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Jusqu’à présent, les marathoniens du dancefloor ne manquaient pas de relever que, dans la nuit de samedi à dimanche, Concrete coupait le son durant une demi-heure interminable. Une situation quelque peu paradoxale pour ce club qui invite chaque week-end les pointures de la musique électronique, et s’est imposé comme l’un des rendez-vous incontournables des fêtards persévérants avec des DJ sets organisés en journée les dimanches. "La Concrete devait fermer à 6 h 40, et arrêter de servir des boissons une heure et demie avant, explique Aurélien Dubois, son cofondateur. Avant de ré-ouvrir peu après.

L’obtention de l’autorisation de nuit par l’établissement marque la fin de cette période de battement. Quelques dizaines de minutes, cela paraît court ; mais quand on sait qu’il suffit d’un seul mauvais track pour vider un dancefloor, on devine aisément comment cette attente peut ruiner l’ambiance d’une soirée. "[Cette autorisation] ne signifie pas que nous allons rester ouverts coûte que coûte. Les dimanches, par exemple, nous continuerons à fermer vers minuit-2 heures, parce que nous savons que les gens travaillent le lendemain. Nous sommes dans une démarche d’expression artistique : ce que nous voulons, c’est que tant le public apprécie et que les artistes s’expriment, nous ne fermons pas."

Il aura fallu près d’un an et demi pour que les tractations aboutissent. Si la décision a été rendue par la préfecture de police, la mairie s’est impliquée dans le soutien du projet. Selon Frédéric Hocquard, conseiller et délégué chargé de la nuit à l’hôtel de ville, cette autorisation marque une étape supplémentaire dans le développement du tourisme nocturne. "Ce que nous souhaitons, c’est adapter les modes de vie, parce qu’il y a une demande pour que les choses ne s’arrêtent pas, pour que les gens puissent continuer à faire la fête. La "licence 24 heures" de Concrete s’inscrit dans un plan plus global, qui recoupe également l’ouverture des parcs la nuit."

Une décision qui s’inscrit aussi dans une tendance européenne. À Amsterdam notamment, le maire de la nuit Mirik Milan mise sur l’ouverture sans interruption des clubs, ayant récemment soutenu l’attribution de licences 24 heures au Shelter, au Nachtlab ou au Ven Amsterdam. Berlin compte également son lot d’établissements où le temps semble se distendre (vous avez dit Berghain ?) et le maire de Londres Sadiq Khan réaffirmait il y a quelques mois, à l’occasion de la nomination de la "tzarine de la nuit" Amy Lamé, sa volonté de transformer la capitale britannique en "ville 24/24".

Cette première "licence 24 heures" ne vient pas sans conditions : il faudra que Concrete poursuive ses efforts en faveur du respect des riverains, du public et du personnel ; des points non négociables pour Frédéric Hocquard. "Nous avons exigé la poursuite des campagnes de prévention, notamment sur l’alcool, la drogue et les MST, ainsi qu’une augmentation du personnel, afin que ce passage aux 24 heures ne rende pas les conditions de travail plus pénibles. Nous sommes intransigeants sur ces sujets." Le conseiller se dit par ailleurs prêt à étudier toutes les demandes des autres établissements.

L’attribution de cette autorisation à Concrete marque aussi la reconnaissance du travail de Surprize en faveur de la promotion des musiques électroniques. En plus de la gestion de la péniche, la société organise le Weather Festival, officie comme agence de Booking, label (Concrete Music), et participe à la création de la friche éphémère située boulevard Richard Lenoir.

"C’est un beau message, cela signifie que les politiques ont compris la force et l’importance de notre secteur au niveau touristique et culturel. J’ai le sentiment qu’il y a une vraie ouverture d’esprit au niveau des institutions et des administrations", déclare Aurélien Dubois.

Et maintenant ? Concrete accueillera son premier "Samedimanche" les 1 et 2 avril, un "minifestival" qui s’étalera – vous l’aurez deviné – sur tout le week-end, de samedi 22 heures au lundi matin, 2 heures. Ces événements devraient être organisés une fois par mois, et les fêtards auront la possibilité d’aller et venir sur le cours du week-end grâce à un bracelet. Ce samedi 11 mars, la soirée Minibar accueillera Thomas Brinkmann et sera clôturée par un b2b de Lowris et Cabanne qui se prolongera jusqu'à 10 heures du matin... sans interruption. "Tant que vous êtes chauds, on ne ferme pas", conclut Aurélien.