Photo en Une : © Giacomo Cosua

« C’est un espace architectural monochrome, très chaleureux, comme si on était à l’intérieur d’un piano ou d’une guitare », entame Xavier Veilhan. « Les visiteurs ne sont pas du tout préparés ! » C’est au téléphone que le plasticien né en 1963 nous détaille le projet qu’il a conçu pour la 57e biennale de Venise. À ce grand derby de l’art contemporain, où les pays envoient leurs meilleurs artistes, Veilhan délaisse les sculptures qui l’ont fait connaître auprès du grand public (exposées à Versailles en 2009, on les retrouvait aussi sur la pochette du Pocket Symphony de Air en 2007, ou à la galerie Perrotin en 2015, lorsqu’il sculptait Giorgio Moroder et Philippe Zdar) pour une œuvre d’art totale.


Imaginez : un studio d’enregistrement entièrement fonctionnel, tout de bois clair, où le son se balade et s’amplifie dans un dédale de poutres brutalistes, fusant des murs comme des proues de navire. Un plaisir pour les yeux et les oreilles : Brian Eno et Nigel Godrich (l’ingé-son de Radiohead) ont tous deux participé à la conception du lieu – c’est même une console des années 70 apprêtée par ce dernier qui en constitue la pièce maîtresse. Cet « antre créatif », que Veilhan a pensé comme un hommage aux studios mythiques Capitol et Abbey Road, il l’a aussi voulu ouverte au public : les 500 000 visiteurs attendus pourront y pénétrer à tout moment, et s’inviter au cœur du travail des artistes invités. Demeure un élément de mystère : les dates de présence de ces derniers, qui n’ont pas été annoncées. « Ce n’est pas un concert, plutôt une sorte de blind date. » Vous aurez donc autant de chances de tomber sur la DJ française Chloé ou le groupe Zombie Zombie que sur une formation de jazz expérimental. Vous pourriez même être amené à participer : invitée par l’Ircam, on se souvient que Chloé avait créé un live qui intégrait les mouvements du public.

© Giacomo Cosua


« L’idée que l’on se fait des grands studios des années 50 est complètement remise en question avec le home studio et l’ordinateur… Aujourd’hui, vous pouvez même créer des choses très intéressantes avec un téléphone. Le studio contemporain n’existe plus vraiment. » Le Studio Venezia s’offre comme un rêve, où l’on déambule entre faux instruments en bois et synthétiseurs modulaires, croisant au passage le regard de Xavier Veilhan en personne, qui s’est installé dans une salle annexe du studio jusqu’à la fin de la biennale, le 23 novembre prochain. Et la musique y sera ininterrompue, « comme les battements du cœur. La musique permet d’activer un espace formel, d’y introduire une continuité que l’on retrouve trop rarement en art. C’est quelque chose qu’illustre bien la musique électronique avec son côté mantra, sa répétition liée au fonctionnement du corps. » Rendez-vous donc à Venise, pour une expérience immersive qui n’est pas près d’être détrônée par la réalité virtuelle.

© Giacomo Cosua