Photo en Une : © Tom Doms

Par Lukas Blom

Comme tous les ans, l’offre musicale du DGTL réunissait un large éventail de stars des platines (Maceo Plex, Dixon, Motor City Drum Ensemble, Jamie Jones, Âme, DJ Koze…) et des artistes beaucoup plus underground mais pas moins intéressants sur six scènes couvertes (pour pallier la météo capricieuse d’avril) connectées par un grand open space. La soirée d’ouverture du vendredi avait lieu sur la Generator Stage, l’une des scènes des actuels docks. Ce lieu a donné à la soirée son côté très industriel, qui collait parfaitement à la scénographie, avec un sound-system A+, qui a comblé une foule de fans internationaux impatients, Français, Allemands et beaucoup de Britanniques avides de kicks et breaks. L’homme de la soirée était sans nul doute l’Italien DJ Tennis, patron du label Life & Death, qui balançait des bangers en peak time. Derrière, on a pu apprécier le live très techno de Mathew Johnson a suivi, avant le closing d’Âme. La tête de gondole du label Innervisions a livré un set parfait pour l’horaire, et en partant, on regrettait qu’il n’ait pas été programmé en journée. C’était une bonne nuit pour commencer, mais nous avions besoin de repos si nous voulions survivre aux deux prochains jours.

Samedi

Sur le ferry qui nous amenait sur la zone du festival, située à 20 minutes de bateau d’Amsterdam, on découvrait un public diurne aux antipodes de ceux que nous avons laissés sur place la veille. Des jeunes hipsters locaux, des filles aux longs cheveux blonds des hommes avec leur vélo à la main, composaient les passagers de ce trajet en ferry, enjolivé par la traverse de la rivière IJ. En grandissant, la ville d’Amsterdam a repoussé ses docks vers l’ouest. Le quartier NDSM, un temps laissé à l’abandon, a été transformé ces dernières années en zone culturelle, et une abondance de spots de loisirs est sortie de terre, lui donnant une vibe berlinoise, avec ses larges dalles de béton, ses hangars en métal et son imposante grue. dgtl

Une bière à la main, le soleil qui brille et des gens souriants, nous voilà repartis à l’assaut du DGTL. On opte pour le spot au bord de l’eau au lieu de traverser le long pont qui mène aux scènes Modulator et Generator Stage. La serre et les palmiers de la Frequency stage ont réchauffé nos corps encore engourdis de la veille, revigorés par l’excellent set de Moscoman. Le producteur israélien avait amené avec lui un batteur et un bassiste, qui s’accordaient parfaitement avec son groove psychédélique.

Pendant ce temps, le local hero Dolkraut nous ramenait dans les années 80 dans la petite Resident Advisor Gain stage. Avec sa capacité maximale de 300 personnes, cette petite tente cosy rendait les performances des artistes beaucoup plus intimistes, comme celle de Maceo Plex ou de Jennifer Cardini. Plus bas sur le chemin, l’Amp stage (tenue par Mosaic le samedi et Dixon le dimanche) était aux antipodes avec son énorme tente et ses visuels impressionnants. On y a vu Henrik Schwarz groover devant une foule conquise par son style africain, blindé de vocaux très harmonieux. Sur le chemin pour aller voir Jamie Jones, la Filter stage a retenu notre attention. De la même forme qu’un hangar en métal, il s’échappait de cette scène une vibe rave, s’associant parfaitement au line-up, avec, en vrac, Sau Poler et Awanto 3 en b2b, Jeremy Underground, Leon Vynehall et Ryan Elliot eux aussi en b2b, Midland ainsi que Joy Orbison en b2b avec George Fitzgerald.

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Comme les prochaines heures promettaient les sets de Jamie Jones, Max Cooper, Tom Trago et Stephan Bodzin, nous nous sommes dépêchés de traverser le pont pour rejoindre les scènes Generator et Modular. Cette dernière, avec ses gros cubes de lumière clignotant au-dessus de la foule, a servi d’écrin parfait pour les bangers house servis par Jamie Jones.

Pour terminer, notre choix s’est porté sur l’Amp stage, où, après un live acid de malade de Paranoid London, le curateur du festival Maceo Plex nous a montré tout son arsenal. Ses beats sombres couplés à une superbe scénographie ont poussé la moitié de la salle à se rendre à l’afterparty, que nous avons décidé de sauter, pour être en forme pour le jour suivant.

Dimanche

Après l’énorme foule du samedi (sold out depuis bien longtemps), le dimanche était plus relaxant, avec plus d’espace pour parler, danser et apprécier l’endroit. Nous avons choisi de nous immerger dans le programme alternatif du DGTL, qui avait pour but de sensibiliser les festivaliers à l’écologie. La plupart des activités étaient centrées dans la zone Downtown. Nouveauté pour ce DGTL 2017 : on pouvait gagner des Eco Coins (une monnaie écologique) en se comportant de manière écoresponsable. Les pièces récoltés étaient échangeables contre des prix spéciaux, comme des téléchargements gratuits ou des produits durables. Nous avons mangé des petits asticots (sans goût), qui peuvent être utilisés comme nourriture de substitution, bu une sorte de liquide appelé Lik, et expiré du dioxyde de carbone dans une sorte de système à base d’algues, le transformant en protéines. En digérant, on a visité un “nano-supermarket”, qui présentait des produits issus des nanotechnologies, comme une peinture dont on peut changer la couleur grâce à une appli, ou un cola avec un enrobage pour bloquer les matières grasses. Autre proposition cool : un stand où l'on pouvait acheter de la bière brassée à partir de pommes de terre ou des smoothies à base de fruits destinés à la poubelle.

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Mais l’offre écologique du festival ne se cantonne pas à ses stands. Tous les produits DGTL ont été créés à partir de matériaux durables. Toute la nourriture est végétarienne et toutes les scènes sont alimentées par de l’énergie solaire, quand c’est possible. En cas de problème, c’est le biodiesel qui prend la suite. Le terrain est impeccable et géré par 400 bénévoles, toutes les poubelles sont accompagnés par des panneaux poussant les festivaliers a y jeter leurs déchets. Plus qu’un argument marketing, le festival élève l’écoresponsabilité au rang de façon de penser, ce qui est visible jusque dans son background.

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Pourtant, les critiques n’ont pas tardé à émerger lorsque le festival s’est proclamé “le plus écologique du moment”, mais avec tous les efforts fournis dans tous les domaines, on ne peut pas nier que le DGTL est l’un des festivals les plus verts. Le but des organisateurs est de devenir le premier festival sans gaspillage d’ici quelques années. Alors que MCDE, Andhim et Matthew Dear clôturaient brillamment le festival, on ne pouvait s’empêcher de penser que si le chemin est encore long, l’équipe du DGTL, en mêlant l’élite de la musique électronique et développement de la conscience écologique, a réussi son pari.