Photos par Nicolas Scordia

Quand j’ai vu passer cette annonce pour le festival de Radio Meuh à La Clusaz, j’ai bondi. La petite webradio trop cool qui envoie du groove toute la journée, mais en mode festoche au milieu des neiges depuis le village savoyard où elle émet, ça faisait envie. Jeudi 30 mars, je débarque donc avec un pote à La Clusaz, tous deux bien décidés à en découdre. Au premier coup d’œil, une jolie station à taille humaine, des petits chalets et, donc, plein de montagnes autour. Pas beaucoup de neige mais un temps magnifique. Et un festival qui se partage entre un chapiteau posé à l’entrée de la station et des scènes au bas des pistes et dans les bistrots. Nous posons vite fait les valises avant de partir à l’assaut.

Premier jour

Après l’apéro, Jacques attaque fissa sous le chapiteau avec son live house concocté devant nous avec ses machines, sa guitare, ses jouets sonores et sa râpe à fromage. Le public, chaud bouillant sous ses bonnets Radio Meuh, danse tout en vidant consciencieusement les fûts de bière. Dans la foulée, Laurent Garnier envoie comme à son habitude un set de techno fluide montée sur une basse ronflante, qu’il parsème de classiques américains. Pas follement surprenant mais très agréable comme toujours. Pendant ce temps, un facétieux artilleur nous bombarde depuis la scène avec un canon à ronds de fumée. L’alcool aidant, mon acolyte et moi commençons à faire connaissance avec les Savoyards, qui constituent l’essentiel des festivaliers.

Deuxième jour

Vendredi matin, première gueule de bois. Mais pas question de se laisser démonter. Dès midi, nous partons vaillamment à l’assaut des pistes sur notre snowboard. La neige est rare et elle colle un peu à cause du soleil, mais pour des Parigots comme nous, ça va très bien. En fin de journée, apéro sur la terrasse d’un bar en bord de piste pour écouter Rhino, un DJ anglais qui envoie de longs extraits de funk et de soul qu’il retravaille en live avec des rythmiques hip-hop avant de bifurquer brusquement dans une autre direction. Cette façon de sauter du coq à l’âne est un peu curieuse, mais les morceaux d’origine sont bien choisis, il fait beau, les montagnes scintillent et les gens sont cool, ça le fait. A l’apéro, le dinosaure Rainer Trüby qu’on n’avait plus entendu depuis quinze ans et sa grande époque sur Nova, envoie dans un bar de la house et du garage vraiment très généralistes, petite déception. On tente de discuter avec une fille, mais, épuisée par la fête de la veille, elle s’endort sur son canapé. Le soir, grosse ambiance sous le chapiteau avec l’excellente funk électro de General Elektriks, au jeu de scène explosif très rodé avec un chanteur/clavier qui planque un ressort dans ses fesses et un bassiste aux faux airs de Lenny Kravitz. Entre les concerts, on se rabat sous la tente du bar pour écouter Philippe Thévenet, le boss de Radio Meuh, qui joue disco et garage, puis Laurent Garnier qui fait un peu de rab avant de s’envoler pour Timewarp, et qui la joue éclectique avec de la soul, du dub et même une batucada. Puis on termine la soirée avec le mix d’Osunlade, qui éclabousse le chapiteau de toute sa classe avec son afro-house solaire servie par une technique impeccable et un charisme impressionnant aux platines. En plus, on commence à se faire quelques potes. Mais lorsqu’on leur explique qu’on est parisiens, les filles prennent vite leurs distances.

Troisième jour

Samedi matin, deuxième gueule de bois, on arrive péniblement à 13 h sur les pistes avec les cheveux qui tirent, avant de se faire réveiller par le bon air des montagnes. Je vous passe le récit de nos courbes vertigineuses et de nos 360° grab à double face, et je reprends le compte- rendu des festivités avec le mix de Martin Hayes et Nicolas Vasseur, qui la jouent disco et deep house sur leur terrasse en bord de piste. Mood léger et joyeux, ça fonctionne bien. On écoute vite fait Voilaa Sound System, qui balance ses blagues sur fond d’afro-disco au cœur du village, puis on s’éclipse pour assister à la victoire 4-1 du PSG sur Monaco, que nous célébrons discrètement car, à entendre les commentaires, les gens ici n’aiment pas du tout, mais alors pas du tout, « ces connards du PSG ». On se termine sous le chapiteau avec Tiggs Da Author, un groupe de funk un peu brouillon, et DJ Kon, qui mixe une house un peu bateau, en tout cas beaucoup moins intéressante que la nu disco de Moir, le DJ de Radio Meuh qui mixait au bar juste avant lui. Mais on commence à se faire de plus en plus de potes, même si les filles ne fricotent toujours pas avec les Parisiens, on commence à comprendre.

Quatrième jour

Dimanche matin, troisième gueule de bois. Le réveil est compliqué, nous parvenons à 14 h sur les pistes, l’œil vitreux, le souffle court et la migraine tenace. Après avoir fini le tour des bosses de la station, nous nous terminons au bas des pistes devant un excellent set des deux Luluxpo, qui la jouent cosmic disco et minimale déviante avec un petit Rone bien lyrique pour finir, chouette moment. On arrive sous le chapiteau pour Meute, une fanfare qui retourne le dancefloor avec ses reprises instrumentales de standards house et techno propulsés par une grosse caisse amplifiée. Grosse claque. En revanche, le mix techno indus de clôture de Vitalic est un peu lourdingue, avec un enchaînement de morceaux parfois efficaces mais sans réel sens du mix. On se termine sous la tente du bar avec une belle playlist électro-funk apparemment abandonnée là par Justin, encore un DJ de la radio. Je trouve sur le dancefloor une fille aussi désarticulée que moi, qui m’invite à boire un verre avant de remballer sa monnaie au dernier moment en apprenant que je suis parisien. Ils sont quand même chelous, ces montagnards. Finalement, nous concluons le festival avec un after improvisé dans un bar de la station, où chacun se sert directement derrière le bar en déposant son écot dans un verre. Chaude ambiance, le rapprochement parigo-alpin opère enfin. Mais au moment de conclure, mon pote voit une fois encore filer sa proie pourtant déjà bien ferrée lorsqu’il lui apprend qu’il vient de la capitale. Miséricorde.