Photo en Une : © Resonate Festival

La ville est continuellement en mouvement. Elle est sans cesse transformée par les gens, les machines et les informations. Les villes dans lesquelles nous vivons ne sont plus seulement des briques et du mortier ce sont des espaces qui bougent, et qui s’adaptent par les politiques, les infrastructures, les normes sociales et les algorithmes. Dès lors que chaque partie de la ville est mesurée et réglementée par le calcul informatique, que cela signifie-t-il pour les sous-cultures qui habitent ces espaces ? 

"Si toutes les parties de notre monde sont chiffrées et organisées, si chaque partie de la ville est quantifiée et organisée, l'image culturelle d'une ville ne risque-t-elle pas de n'être qu'aussi bonne que l'algorithme qui l'a formée ?"

Durant les vingt dernières années, les villes ont subi des changements majeurs. En partie à cause des bouleversements politiques et sociaux, mais aussi à cause de l'infrastructure informatique qui devient rapidement le moyen par lequel la ville est réglementée, interprétée et comprise.
À mesure que les villes s’adaptent et dépendent de plus en plus des flux électroniques d'informations, presque toutes les choses et les endroits sont reflétés, représentés ou partagés en ligne. La vidéosurveillance emploie une vision automatisée pour nous suivre, les capteurs nous disent où nous garer, les réseaux intelligents d'énergie régulent les flux d'électricité, les commentaires de TripAdvisor nous recommandent où manger, et les hashtags nous permettent de nous rassembler.

Ces mécanismes de calcul dirigent le flux des relations à travers la ville et ont une incidence profonde sur la vie publique et sociale en son sein. Non seulement ils redéfinissent notre façon de penser, d'apprendre, de nous socialiser ou de travailler, mais ils trient et classent les personnes, les lieux, les objets et les idées. Nous comprenons maintenant l'image de notre ville grâce à des algorithmes de calcul qui mesurent et automatisent notre monde. Si toutes les parties de notre monde sont chiffrées et organisées, si chaque partie de la ville est quantifiée et organisée, l'image culturelle d'une ville ne risque-t-elle pas de n'être qu'aussi bonne que l'algorithme qui l'a formée ? Ce qui est omis par la programmation peut-il devenir un terreau d'expérimentation d'où émergent des sous-cultures ?

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Bien que nous ne puissions pas ignorer ces mécanismes cela nous empêcherait de façonner les connexions qu'ils créent dans la ville nous pouvons rester critiques et curieux de leurs effets et de leurs possibilités. Les algorithmes ont généré de nouvelles façons de voir et d’imaginer le monde, propulsés par les nouvelles technologies. Cela affecte à son tour la manière dont la ville est imaginée, construite et habitée. Cependant, ils privilégient la quantification et la gestion, et l'image produite est souvent une version trop précise de la ville, ce qui laisse aussi peu de place possible pour le hasard. Pensez à la manière dont vous naviguez dans une nouvelle ville : vous devez utiliser Google pour des suggestions, qui vous ramène vers des listes de 10 choses que vous devriez faire, ou compter sur les classements ou les suggestions pour choisir où manger et à quel événement vous rendre ; vous optimisez votre chemin à travers la ville en utilisant des cartes digitales, qui vous montre la bonne direction.
Il y a un certain confort avec ces outils, mais d’un autre côté, nous abandonnons notre pouvoir d’explorer et de nous confronter à l’inconnu. La ville que nous connaissons devient simplifiée par des systèmes techniques, contrainte par des critères de performance qui se perpétuent par notre volonté de les maintenir à travers nos habitudes de rester en ligne. Notre volonté de satisfaction instantanée par le partage en ligne est rapidement adoptée et utilisée pour renforcer une vision algorithmique de la ville. À mesure que l'éthique est remise en question, il devient de plus en plus urgent de comprendre ces dynamiques, et l'urgence de les réimaginer devient de plus en plus nécessaire. Nous pouvons commencer à comprendre comment intervenir en explorant la manière dont ces calculs informatiques sont définis.

Si le calcul informatique fabrique la ville, quel moyen utilise-t-il pour la définir, la produire ou la transformer? Comment pouvons-nous pirater la ville pour trouver des opportunités d'expérimentation, d'inconnu et d'imaginaire? Comment rechercher des lieux que nous connaissons, que la carte n’affiche pas? Comment faire pour rencontrer d'autres personnes, créer des pratiques alternatives et de nouvelles communautés ?

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L'exploration de ces questions d'avant-garde sur les pratiques technologiques revient aux artistes, designers et musiciens. Ces praticiens travaillent avec des logiciels et du matériel pour contester continuellement nos hypothèses. 
Ils créent de nouveaux équipements et de nouvelles interfaces en s’engageant directement avec les différents éléments du numérique pour modifier nos relations avec celui-ci. Ils s’appuient sur les conditions politiques, économiques et matérielles des technologies pour créer de nouvelles sous-cultures qui font émerger de nouvelles valeurs. Les artistes comme Marius Watz ont été à l’avant-garde de ce mouvement pendant un certain temps. Il a facilité un dialogue critique et accessible sur la façon dont la culture informatique est vue. En posant une question critique sur le statu quo, il contribue à la production de perspectives alternatives sur ce qui devrait être représenté comme des images culturelles et sociales. À un moment où les bugs, les erreurs et la discrétion deviennent rares, il devient pertinent de demander toujours plus à l'informatique, et de ne pas la réduire aux préoccupations banales des entreprises.

Cette année, à Resonate, nous continuons d’explorer les possibilités de l'art, du design et de musiques issues des nouvelles technologies. Le festival regroupe un large éventail de praticiens qui s'emparent directement des différents éléments de la technologie numérique et qui explorent ce que signifie être créatif dans des conditions informatiques.
 Des artistes tels que Gene Kogan traduisent des sujets scientifiques avancés IA et apprentissage des machines par de nouveaux contextes pour guider la compréhension publique de leur potentiel. Florence To étudie quant à elle la relation entre le son, la lumière et la résonance naturelle de l'espace architectural afin de créer de nouveaux espaces pour l'expérience des tensions sensorielles causées par le son, la temporalité et la résonance de l’environnement. 
L'innovation artistique et l'expérimentation deviennent rapidement des composantes essentielles de la compréhension de la façon dont l’informatique s’immisce dans notre quotidien. Leurs réflexions sur l'évolution du paysage urbain, sur les liens entre la société et la technologie, indiquent des territoires émergents qui ouvrent des possibilités de critique sur la manière dont le calcul informatique façonne la vie urbaine.

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Rejoignez-nous à Belgrade du 19 au 22 avril pour participer à ce dialogue et comprendre comment cette sous-culture informatique émergente joue un rôle important dans la définition de l'avenir des villes et de la culture qui se déploie dans son infrastructure.