et sonores, à la rencontre de soi-même et des autres.

Des choses à venir après votre soirée à Ivry ?

On a eu deux mois très intenses en organisant 5 événements sous différents formats. Celle d’Ivry vient clore en beauté cette saison. On se donne ensuite une poignée de semaines pour cadrer la suite de nos projets et revenir en octobre avec de nouvelles programmations. D’une part les Sport National Sessions, un format concert-performance 100% live dont on a lancé la première édition en juin en invitant Graham Dunning, Richard Francès et FUBAR. En parallèle, on bosse à la conception de festivals, l’un en intra-muros et l’autre en pampa. Enfin, on continue à organiser des gros événements comme celui de samedi à des rythmes réguliers tout en avançant sur la première sortie du label Sport National Records qui paraîtra cette année. On a hâte !

La soirée Education National aura lieu le 22 juillet prochain, avec notamment trois live des artistes de L.I.E.S. Records Nick Klein, Enrique et Cienfuegos. Toutes les informations sont à retrouver sur la page Facebook de l'événement.