Photo en Une : Détroit © Tous droits réservés

La semaine dernière, dans le building qui abrite le disquaire historique Submerge, au coin de l’East Grand Boulevard de Detroit, se tenait une table ronde comme on en voit peu. Autour de la table : Mike Banks membre fondateur d’Underground Resistance , Theo Parrish et Omar-S. Trois grands noms de la techno et de la house déterminés à faire de la musique électronique un moteur de développement économique pour leur ville natale. Face à eux, Mike Duggan, maire démocrate de Detroit depuis 2014, écoute attentivement les propositions émises par les trois musiciens.

Pour les trois producteurs, la ville de Detroit grouillerait d’innombrables talents forcés de s’exporter dans d’autres villes, faute d'une véritable scène électronique locale. Le quotidien Metrotimes rapporte les propos de Cornelius Harris, manager d'Underground Resistance, également présent à la table ronde. « Partout dans le monde, Detroit est vue comme la ville des voitures et de la musique électronique. La musique électronique est une industrie de 6,5 milliards de dollars à l'échelle mondiale. Elle a été créée ici. La question est : combien de cet argent rentre dans la ville ? La réponse est très peu. » Face à ce constat, les trois DJ semblent déterminés à changer les choses, et à faire de Détroit la nouvelle destination phare des nuits techno. Une proposition intéressante pour le maire, puisqu’elle pourrait contribuer au renouveau d'une ville qui avait été mise en faillite en 2013.

Inspirés par Berlin, qui depuis quelques années, connaît un véritable boom économique grâce au tourisme musical le ministre de l’économie de Berlin a estimé le chiffre d’affaires du tourisme électronique à plus de 900 millions de dollars par an , les artistes demandent un assouplissement des restrictions qui entourent la vie nocturne. Dans les requêtes, on retrouve la désignation d’un élu à la nuit au sein du personnel de la mairie ou la création d’un quartier dédié à la fête, où l’horaire de fermeture des clubs pourrait être reculé et les soirées organisées dans des lieux moins conventionnels. « Nous pouvons ramener les gens, pour ça, il n’y a aucun problème. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un soutien de la ville pour créer un environnement qui pourrait accueillir ce genre de soirées » affirme Harris. Si le maire semble plutôt partant pour la nomination d’un représentant de la nuit, la création d’un quartier consacré à la fête n’est pas à l’ordre du jour. « Si le gouvernement désigne un lieu comme l’endroit où les personnes doivent se rendre, c’est sûr qu’elles n’iront pas. C’est dans leur nature. » En ce qui concerne la fermeture plus tardive des clubs déjà présents à Détroit, Mike Duggan a manifesté son soutien. « Je n’ai aucun problème avec ça. Je supportais déjà l’ouverture des bars jusqu’à 4 heures » explique-t-il, en référence à la nouvelle loi qui permet à certains endroits de la ville de rester ouverts plus longtemps durant quelques nuits de l’année. « Nous avons besoin de faire tout ça de manière respectueuse pour le voisinage et les habitants de la ville. Je pense qu’ensemble, nous pouvons y arriver », conclut-il.

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Petit à petit, il apparaît de manière évidente que la techno, prise en compte par les politiques publiques comme une culture à part entière, nécessite une médiation, elle aussi, à part entière.