Photo en Une : © D.R.

L’imposante fresque de 4,8 mètres de haut sur 25 mètres de long accueillait les visiteurs dès leur entrée dans l’enceinte du Berghain, au moment de déposer leurs affaires aux vestiaires. Rituale des Verschwindens (Rituels de la disparition) de son nom, la peinture murale de l’artiste Piotr Nathan avait été installée l’année de l’ouverture du club, en 2004. Composée de 171 dalles d’aluminium, elle représentait « une éruption volcanique, une tempête de sable dans le désert, une tempête en mer avec des trombes et l’apparition d’aurores boréales dans un endroit nocturne paisible. » Le déroulé allégorique d’une soirée au Berghain, en somme.

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Près de 12 après son installation, la fresque a été démontée. Pour cause, des travaux entrepris par le club – sans doute l’inauguration du nouveau dancefloor Die Säule nécessite-t-elle un réaménagement de l’espace d’accueil. Plutôt que de voir son œuvre détruite ou accrochée dans le hangar d’un collectionneur fortuné, Nathan a décidé d’offrir au public du Berghain la possibilité d’en acquérir les dalles, vendues à 500 € l’unité sur un site dédié. « L’œuvre Rituale des Verschwindens n’a de sens qu’en relation avec la musique du club, avec les gens qui viennent y faire la fête et l’aura unique qui est ainsi créée dans ce lieu, écrit-il. C’est pour cela que cette œuvre doit trouver une place chez les personnes qui ont un lien avec le Berghain. […] Il est de mon souhait ces dalles se retrouvent sur les murs d’un appartement et continuent à être visibles. »

La fragmentation de sa fresque revêt pour Nathan un caractère artistique ; le passage d’un ensemble figuratif à une multitude de pièces abstraites fait écho à sa conception de la fête dans le club. « Je compare la fête au Berghain aux fêtes cultuelles d’un peuple premier […] Laisser son corps se dissocier tout entier dans l’abstraction de la musique, disparaître en elle, cela appartient ici à la danse festive. »

Tous les fragments ont déjà trouvé preneur en l’espace de trois jours, mais il est tout à fait possible qu’ils réapparaissent sporadiquement sur le marché (et, qui sait, dans une salle de ventes aux enchères, à l’instar de bouts de mur portant des œuvres de Banksy ?) dans les années à venir.