Photo en Une : © Octave One

Lenny et Lawrence Burden, plus connus sous le nom d'Octave One, comptent parmi les producteurs incontournables de Détroit. Auteurs de tubes comme "Believe" ou "Black Water", signataires du mythique "Jaguar" de DJ Rolando sur leur label 430 West, les frères nous revenaient en fin d'année dernière avec un sixième album, Love By Machine. Un titre à point, puisque leur réputation s'est aussi bâtie sur une maîtrise imparable du live qu'ils opèrent à 4 mains. Les maîtres artisans sont revenus pour Trax sur l'élaboration de leur set-up et sur leur amour inconditionnel pour les machines qui font la techno d'hier et de demain.

"Actuellement, on joue avec 30 machines différentes."

Comment préparez-vous un live ? Et combien de temps cela vous prend-il ?

La préparation d’un live implique beaucoup de choses. S’il y a des nouveaux morceaux qu’on a travaillés en studio et que l’on veut jouer en live, on doit réfléchir à quelles parties on programme sur les synthés, quelles parties on va sampler et quelles parties nous allons totalement recréer. La plupart des parties rythmiques sont jouées en live avec les boîtes à rythmes, mais tout l’équipement de tournée doit être programmé en studio. Parfois on répète les nouveaux morceaux, parfois non. Ce travail nous prend une à deux semaines pour chaque track. Lorsque l’on ajoute une nouvelle machine à notre set-up il y a toujours une part de challenge : parfois il nous faut une semaine pour que ce nouvel instrument soit bien intégré et paramétré... Et bien sûr, il y a toujours des réparations à faire quand on voyage de ville en ville. On les fait souvent dans les chambres d’hôtel ou lors des soundchecks.

Combien de machines emmenez-vous en tournée ?

On emmène énormément de machines différentes, afin d'avoir de nombreuses combinaisons possibles. Actuellement on joue avec 30 instruments différents. On a une large variété de synthés, boîtes à rythmes, séquenceurs et effets comme : la Akai MPC1000, le Moog Minitaur, le Mopho et le Tetra de Dave Smith Instruments, la TB-03 et la VP 9000 de chez Roland, Mutable Instruments Shruthi-1, Creative Commons MeeBilp, Clavia Nord Micro Modular, Eventide H9, Roger Linn Adrenalinn II, Eventide Space, FMR RNC, FMR RNLA, Alesis Nanoverb 2, deux DBX GoRack et deux DC Power Hubs customs !

Il y en a une qui ne quitte jamais votre set-up ?

La MPC1000, c'est vraiment la machine indispensable à tous nos live.

Quelle était la première machine que vous avez achetée ?

On a acheté deux machines exactement en même temps, c’était une Kawai R50 et une Korg DDD1, deux boîtes à rythmes.

Est-ce que vous avez un thème principal, une direction qui dicte le choix des machines ?

On aime les lignes de basse, les rythmes funky et que ça swingue. C’est vraiment notre base universelle, peu importe où l’on joue.

Est-ce qu'il y a des morceaux que vous jouez tout le temps ? À part "Black Water" ?

Pas vraiment. Quand on travaille sur un nouvel album, on joue beaucoup de ces morceaux sur scène. Ça nous permet de préparer le terrain pour l’arrangement final. Et quand on sort un disque, on va aussi jouer beaucoup de morceaux de celui-ci, parce que c’est nouveau et qu'on a juste envie ! On joue dans beaucoup de soirées différentes, alors on aime bien adapter notre live à chaque soirée : que ce soit une soirée très techno ou plus house, on joue ce que l'on a envie de jouer, pas ce que l'on attend de nous !

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Quelle est la part d'improvisation dans votre live ? Est-ce que ça vous inspire pour vos productions futures ?

Actuellement, une grande partie de notre show est improvisée, ça dépend de notre feeling avec le lieu, le sound-system, le public. Parfois une impro devient un nouveau morceau, ou alors on a déjà créé le squelette et on voit ce qui se passe pendant le set. Si on joue régulièrement une ligne de basse, un motif rythmique ou une mélodie, ça peut devenir un nouveau morceau, qui sait… Mais pour nous, le truc c’est de prendre du plaisir à créer, c’est ce qui nous a toujours inspirés depuis le début.

Depuis plusieurs années vous ne vous produisez plus qu'en live, pourquoi avez-vous abandonné les DJ sets ?

Jouer en live procure d’autres émotions q'un DJ set ; pas meilleures, mais différentes. Il y a une forme de satisfaction quand tu joues ta propre musique et que tu la réinterprètes de différentes manières selon les live. Nous faisons en live ce que nous aimons dans la musique : jouer et créer.

De plus en plus de producteurs s'essaient au live machine, vous avez le sentiment que c'est devenu plus populaire ?

Pour notre part, nous ne jouons pas des live parce que c'est populaire ; on le fait depuis de nombreuses années, et le transport du matériel et les réparations en tournée nous ont déjà souvent coûté plus cher que notre cachet ! De nos jours, beaucoup de constructeurs innovent et proposent des machines petites et puissantes, pensées pour être transportées partout, ce qui permet à beaucoup de musiciens de jouer en live. Les ordinateurs sont également plus puissants, et les promoteurs on parfois envie de quelque chose de différent d'un DJ. Un live semble répondre à cette demande, bien que ce ne soit pas toujours le cas.

"Nous avons commencé à créer de la musique quand les logiciels n'existaient pas. Il fallait parfois près d'un an pour apprivoiser une machine."

Combien de temps mettez-vous à installer tout votre set-up ?

Notre set-up actuel demande 90 minutes d'installation. Mais le plus compliqué, c’est de réussir à garder ce temps de préparation et le set-up en bon état semaine après semaine. Il y a toujours de nouveaux équipements à essayer ou des pièces à réparer.

Vous pourriez estimer le poids de votre set-up ? Et la longueur totale de vos câbles ?

Le poids total de notre équipement est d’environ 138 kilos : selon que l’on enlève ou ajoute de nouvelles machines, ça change constamment. Pour ce qui est de la longueur des câbles, on n’arrive même pas à l'imaginer... Disons que si l'on devait tous les deux échapper à un incendie au cinquième étage d’un immeuble en les attachant ensemble pour descendre, on pourrait le faire sans problème.

Vous avez déjà eu des mauvaises surprises en ouvrant vos flight cases ou durant votre live ?

Il y a plusieurs années, lors de notre toute première tournée internationale, on attendait notre matériel devant le tapis à bagages. On a attendu environ 45 minutes avant de voir arriver vers nous des câbles avec des bouts de plastique et des bouts de circuits électroniques, suivis de notre nouveau flight case. On a failli fondre en larmes en plein milieu de l’aéroport Charles de Gaulle... On aurait dit qu’ils avaient catapulté notre équipement, il était en miette ! Du coup, on n'a pas pu jouer pour cette première fois en Europe.

Contrairement à beaucoup d'artistes vous n'utilisez aucun logiciel durant vos shows, pourquoi ? Ce serait sans doute plus pratique à installer et à transporter. 

On n’a rien contre l’utilisation des logiciels pendant les live, mais nous trouvons ça ennuyeux et limité pour le type de show que l’on veut présenter à notre public. Bien sûr, ce serait plus facile à installer et à transporter, mais notre show en souffrirait, on ne pourrait pas offrir au public le meilleur de nous-même et de notre musique. Nous avons commencé à créer de la musique quand les logiciels n'existaient pas ; après l'achat, il fallait parfois près d'un an pour apprivoiser une machine. Nous sommes restés attachés à ce processus.

Retrouvez Octave One en live le 4 juin pour la Hors Série #2, en compagnie de Kas:st, Anetha, Paranoid London et RØDHAD, qui conclura la soirée par un set exceptionnel de 4h30. Trax vous offre toujours une place pour tout nouvel abonnement d'un an jusqu'au jour de l'événement.