Photo en Une : © Le Parisien


« J’ai eu un rendez-vous avec le préfet de police de Marseille le lendemain de l’attaque de Manchester. Nous travaillons main dans la main avec les autorités », indique Béatrice Desgranges, la directrice du festival marseillais Marsatac. C’est également le cas pour Area217, qui aura lieu fin juin dans l'Essonne, où « les dispositifs de sécurité, les fouilles du public et des véhicules, sont mis en place par nos agents et conjointement avec les forces de l’ordre », selon Tommy Vaudecrane, organisateur du festival. Gildas Rioualen directeur d’Astropolis, depuis vingt-trois ans, a vu les relations des festivals avec les pouvoirs publics évoluer : « On est maintenant dans une collaboration, les services de gendarmerie ont l’habitude de ce type d’événements et savent les gérer. Mais cette année, on a quand même instauré pour la première fois une double fouille. » Des mesures rappelées par le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, dans un communiqué de presse paru le lendemain de l’attentat de Manchester. Il demande aux organisateurs de s’assurer de la sécurité du public avant, pendant et après leurs événements.

Afin de répondre aux différentes questions que se posent les organisateurs, le ministère de la Culture a lancé la rédaction d’un référentiel. « C’est un travail qui a duré six mois, on a eu une quinzaine de réunions avec, le ministère de l’Intérieur, les services de police, l’association des maires de France, des entreprises de sécurité privées… », nous explique Déborah Hazotte. En tant que membre du Prodiss (le syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle musical et de variété) et de Technopol qui s’occupe de l’organisation de la Techno Parade, elle a participé à la rédaction de ce texte qui se veut comme un ensemble de conseils : « Après le Bataclan, un petit guide explicatif était sorti mais restait vague pour les programmateurs. On a donc rédigé un texte le plus complet possible, pour répondre à toutes les questions. Mais ce ne sont que des recommandations, en aucun cas des obligations. »

« Nous avons prévus des blocages d'accès et des lests anti-bélier en quantité très importante »


Chaque événement étant différent, les dispositifs de sécurité sont donc multiples et dépendent évidemment du lieu. Le festival Marsatac se tiendra au parc Chanot, juste à côté du Stade Vélodrome. Un terrain plus facilement balisable qu’un festival en open air. « Le parc est en plein milieu d’une aire urbaine. C’est donc un lieu qui a l’habitude de recevoir du public, le plan Vigipirate y est appliqué toute l’année et en plus il est clos, ce qui nous facilite un peu la tâche », explique Béatrice Desgranges. A l’inverse, Area 217 se déroulera sur la base aérienne désaffectée de Brétigny Sur Orge. Les organisateurs ont donc dû prévoir des mesures complémentaires. « Nous avons installé des blocages d’accès et des lests anti-bélier en quantité très importante, pour éviter qu’un camion ou une voiture ne fonce sur la foule », détaille Tommy.

Et c’est encore différent pour Astropolis, qui organise plusieurs animations dans la ville de Brest en plus de l'event principal au château de Kéroual : « Les routes autour des événements doivent être sécurisées, détaille Gildas Rioualen. Nous avons installé des plots en bétons un peu partout aux abords des différents points de rassemblement. La mairie nous a apporté un coup de pouce logistique et se charge de certains services d’ordre pour les événements qui se déroulent en centre-ville. »

En Belgique, le festival de Dour avait installé des portiques de sécurité pour son édition 2016 © DH.be


Le coût financier et humain de ces mesures indispensables n’est pas anodin. Il faut réussir à le faire rentrer dans les budgets étriqués des festivals. Pour Area217, « la sécurité représente 30 à 35 % du budget total du festival », et pour Marsatac « plus d’une centaine d’agents de sécurité ont été engagés pour les deux jours du festival où l'on attend 15 000 personnes ». A Astropolis, « la sécurité nous coûte 10 000 € de plus, mais le Fonds d'urgence au spectacle vivant du CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) nous soutient à hauteur de 7 200 € », précise Gildas Rioualen.


Quelles sont les conséquences de ces mesures sur les festivaliers ? Pour le patron d'Astropolis, « avec une bonne communication via les réseaux sociaux, les gens sont compréhensifs et viennent léger, sans objets interdits ». Pour Tommy Vaudecrane, « c’est ce que les gens attendent. En sachant que tout le monde a été filtré, ils sont plus sereins et peuvent profiter pleinement de la fête. »

« On ne peut pas sécuriser un festival
à 100 % »


Que peuvent-ils faire de plus ? Pas grand-chose pour Tommy Vaudecrane : « La France est déjà le pays où les mesures de sécurité sont les plus contraignantes. Avec Vigipirate niveau 4 et les mesures supplémentaires qui sont prises, le degré de sécurité est acceptable par rapport aux risques auxquels nous sommes exposés. » « De toute façon, on ne peut pas sécuriser un festival ou tout autre événement public à 100 % », conclut Gildas Rioualen.