Photo en Une : © Shoot Me Again


“Promouvoir la scène électronique du Grand Ouest !” Le message de Rémy Gourlaouen, cofondateur du Made festival, ne peut pas être plus clair. Partant du constat qu’il est “plus difficile de percer pour un artiste en province que sur la capitale”, le programmateur Breton fait de ses soirées un festival en 2016. “En Allemagne ou au Royaume-Uni, les villes offrent une meilleure égalité des chances. Chez nous, les meilleurs producteurs partent sur Paris pour lancer leur carrière. Nous avons donc pensé le festival dans le but de changer cette exception française : en ramenant des grosses pointures lors des soirées, nous attirons un large public qui se confronte à la qualité de la scène rennaise le jour”, explique fièrement Rémy.

made
© Shoot Me Again

 

Ainsi, avant de lancer la première édition, les membres de Made postent un message sur le groupe Facebook rassemblant les associations locales. L’appel à projet fonctionne. Texture, Kepler, Frangines & Co, Chevreuil, La Tangente, ÖND, Percept, Léonard Wanderlust, etc. Plusieurs collectifs s’allient, proposent différents concepts et rempilent pour ce deuxième anniversaire. 

En investissant le parc des Gayeulles avec près de 5 000 personnes sur la journée du samedi, Texture, Kepler et Frangines & Co explosent les compteurs. “En 2016, lorsque nous avons appris la période sur laquelle tombait le festival, nous avons rapidement pensé au parc des Gayeulles. Les manifestations électroniques s’y font rares, alors c’était le moment ! Nous avons aussi la chance d’avoir l’accord de la ville sur ce projet. Sans oublier que cela correspond à ce que nous organisons avec Texture : promouvoir différents arts dans des lieux insolites. Avec les équipes de Kepler et Frangines & Co, tout le monde met la main à la pâte pour une journée autour de la musique, des ateliers de sérigraphie, du graff, des jeux en bois, ou encore des terrains de volley”, liste Yann Polewka de Texture. Cette année, l’engouement autour des Gayeulles Électroniques dépasse l’entendement. Le temps d'une journée, le préau se transforme en dancefloor géant rempli par plusieurs milliers de spectateurs. Frustrées de déjà devoir en finir mais réglo sur les horaires, les trois assos concluent sur les coups de 21 heures sous les kicks de l’edit de The First Rebirth par H. Mess. Un final que certains ne semblent pas prêts d’oublier de sitôt.

“Pensé avec le cœur et fait avec le cul !” Dorian Ratel - La Tangente

De leur côté, la Tangente et ÖND renouvellent les deux jours du Hameau en plein centre-ville sur le mail François-Mitterrand. À l’instar des Gayeulles, le lieu est agrandi compte tenu de la réussite de la première édition. Avec un atelier de mix au casque proposé par NVNA, un stand de thé, des ateliers musicaux avec les P’tits débrouillards, ou encore les sciences en musique sous un dôme, l’évènement est pensé pour les familles. “C’est aussi la philosophie revendiquée par la Tangente : proposer des entrées bon marché voire gratuites avec une ambiance détendue. On est sûrement moins pro que d’autres collectifs rennais, mais c’est pensé avec le cœur et fait avec le cul”, s’amuse Dorian Ratel de la Tangente. Une fois n’est pas coutume, la recette plaît puisque nombreux sont les danseurs et les familles à fouler le mail durant tout le week-end ! Balancer de la musique électronique en plein centre-ville n’est jamais évident à faire passer auprès des institutions… À moins d’habiter à Rennes, puisque d’après le président de la Tangente, “l’adjoint à la culture a trop kiffé.”

hameau
© Adrien Henninot

made
Ringard b2b Blutch sur le mail François-Mitterrand. © ÖND

 

hameau
Put your hands up in the air ! © Adrien Henninot

Réhabilitant les anciennes cartoucheries du quartier de la Corrouze, l’équipe de Percept organise, pour son premier évènement, l’after du dimanche matin. Les organisateurs rendent ce dimanche pour le moins original en accueillant Mad Rey, mais aussi une exposition photo sur les murs en ruine. De 8 h à 18 h, les festivaliers vagabondent entre les deux scènes des Cartoucheries. Les plus vaillants d'entre eux se dirigent ensuite vers le Jardin Moderne, où, comme lors de la première édition, l’équipe de Chevreuil propose un line-up techno en intérieur et house à l’extérieur. Même s'il n'y a pas “autant de monde que l'on espérait, nous retrouvons les fidèles membres de notre public”, confie Youmna Ghanem de Chevreuil. La grosse satisfaction de cette dernière soirée reste, selon elle, “la découverte d'Or:la, petite perle de Liverpool en pleine ascension” livrant un set qui clôt le festival d'une belle manière sur la scène extérieure du Jardin Moderne, un lieu dans lequel la team Chevreuil “se sent bien.” 

made gayeulles
Plus de 5 000 spectateurs ont foulé le Parc des Gayeulles samedi. © David Antunes

Nous vous aurions bien parlé du DJ set livré par Jus-Ed le vendredi au 1988 Live Club, de la fin totalement folle du live de Luke Slater avec son projet Planetary Assault System, des prises de risques de Levon Vincent enchaînant sans concession acid et italo-disco ou encore du set ultra-breaké d’Helena Hauff, mais constatant l'énergie palpable autour des musiques électroniques qui agite la capitale bretonne depuis quelques années, nous nous sommes concentrés sur ces acteurs locaux qui font de leur ville une exception.

made

“Rennes regroupe énormément d’offres en matière de musiques électroniques. Il y a un an et demi, il y avait un peu une mode : chacun voulait créer son asso. Aujourd’hui, cela s’est un peu calmé et tout le monde arrive à tirer son épingle du jeu. Les évènements du Made en sont d’ailleurs une belle preuve”, constate Yann Polewka. Chez Chevreuil, Youmna tire une conclusion similaire : Il y a deux ans, nous faisions partie de ces collectifs qui émergeaient et dont tout le monde pouvait se dire « encore un collectif électro ». Mais au final , pourquoi pas ?! Cela permet de ne pas se reposer sur ses acquis et de créer une vraie émulation. On essaye tous de se démarquer des uns et des autres en proposant au public rennais des choix de lieux différents ou de nouveaux formats de soirées comme les Plugged, des soirées 100% live (techno, indus, acid, EBM) qu’on a monté en collaboration avec Tripalium Corp.” La solidarité entre les associations reste une des clés de l'éclectisme et de la richesse de l'offre rennaise. “C’est d'ailleurs au sein de ces collectifs que l'on voit émerger des artistes talentueux qui, aujourd’hui, se retrouvent propulsés sur les différentes scènes comme Astropolis, par exemple”, reprend Youmna.

Vers une deuxième scène ...?

Du même avis, Rémy Gourlaouen félicite ceux qui l'ont suivi en 2015 : “Les collectifs ayant pris le risque de se lancer lors de notre premier appel à projet pour les évènements de jour en tirent désormais parti. Après le succès rencontré, cela ne m’étonnerait pas que de nouvelles propositions voient le jour pour les éditions à venir.” Issu d’une génération “qui a dû se battre pour cette musique”, Rémy ne peut que se réjouir d’avoir l’embarras du choix au sein de sa capitale bretonne. 

Après cette deuxième réussite, la team du Made ne compte pas en rester là et pense notamment “à mettre l’accent sur la déco et l’agencement et pourquoi ne pas ouvrir un deuxième hall offrant la possibilité de programmer des artistes plus pointus sur une scène financée par un partenaire privé”, se questionne Rémy. Quoi qu’il en soit, le DJ et programmateur rennais nous confie “observer de près ce qui sort au Mexique.” Affaire à suivre...

made gayeulles
© David Antunes

made gayeulles
© David Antunes
made gayeulles
© David Antunes
made gayeulles
© David Antunes
made gayeulles
© David Antunes
made gayeulles
© David Antunes
hameau
© Adrien Henninot
hameau
© Adrien Henninot
hameau
© Adrien Henninot