Photo en Une : © Danya Ensing

Par Marjolaine Casteigt

1. Loger à l’auberge de jeunesse Host of Detroit dans le quartier de Corktown sur Vermont Street.

C’est la seule auberge de jeunesse de la ville, une association à but non lucratif active depuis 2014, et c’est certainement la plus cool au monde. Vivre dans une joyeuse maisonnée le temps d’un court séjour à Detroit, c’est possible. L’ambiance est détendue, l’organisation impeccable, les prix sont ultra abordables, la playlist magistrale. Ses maîtres de maison, Zach et Evan, sont très attentifs au bien-être de leurs hôtes et communiquent en plus de leur bonne humeur des tas de bons plans pour une immersion totale dans la ville. Downtown, le centre-ville, se situe à quelques minutes seulement en voiture ou à vélo. Le plus à Corktown, c'est sa communauté locale : les associations, les jardins urbains, les projets culturels comme Assemble Sound et son église reconvertie en lieu de concerts et en studio, les artistes et les jeunes entrepreneurs avec Ponyride, l’espace de co-working à visiter pour découvrir le sang neuf et créatif de la ville... Ces lieux font de ce « neighbourhood », le plus ancien de Detroit, un lieu très vivant à la pointe de l’économie solidaire.

2. Faire le parcours touristique d’usage dans le van de Pat, Show me Detroit.

Detroit est immense, et les distances à parcourir le sont aussi. Avant de s’y engouffrer en solo, mieux vaut laisser Pat vous débroussailler le chemin. En quelques heures, on en prend plein les yeux et on voit tout ce que l’on doit voir, en mode rafale : le centre-ville, son style art-déco et ses nouvelles constructions, Belle Isle Park, l’ancienne gare centrale, l’usine Packard, les quartiers du renouveau, mais aussi des blocs entiers de maisons éventrées, sans oublier le mythique Heidelberg Project. Ce parcours initiatique est nécessaire pour prendre ses repères. Pat connaît l’histoire de Detroit sur le bout des doigts, de la crise à la renaissance, de l’apogée de la Motown à la naissance de la techno. Le plus : c’est avec beaucoup d’humour que la guide aime révéler des anecdotes salées et quelques petits secrets bien gardés.

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3. Louer un vélo et se perdre dans la ville de l’automobile.

Le vélo est la nouvelle tendance qui fait un pied de nez au passé à la fois glorieux et désastreux du secteur automobile. Ici et là, des boutiques permettent d’emprunter un vélo pour 20 dollars la journée. Host of Detroit dispose également d’un petit parc en location ; Motor City est en fait le lieu idéal pour ce mode de transport écologique. Les trottoirs sont larges et la ville est relativement plate. Il est cependant recommandé de rester attentif à la circulation et de respecter le code de la route. Avantage : on évite quand même pas mal de dépenses en taxi. Tous les habitants de Detroit vous le diront, le réseau de transport public est déconseillé. En revanche, pour se familiariser avec Downtown, on peut maintenant circuler dans le nouveau tramway, le Q-Line, tout récemment inauguré, et faire un tour dans le fameux Detroit People Mover, sorte de mini-RER jaune au parcours circulaire.

4. Aller au musée : celui de la techno d’abord, au siège de Submerge.

Dans une vie de fan de techno, et si l’on est de passage dans la ville qui l’a vue naître, il est vivement recommandé de visiter le petit musée installé au rez-de-chaussé du siège d’Underground Resistance et Submerge sur Grand Boulevard. Ce sont les pionniers du mouvement comme John Collins qui accueillent les visiteurs (sur rendez-vous) et racontent l’histoire. Et au passage, on se laisse facilement tenter par un disque ou un T-Shirt pour soutenir la bonne cause d’un label historique et farouchement indépendant. À voir aussi pour comprendre l’âme musicale de la ville : le musée de Motown Records (Histville, U.S.A), mais aussi le centre d’art contemporain, le MOCAD, le Detroit Institute of Arts et le Charles H. Wright Museum of African-American History, le musée Henri Ford, sans oublier l’incontournable projet Heidelberg, une ode à la ville à ciel ouvert, fondée par l’artiste Tyree Guyton en 1986.

5. Pour digger à Detroit, le passage obligé, c’est Detroit Threads.

Le magasin de disques Detroit Threads est situé à Hamtramck, une commune extérieure et collée à Detroit dont on dit que : « C’est quand même Detroit. » Un taxi ou Uber est indispensable pour s’y rendre, mais le jeu en vaut la chandelle. La spécialité de la maison : de la techno et de la house à gogo. Sinon, le magasin dispose d’un large choix de disques, du funk à la soul en passant par le jazz et le rock. On peut aussi y chiner des fripes délirantes, et autre T-shirts et accessoires aux couleurs de la ville. Les autres shops de vinyles vivement recommandés par Vince Patricola, DJ et patron du magazine DEQ, un quadrimestriel consacré à la culture techno : Hello Records à Corktown, Peoples Records à Eastern Market, Stay Pressed (Rust Belt Market), Found Sound (Ferndale) et Paramita Sound (West Village). D’ailleurs, profitez de votre séjour pour vous procurer le DEQ. Le magazine est vendu avec un beau disque pressé maison !

6. Faire un grand tour à Eastern Market, un autre quartier qui a le vent en poupe.

Eastern Market, c’est le Detroit qui renaît. Le samedi est particulièrement animé. Les musiciens de rue bercent la balade le long du marché couvert où les étals regorgent de tous les bons produits issus des fermes urbaines locales. Eastern Market est aussi réputé pour le barbecue géant du Bert’s, club de jazz et de blues incontournable, et pour ses nombreux restaurants, galeries, bars, et boutiques. Ne pas hésiter à pousser les portes de ces lieux du nouveau Detroit, pour discuter avec de jeunes citoyens très investis, et prendre le pouls de cette renaissance tant relatée. À observer, partout autour sur les bâtiments et les façades des hangars, les fresques murales gargantuesques réalisées par les street artists de la ville.

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7. Tenter de trouver l’adresse du club privé le plus underground de la ville.

Bien sûr, les lieux pour sortir et écouter de la bonne musique, il y a en a plein. Vous êtes plutôt hip-hop ? Alors voici votre liste non exhaustive, si vous souhaitez vous plonger au cœur d’une scène singulière et assister à des shows qui ne comptent parfois pas plus d’une centaine de personnes : The Baltimore Gallery, The Old Miami, et Bob's Classic Kicks. Pour la techno et la house, voici quatre lieux très appréciés des artistes et des connaisseurs : Motor City Wine, Mix Bricktown, Marble Bar (au MOCAD) et le club TV Lounge. Néanmoins, pour trouver THE club techno le plus underground de la ville dont l’adresse est connue d’une trentaine de personnes à tout casser, il faudra d’abord rencontrer l’illustre G. Smoove, son gardien. On vous donne un indice : le club est dans le basement d’une maison de quartier, quelque part à Detroit. Attention au chien.

8. Si vous avez manqué le Movement Festival, laissez-vous tenter par le Charivari Detroit en 2017.

Avec la programmation mythique qu’on lui connaît, le Movement Festival brasse des milliers de touristes internationaux chaque année. Si vous l’avez manqué en mai dernier, ne loupez pas le Charivari Festival sur Belle Isle, le Central Park de Detroit, petit havre de paix et de verdure sur la St. Clair River. Cette année, il a lieu du vendredi 4 au dimanche 6 août. C’est le rendez-vous familial de la musique électronique Made In Detroit. « C’est un super festival, qui se concentre sur la scène locale, avec des artistes qui font le son de Detroit depuis des années. De très belles performances ! » résume Vincent Patricola de DEQ, qui en connaît un rayon.

9. Aller à l’église pour célébrer la musique avec Assemble Sound.

Assemble Sound existe depuis 2014 seulement. Le projet est très représentatif de la renaissance culturelle de la ville. Ce collectif de jeunes professionnels de la musique s'est installé à Corktown, dans une église toute biscornue, à quelques mètres seulement de l’immense gare centrale. À l’intérieur, on ne dit plus la messe. De l’indie rock à la pop, du hip-hop à la techno et la house, c’est le son de la nouvelle scène de Detroit qu'on célèbre. En bas, de longs bancs en bois font face à l’autel. Le public participe à des échanges avec les artistes résidents, et l'on y organise des concerts. En haut, l’église a été reconvertie en studio d’enregistrement avec un espace de travail collaboratif. Le collectif propose aussi des formations. En attendant de visiter ce lieu très singulier, il sera possible de découvrir les groupes du cru Assemble Sound en France cet été, et pour certains, il s'agira de leur première date en Europe ! Faites un petit détour par le festival Les Escales de Saint-Nazaire, du 28 au 30 juillet. Checkez la programmation spéciale Detroit, qui mêle habilement les grands noms de la techno avec la scène ultra-émergente de la ville.

10. Poussez des portes et vous arriverez vite à un top 100 des trucs géniaux à faire à Detroit.

On ne vous conseillera jamais assez de dialoguer avec les habitants de Detroit, très accueillants et toujours disposés à vous raconter leur propre histoire sur la Motor City. Montez dans des taxis, grimpez sur un vélo, perdez-vous, poussez des portes, entrez dans les jardins et les buildings, parlez avec la voisine du bout de la rue, rencontrez l’association du coin, observez ses ruines mais aussi sa reconstruction et sa nouvelle architecture urbaine... vous y découvrirez son nouveau visage. Retenez également qu'il y a une multitude d'activités gratuites, alors autant en profiter ! À faire pour zéro dollars, par exemple : visiter l’immense complexe composé de sept gratte-ciels appartenant à General Motors, le Renaissance Center (RenCen pour les intimes), ou rencardez-vous pour le parcours touristique avec Detroit Experience Factory. Et sinon, procurez-vous auprès de l’office du tourisme Visit Detroit toutes les informations dont vous avez besoin et, au passage, l’ouvrage « 100 things to do in Detroit before you die » ("100 choses à faire à Detroit avant de mourir"). Humour local. En tout cas, Detroit est bien vivante, on vous l’assure. Motor City est un terrain de jeux qui fait quatre fois notre belle ville de Paris. Frissons garantis.