Il y a peu, poursuivant la sempiternelle émanation philosophique d’une énième soirée parisienne, naquit la Popincourt Club Music. Un courant musical arrivé un peu par hasard. Cinq gars qui ne se connaissent pas se rencontrent à la nuit tombée dans un appart rue de Popincourt dans le 11e arrondissement. Chacun fait de la musique électronique de son côté. Ils en arrivent à parler de ce qui se passe de l’autre côté de la Seine, un mouvement musical né récemment. Ils se disent alors que ce serait bien de lancer un genre de soundclash, mais sans méchanceté évidemment, simplement histoire de créer une émulation.

Pégazoïde, DJ Capart et Inspecteur Bérite, écoutent alors un mash-up de DJ Thugliatelle avec le Roi Heenok, et trouvent ça très cool et poilant, à juste titre. "On trouvait ça bien de faire des morceaux avec une pointe d’humour et qui peuvent avoir des qualités musicales et festives", nous confie DJ Flamichoss. Avec sa sonorité si particulière, le nom Popincourt apparaît alors comme une évidence pour ce nouveau style. Au départ, ils pensaient que "tout le monde allait s’en foutre, que c’était un peu une idée en l’air, et qu’au bout de trois jours, chacun retournerait à ses activités". En réalité, chacun y met du sien et tout le monde finit par envoyer des mash-up, des bribes de sons originaux, pour finalement arriver à 100, 150 morceaux de Popincourt Club Music. Un travail de groupe, où les décisions internes sont prises par concertation, dont le but n’est pas de clasher le son de cette rue du 6e arrondissement. Comme le confirme DJ Flamichoss, "on veut simplement dire qu’il n’y a pas que ça, que c’est dommage d’être en cercle fermé et de ne pas s’ouvrir plus. Nous, on fait ça pour rigoler. On a voulu inventer un genre pour montrer qu’un genre, ça ne s’invente pas."

Pour DJ Antisystem, toujours aussi subversif, "l'apparition de la 'Popinc', inconnue du grand public jusqu'à son arrivée sur SoundCloud en 2017, bouleverse la donne à gauche comme à droite de la Seine. En quelques mois, la 'Popinc', qui se veut hors parti pris et a refusé de participer aux Nuits fauves, est devenue la personnalité SoundCloud la plus appréciée des Français. Sera-t-elle, avec son mouvement DAHESS, la surprise de la présidentielle ?" La question a le mérite d'être posée. Autre instigateur du mouvement, DJ Çapart a aussi son avis sur le sujet : "On va leur dire notre vérité, qui est la vérité : jusqu'au petit jour, on ira faire la fiesta parce qu'on est tous prêts pour le jeu le jeu le jeu." Pour comprendre cette référence, il vous suffit d'écouter la balle musicale qui suit. 

"La Popincourt Club Music m’a donné la foi qui brûle au fond de moi. J’ai dans le coeur cette force qui guide mes pas", dixit DJ Thugliatelle, particulièrement investi par sa mission. DJ Dirk Diggler est entré en mode résistance: "Moi Popincourt, je ne me soumettrai pas à la tyrannie du 6e arrondissement." Mais qui sont-ils et d’où viennent-ils ? Pégazoïde lâche quelques indices : "On vient tous de la bass music, qu’on écoute tous aujourd’hui. Certains sont plus proches du dub, d’autres du footwork… Plus proche de ça que de la techno blanche et compagnie. On préfèrera largement Bérite et leur crew à tout le merdier qu’on peut trouver à Paris." Ça, c'est dit. 

Popincourt Club Music Vol.1

Son point de vue sur le milieu de la nuit en France est d’ailleurs assez sévère : "Aujourd’hui, le moindre truc alternatif subit une appropriation culturelle par des mecs sortis d’on ne sait trop où, qui ont retrouvé des vieilles cassettes de kuduro… " Pour lui, nous sommes en train de vivre une gentrification d’un milieu qui était censé être tout l’inverse. "Au lieu de se diversifier, la musique électronique se ferme et c’est toujours la même chose. Si tu mets un son de techno anglaise, de Bristol, un peu orienté bass music, en soirée, tous les mecs à fond techno allemande vont te chier dessus, en te disant : ‘Mais c’est quoi cette merde y a pas un kick sur tous les temps !' Si la musique, c’est devenu ça, on peut se dire que peut-être les gens n’en ont plus besoin ou que c’est voué à s’arrêter. En tous cas c’est un peu triste."

Pégazoïde le confesse, il est un peu nostalgique d’une époque où "le club était encore un espace de liberté, et où la musique, sa qualité et la danse primaient sur le paraître et l’abrutissement." Derrière les blagues, les gars de la Popincourt club music ont apparemment un message à faire passer. 

Retrouvez ci-dessous le SoundCloud du Volume 1 de la compilation Popincourt Club Music, disponible aussi gratuitement sur Bandcamp