Photo en Une : AZF face à un public “qui donne des frissons.” © Titouan Massé


Lancé en 98 par une bande de lycéens, Panoramas a d'abord fait ses classes dans les bars de Morlaix, dans le Finistère. Prenant davantage d'ampleur, le festival débarque sur le site de Langolvas en 2000. Très vite, “Pano” devient une institution parquée entre Astropolis et les Trans Musicales. Une situation qui ne dérange aucunement Joran Le Corre, un des fondateurs : “En Bretagne, on a l'habitude de vadrouiller un peu partout. Quand j'étais plus jeune, cela ne nous posait aucun problème de devoir prendre la caisse jusqu'à Rennes, Brest ou Nantes pour faire la fête. Lorsque je vois l'offre culturelle dont on dispose dans la région aujourd'hui, je ne peux que m'en réjouir”, lâche l'actuel programmateur.

Il y a quelque chose de particulier en Bretagne !” AZF

La Bretagne, déjà connue pour être une terre de festivals, comptabilise de plus en plus d'évènements de musiques électroniques sur son territoire : La deuxième édition du Made Festival à Rennes approche à grands pas, tandis que le Paco Tyson se lance tout juste sur Nantes. Des soirées qui réunissent un public toujours aussi fou, mais tout aussi averti.

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Un constat partagé par certains artistes : “Ce soir, c'était le feu ! Les gens m'attendaient. Ma première date en dehors de Paris, c'était à Astropolis alors que j'étais moins connue. Il y a quelque chose de particulier ici : tout ce qui sort à Paris, avant que ça explose ailleurs, en Bretagne, c'est déjà connu ! Il y a un vrai public d'experts et des jeunes qui sont au taquet. Je discute avec des DJ's parisiens et leurs premières dates en dehors de la capitale se déroulent souvent en Bretagne... C'est pas anodin”, confie AZF, les mains au fond des poches de son bomber, à la sortie de son set sous le chapiteau de Panoramas. Une réputation entre alcoolisme juvénile et avant-garde musicale que l'on a pu vérifier ces trois jours durant.

Sneakers, Licornes et tentes Quechua

Vestes de survet flashy des nineties, déguisements de licornes, pancartes Pikachu, paires de sneakers aux pieds, wayfarer sur le museau, tentes Quechua sur le dos, des milliers de jeunes se bousculent sur le quai de la gare de Morlaix. Malgré l’arrêté préfectoral du Finistère contre “l’alcoolisation massive”, les festivaliers débarquent tous bouteilles et glacières à la main. Vécu comme un “véritable pèlerinage” pour les jeunes Bretons, le festival Panoramas fête sa vingtième édition sous un soleil se faisant de plus en plus rares lors des années précédentes.

Regroupant aussi bien des adeptes de musiques électroniques à l'oreille avisée que de fidèles membres à la casquette cloutée, le public de Panoramas compte dans ses rangs de nombreux kids en quête de sensations. Puisque côté line-up, le festival morlaisien propose un panel des genres : de la trance progressive de Comah à la house de MCDE, en passant par la hardtek des T.Lesco.P. Un programme chargé qui débute vendredi soir, avec la petite place accordée au hip-hop cette année. L'artiste Quimpéroise Sônge, programmée au Trans Musicales quelques mois plus tôt, envoûte les premiers spectateurs avec son R&B aux airs de PC Music. Place ensuite au rappeur youtubeur ascendant buzzeur du web, “l'empereur du sale” Lorenzo ! Le personnage du groupe Columbine reprend ses gimmicks face à un club Sésame qui se remplit progressivement.

De l'autre côté du site, le duo Acid Arab s'apprête à monter sur scène. Guido et Hervé offrent une version live de leur dernier album Musiques de France. Les lignes acid aux mélodies orientales donnent aux spectateurs des envies d'ailleurs. S'ensuit le trio Bon entendeur apportant sûrement la seule touche house de la soirée. Le temps de filer au grand Hall pour revenir tout droit en 2010 à grands coups de "Second Lives" et de "Poison Lips" avec Vitalic. À 41 ans, le producteur français, fidèle à l'electro-techno tonitruante de ses débuts, vient de sortir Voyager, un dernier album rétrofuturiste qui lui promet une belle tournée.

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© Gecniv

Puis vient le moment où l'on arrête de rigoler. Angerfist, pointure hollandaise du hardcore mainstream, s'empare du club Sésame pour complètement le retourner, et laisse place à Le Bask. Le Montpelliérain donne le ton en ouvrant avec un edit de son track bien connu Shepper Armada signant un live-set frenchcore. Le Bask ferme le club Sésame en allant chatouiller les 250 BPM. Toute aussi énervée, Charlotte de Witte boucla la nuit du vendredi sous le chapiteau tandis que Popof et Julian Jeweil concluent leur affaire avec une tech house aux airs lancinants. 

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“Pano, ça retourne le veau-cer” © Titouan Massé

Du parking au camping, mais aussi dans les navettes, les classiques “AFTEEEEEEEEER” et Freed from desire sont entonnés à gorge déployée. Ce moment hors du temps, où, entourés de lapins et de licornes, deux étudiants débattent sur les prochaines élections tandis que de jeunes adolescentes ajoutent une énième vidéo à leur story Snapchat, vient mettre un terme à ce premier soir.

Samedi, les festivités s'amorcent avec des habitués du festival : Salut C'est Cool et Rebeka Warrior. La voix de Sexy Sushi amène avec elle sur scène un danseur en survet style gabber tout sorti des 90's et s'empare du micro quand ça lui chante. “Mais pourquoi tout le monde croit que c'est mieux ailleurs ?” 

Le club Sésame accueille Jacques et son joyeux bordel musical. Désormais accompagné par un complice de l'ombre responsable de ses objets, le Strasbourgeois d'origine amène même une échelle sur scène... Qu'il n'utilise malheureusement pas...

À l'opposé, AZF s'apprête à monter sur la scène du chapiteau. Toujours “émotive” au moment de jouer en Bretagne, la Parisienne ressent “une pression positive” de la part d'un public qui l'attend au tournant. Elle livre alors son “meilleur set de l'année avec Astro.” Sans concession, la DJ n'y va pas par quatre chemins : des dernières nouveautés de techno indus aux vieux classiques des années 90. Tout s'enclenche parfaitement ! Même si elle n'a pas pu finir comme elle voulait avec un vieux "Walabok" de Booba AZF retient que le meilleur et confie “toujours avoir le même plaisir à jouer en Bretagne, parce que les gens connaissent [son] son, parfois mieux que dans certains endroits de Paris.” Preuve en est que, programmée à 23 heures, l'artiste de la capitale est attendue sous un chapiteau chauffé à bloc où l'on retrouvera les membres de Salut C'est Cool à sauter dans tous les sens !

L'étape suivante se situe au club Sésame, où l'une des plus grosses têtes d'affiche du festival est programmée : Motor City Drum Ensemble. Le garçon de Stuttgart navigue entre les genres pendant une heure et demie. Disco, house, funk, techno ... Le DJ allemand serait sûrement bien resté quelques heures supplémentaires mais doit laisser sa place à Daniel Avery. Le chapiteau, quant à lui, abrite une pluie d'acid et de kicks monstrueux provoquée par le puissant live de Voiron.

Si certains pensaient finir leur nuit là-dessus, c'était sans compter sur Paula Temple. À entendre ses sorties sur R&S ou sur son propre label Noise Manifesto, il fallait s'attendre à une claque. Ce qui fut le cas. Au moment où Rødhåd se charge du grand Hall, la Britannique conclut ces deux premiers jours à point nommé.

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© Gecniv

L'heure de la fin de la messe arrive. Le traditionnel dimanche soir de Panoramas ne se déroule pas au parc expo de Langolvas, mais dans une boîte plus rustique : le club Coatelan. De Noir Désir à Justice en passant par Recondite, cet endroit dispose d'un sacré vécu. Située sur la commune de Plougonven au sud de Morlaix, cette discothèque a vu plusieurs générations danser entre ses murs.

Chaque année, le dimanche soir a une saveur particulière pour les habitués. Le public et l'ambiance changent. Face à un public plus âgé mais venu pour la qualité des artistes, les groupes Pépite et Blow s'enchaînent facilement. Coatelan entre en fusion au peak time du live d'Animal & Me. Ce dernier laissera place à Ann Clue, laquelle ouvre rapidement les portes derrière elle. La scène devient semblable à une Boiler Room. Les festivaliers entourent l'artiste allemande, ensuite rejointe par son compagnon Boris Brejcha qui entraîne le club jusqu'à la fin de la nuit. “Bien qu'ils soient déjà venus à Panoramas, cela me tenait à cœur d'inviter ce couple à jouer le dimanche au Coatelan”, confie Joran Le Corre. Malgré le gâteau d'anniversaire des 20 ans, des branches de bambous ou encore un festivalier casse-cou se mettant debout sur le DJ booth, Boris Brejcha termine son set devant un public qui scande son nom. Un moment unique pour le DJ et pour Panoramas, à qui il reste de belles années à vivre.

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Miami, Bogota, Cocaïne, Cowboys and Coatelan ! © Gecniv