Photo en Une : © photos Thémis Belkhadra

Par Thémis Belkhadra et Jacques Simonian

Pour la 24e édition de ce festival crée en 1993, des milliers de teufeurs se sont retrouvés vendredi 28 avril à Pernay (Indre-et-Loire), où le "tekos" s’était installé cette année. Le lieu du rassemblement avait été choisi à la dernière minute, notamment du fait de l'opposition formelle de la préfecture voisine de Loir-et-Cher, où le Teknival s'était tenu en 2016, qui avait publié deux arrêtés interdisant la tenue de « rassemblements festifs à caractère musical » et la circulation de poids lourds de plus de 3,5 tonnes « transportant du matériel de son » du 28 avril au 2 mai, comme le rapporte La Nouvelle République.

Mais comme le veut l'adage, « rien n’arrête un peuple qui danse ». Rien n’aura donc empêché la centaine de collectifs de dresser leurs machines, et les quelques 60 000 festivaliers (selon France Bleu et Bass Expression ; 30 000 dans la nuit de samedi à dimanche, le double de la précédente édition) à rejoindre l’endroit en toute sérénité.

Après la base aérienne de 2015 et la plaine de 2016, le lieu retenu cette année offrait un cadre naturel des plus agréables, en marge d’un bel étang, sur un terrain privé de 40 hectares. Samedi après-midi, la zone était déjà noire de voitures, de murs de son et de têtes brûlées. Une centaine de collectifs avaient répondu à l’appel, revendiquant encore et toujours leur droit à la marginalité et à la fête libre autogérée. C’est d’ailleurs pour protester contre les répressions et saisies que le Teknival a coupé ses relations avec les services d’État en 2016, retrouvant ainsi son statut clandestin. 

Le collectif des Insoumis réaffirmait d'ailleurs cette posture dans un communiqué partagé sur sa page Facebook à la veille du festival : « Ce teknival sera pour la deuxième fois illégal contrairement aux années précédentes. Rappelons-leur que nous pouvons être n’importe où, quand on le veut et où on le souhaite [...] Nous ne sommes pas des moutons ou des vaches à parquer. Nous ne voulons plus avoir l’impression de franchir le mur de Berlin lorsque nous allons et organisons des rassemblements festifs et autonomes. »

L’événement restait tout de même encadré. Près de 300 gendarmes, 80 pompiers, des agents de la sécurité civile et de la Croix Rouge (chiffres de La Nouvelle République) auront fait face à de nombreuses urgences, entre bagarres, abus, crises et autres pertes de connaissances. Le dernier bilan de cette 24e édition, communiqué à l'AFP par le sous-préfet de Chinon, Samuel Gesret, fait état d'un décès, celui d’un festivalier de 20 ans dans la nuit de samedi à dimanche « pour des raisons qui restent à déterminer. » À cela s'ajoutent « 173 blessés, dont 33 ont été transportés à l'hôpital, cinq dans un état grave. »

L'association de réduction des risques et de défense de la fête libre Freeform ne manque pas de pointer du doigt la part de responsabilité des pouvoirs publics : « Cinq ans que le gouvernement laisse pourrir le dossier des free party, deux ans que les teknivals sont redevenus illégaux à force de mépris et de répression. Nous espérons sincèrement que le prochain gouvernement qui s'annonce saura éviter ce genre de drame en rétablissant dialogue et concertation. » De son côté, le préfet d’Indre-et-Loire dénonce les organisateurs « pas très sympathiques. » C'est irresponsable de monter un événement de manière illégale », a-t-il déclaré à La Nouvelle République. 

S’il faut pointer le bilan, il faut aussi saluer l’incroyable démonstration de force des collectifs de free party européens. Des murs de son de 50 mètres de long, des éclairages et du mapping à n’en plus pouvoir, et cette musique extrême qui ne s'arrête jamais. Il en faut de la détermination pour faire vivre ce mouvement, et ce Teknival aura une fois de plus démontré que les teufeurs en ont à revendre. Assez pour remettre le site en état une fois la fête terminée ? C'est qui préoccupait le maire de Pernay, Jean-Pierre Peninon, au micro de de France 3 Centre-Val de Loire : "Quand tout le monde sera parti, qui va nettoyer ?" "Nous mettons un point d'honneur à remettre le terrain en parfait état", répondent les organisateurs, qui ont demandé aux autorités de pouvoir revenir dans les prochains jours pour compléter le nettoyage du site. Lundi midi, ils étaient un millier à s'être rassemblés à cet effet. Mardi, ne subsistaient comme traces du Teknival que l'herbe foulée, des sacs poubelle remplis de déchets collectés et quelques foyers éteints.