Photo en Une : Printworks © Danny North


À 15 minutes de métro de la Tour de Londres se dresse le quartier de la station Canada Water. Situé à au sud-est de Soho, ce quartier appartient au district de Southwark. Plutôt neuf, aux allures de cité dortoir, Canada Water n’apparaît pas de prime abord comme le spot idéal pour une warehouse party. Ce qui explique la réaction des Londoniens rencontrés dans un bar d’Hackney peu avant notre arrivée : "What the hell are you goin’ to do in Canada Water ?" Nous verrons bien. Les quelques minutes de marche qui nous séparent de Printworks font finalement surgir sous nos yeux un immense complexe de taule qui vrombit déjà sous les kicks de Seth Troxler et sa bande. On avait presque oublié que les Anglais ne se limitent pas question décibels.

Entrée du Printworks © Printworks

Il est 3 PM quand nous envisageons de franchir les grilles. Printworks est ouvert depuis midi et déjà, une première impression : les organisateurs n’ont pas lésiné sur la sécurité. Au boxe de gardien du parking se succèdent un, puis deux, puis trois check de tickets agrémentés de petits contrôles des sacs éventuels. Because Fabric, cette attention portée sur la sécurité aboutira, quelques dizaines de mètres plus loin, à une fouille corporelle intense à l’entrée du club. À peine entrés, nous oublions que nous ne sommes qu’en début d’après-midi. Dans cet immense hangar qu’est le "Reel Storage" se trouvent un bar, un fumoir extérieur, un comptoir de tokens et une masse d’Anglais survoltés qui n’attendent que de pénétrer dans la deuxième partie du complexe, le "Press Hall".

Photo du plan du site © Printworks

Un escalier nous amène au niveau supérieur, au cœur de cette ancienne imprimerie à journaux, qui ne semble pas avoir été vidée. Dans les recoins, on peut apercevoir les presses, l’aspect est brut, sans fioritures et la scénographie ne l’altère en rien. Il nous reste encore un bar à traverser, dont la superficie et la hauteur de plafond laissent pantois. Déjà, quelques fêtards fatigués s’étalent sur les bancs et les tables, et quelques concours de shots s’organisent. Dehors, il fait encore jour. Derrière une rangée de pylônes, les basses de "R U Afraid" de Gemini Sounds nous appellent.

Press Halls © Danny North

Gigantesque. C’est le terme qui convient pour qualifier Printworks. Un qualificatif qui va de pair avec la sensation de petitesse que nous ressentons dans la foule. Devant nous s’étale une multitude, éclairée aléatoirement par des spotlights stromboscopiques. "Yeeeeaaaaah !" comme le résume si bien notre voisin de parquet dansant. Les mots peuvent parfois manquer. Loco Dice, The Martinez Brothers et Seth Troxler ont pris le contrôle des platines depuis 15 h et ce pour les 6 prochaines heures. Ca va être physique. A "Mouche Tsé Tsé" d’Apollonia répondent des titres comme "Qu’est-ce que vous voulez ?" de The Amazing, on oscille entre house et techno, pour le plus grand bonheur du public, venu en prendre pour son grade. Devant, certains sont déjà torse nu, mais pas pour longtemps. Derrière, un gars nous prend par l'épaule et nous paye à boire sans nous adresser un mot. "Cheers". Beaucoup semblent éberlués devant la grandeur du lieu, d'autres dépassés et perdus, difficile de croire que ce sont les tours de la City que nous distinguons à quelques mètres de là... 

Loco Dice, un des Martinez Brothers et Seth Troxler © Danny North

Mais qui sont ces gens venus à l’ouverture de Printworks ? Une balade dans les dédales du lieu nous permet de nous faire une petite idée. Le public est hétéroclite, européen déjà, des quadras, des kids, des « full techno » à l’air sérieux, auxquels se mélangent des jeunes hommes et femmes beaucoup trop overdressed pour ce type d’événement. Les quelques personnes à qui nous posons la question sont là pour une chose : s'amuser et célébrer ce qui leur semble être le début d'un renouveau dans la nuit londonienne. L’ambiance est aussi conviviale qu’électrique. Le public est collé au son, et l'un à l'autre. Une fois son territoire marqué sur le parquet il est bien difficile de s’en extraire. Nous tentons quand même une percée pour continuer notre exploration, et nous arrivons dans la "Charge Bay", la Room 2. Volontairement plus intimiste avec une plafond plus bas et des lumières moins tape-à-l'œil, l’ambiance y est ici plus calme et chaleureuse. Krankbrother, Geddes et G.Walker officient dans cette salle pour une programmation orientée house.

L'immensité © Danny North

Un rapide passage par le bar à cocktails, où l’attente n’est pas longue mais les tarifs bien londoniens, et on file s’aérer les poumons sur "The Yard" non loin de l’entrée. On navigue entre les agents de sécurité, répartis sur l’ensemble du complexe, pour gagner les grands espaces chills. Une petite bière au bar extérieur et on retourne voir la joyeuse bande qui s’active derrière les platines de la salle principale. Il nous tiendront encore scotchés 3 bonnes heures. Nous réussissons à nous extraire du Printworks en début de soirée, lessivés. Et pourtant, il n’est que 20 h. Bienvenue à Londres.

RA Live: Seth Troxler b2b Loco Dice b2b The Martinez Brothers at Printworks