Photo en Une : © Magazine Club

« Une page se tourne pour l’histoire de la techno à Lille. »

Ancien D.A. du club lillois Supermarket, Péo Watson a lancé l’aventure Magazine Club en 2010. « On a vécu de grands moments, on a fait venir la crème des artistes internationaux et français : Richie Hawtin, Laurent Garnier, Dave Clarke, Disclosure, Octave One… C’était une belle performance pour un club de province de booker tous les week-ends des artistes internationaux. » De bons souvenirs que partage David Asko, DJ résident depuis 4 ans au Mag : « Je suis fier d’avoir fait venir des gars comme Robert Hood ou Derrick May et Vitalic. » 7 ans de soirées techno qui finiront pourtant par avoir raison de la fougue de l'équipe, qui annonçait en mars la fermeture du club sur Facebook : « On a tous la quarantaine et c’est extrêmement fatigant de s’occuper d’un club. Toute l’équipe commence à en avoir marre du monde de la nuit, on a préféré arrêter. »

Une triste nouvelle qui a suscité beaucoup de réactions de la part du public : le post a été le plus liké, partagé et commenté de l'histoire du Mag. Les remerciements fusent, les questions aussi – qui succédera à ce haut lieu de la musique électronique en capitale des Flandres ? Car pour David Asko, le constat est clair : « Une page se tourne pour l’histoire de la techno à Lille. »

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Les rumeurs vont bon train depuis que la fermeture a été actée. L’une des plus persistantes prévoyait l’implantation du Mag à Tourcoing ; une information qui a surpris Péo Watson : « C’est de l’intox. Comme je l’ai dit, on arrête définitivement le clubbing. » L’équipe du Magazine restera impliquée dans la vie lilloise, mais diurne cette fois. Ils ouvriront une série de lieux de vie à cheval entre bar et restaurant, dont le premier est le Mother, Boulevard Jean Baptiste Lebas. Un adieu au monde de la musique électronique ? Pas pour David Asko, qui a repris la direction artistique du LC Club à Nantes et qui veut « continuer à faire vivre la marque Magazine Club à Lille. Ça prendra la forme de soirées ponctuelles dans des lieux plus ou moins connus de la métropole. » Même ambition chez son compère Péo Watson, qui assure toujours le management du duo You Man et du label Family NAME Records.


« On risque de connaître un exode du public local. »


Les différents collectifs et labels lillois sont touchés de plein fouet par la fermeture de la boîte. Eloi Ducrocq, fondateur du collectif SHP témoigne « C’est un coup dur pour la scène lilloise, il n’y aura plus de gros guest hebdomadaire et plus de grand club aux alentours. Pour les collectifs, c’est dur. C’était le seul club qui nous permettait d’inviter des pointures. » Le manager du label lillois Gaazol, Axel Corton, relève quant à lui l’importance du club dans le développement de la scène locale « C’était vraiment plaisant de voir autant de lillois se déhancher sur une musique de niche qui est encore très difficile à vendre dans la région. Beaucoup de jeunes fêtards découvraient de nombreux artistes grâce au Magazine, ce qui permettait de développer leur culture électronique. » Un public qui se retrouve orphelin, selon Anatole Thomas et Luc Chamaux du collectif La Classique, installés depuis quatre ans à Lille : « À Lille, il restera La Relève et Le Baron, mais impossible pour eux d'accueillir tout le monde. Donc on risque de connaître un exode du public local vers la Belgique et/ou Paris... »

Qui pour remplacer le Mag ?

Pour Asko et Watson, c'est le flou artistique. « il y a plein de collectifs, mais je ne sais pas s’il y en a un qui sera à même de proposer une offre similaire. » Si les noms de La Relève et du Baron reviennent souvent, d'autant plus que ce dernier vient de changer de D.A.. Selon les membres de La Classique, c'est pourtant vers de nouveaux lieux et de nouveaux concepts qu'il faudrait se tourner, et de citer comme exemple leur festival LAPS, installé l'année dernière au fort de Mons. Plutôt que de remplacer le club, il s’agit plutôt de « perpétuer ce qui a été amorcé depuis plus de 10 ans bien avant le Mag avec le Supermarket. On a un devoir de mémoire. Tous ensemble, les collectifs et les clubs. C'est une opportunité pour aller chercher plus loin et ne pas laisser mourir la culture de la teuf. »

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Sur qui la scène lilloise peut-elle donc compter aujourd'hui ? Des labels comme Gaazol ou Enlace sont en train de se faire un nom, tandis qu'un disquaire spécialisé techno/house, Vinyl Dealer, a ouvert ses portes en octobre dernier. Mais Luc de La Classique se méfie de l'effet de mode (« Tout le monde veut apporter sa pierre à l'édifice et devenir un acteur de cette culture, la cohérence de la scène en pâtit. »), tandis qu'Axel Corton pointe du doigt la méfiance du public vis-à-vis des DJ's émergents : « Les gens ont beaucoup de mal à se déplacer pour voir des incomers, seuls les têtes d’affiches les intéressent vraiment. Par conséquent c’est difficile pour les petits labels ou collectifs qui veulent partager leurs coups de cœur ou les nouvelles tendances. »

Le clap de fin de l'ère du Magazine retentira le 13 juillet prochain, et le club compte bien s'éteindre en beauté : ce week-end, ce sont Laurent Garnier et Richie Hawtin qui se relaieront aux platines...