Photo en Une : Le Central © Remy Golinelli

Quel est le bilan après sept ans de fêtes à La Machine du Moulin Rouge ?

J : On peut dire que c’est une réussite, même si nous avons mis du temps à trouver la bonne formule, notamment économique. Car c’est aussi grâce à ça qu’un club peut continuer à développer une programmation. C’est aussi une reconnaissance du public, sachant que l’on partait de très loin, étant donné que la Locomotive – même si c’était une salle historique avec un background assez dingue – avait perdu de son glamour avec le temps. Il y avait un déficit d’image qui était assez énorme auprès du public, des artistes et aussi des organisateurs. Il a donc fallu du temps pour redresser cette image, on a pris des risques, on a aussi dû convaincre. Notamment avec des aménagements dans la salle qui ont dû se faire très rapidement : on a récupéré la salle mi-décembre 2009 et il fallait qu’on ouvre fin janvier… On a donc pris le parti de rester dans quelque chose d’assez éclectique, et c’est un dogme qu’on a gardé. C’est ce que l’on défend avec l’agence Sinny & Ooko qui a repris la Machine.

"Quand on parle de club, on parle de musique bien sûr, mais aussi de quelque chose de social."


M : La ligne directrice de La Machine depuis le début, c’est un peu toujours la même. On ne s’est jamais enfermés dans un style bien précis. Au début, Peggy Szkudlarek (l’autre programmatrice) a dû courir après les bookings, mais globalement, nous n’avons jamais été monomaniaques, comme peuvent l’être d’autres clubs. On n’a jamais joué que de la house ou de la techno, on a des soirées de rock japonais, les soirées "We are the 90’s" qui cartonnent… Il y a toujours cette multitude de projets et de couleurs musicales qui font que nous sommes probablement moins vulnérables aux modes que d’autres. Avec Sonotown, on a aussi apporté notre couleur musicale, très anglaise, allemande, il y a eu un second souffle, avec aussi Josselin qui fait Release The Groove à La Chaufferie, la version zéro de la Dada Temple d’aujourd’hui…

J : Quand on parle de club, on parle de musique bien sûr, mais aussi de quelque chose de social. Une communauté se fédère autour de collectifs qui essayent de défendre quelque chose de précis. C’est leur objet et moins le nôtre. Et c’est vraiment intéressant à travailler.

Jeff Mills © Remy Golinelli



Comment s’est passée la transition avec Sonotown qui a repris la programmation en 2012 ?

J : C’est un vrai débat, mais ils n’ont pas repris la prog. Pour moi, le premier acte de programmation, c’est de choisir son programmateur, pour donner une orientation. On a décidé d’en prendre plusieurs. Quitte à être varié, autant avoir une multitude d’envies et de connaissances. Je me rappelle avoir dressé une liste d’artistes, mais je n’avais pas les contacts. Avec Sonotown, ça a matché humainement parlant et on leur a proposé de participer à la programmation, partagée entre Marc et Peggy avec l’aide de Josselin Sublet, Michael Mateescu du crew Refraction, et puis Theo Muller de Midi Deux.


La scène électronique parisienne pas mal changé depuis sept ans, comment vous suivez tout ça ?

J : Il y a une scène locale qui se développe mais qu’il faut vraiment appuyer. Il ne faut pas que ce soit un feu de paille. Il faut se donner les moyens de pérenniser les choses, d’accompagner les vocations. Aujourd’hui, la musique électronique est un peu exclue des circuits de subvention ou de résidence, parce que ce n’est pas structuré de la même manière que le concert. Et l’info ne circule pas : on se retrouve aujourd’hui avec des artistes qui n’ont jamais entendu parler de l’intermittence et des droits d’auteur, qui sont de vrais enjeux.

Ca se traduit comment ?

J : On essaye de porter cette parole auprès des institutions, et d’amener notre pierre à l’édifice en faisant de la diffusion. On va lancer un programme de résidence, pas publique, mais qui consistera à laisser la salle à l’artiste pour qu’il bosse son live. Nous pourrons l’accompagner un peu en le briefant sur la partie administrative. Pour nous, les quelques subventions que nous touchons sont une validation de notre projet artistique. Et nous avons envie de le mettre en avant. C’est cela la grosse perspective qu’on a pour le futur.

© Remy Golinelli



Vous voulez vous poser en tant qu’intermédiaire entre les artistes, les collectifs et le monde un peu compliqué de l’administration ?

M : Oui maintenant que le projet "club-salle" est installé, on peut donc faire du travail de fond. On a souvent mis la scène à dispo ou la Chaufferie pour les artistes électroniques français, notamment pour Unforeseen Alliance ou Low Jack, qui sont venus répéter. La deuxième étape, c’est un accompagnement, peut-être sur un ou deux jours, avec de la sensibilisation sur les droits d’auteur, la Sacem… Professionnaliser les artistes et toute cette scène, c’est une manière de la faire durer.

Vous avez aussi fait pas mal de rénovations, notamment avec le Bar à Bulles.

J : Faire vivre une salle aussi grande avec deux jours d’ouverture par semaine, c’est impossible. On a perdu beaucoup d’argent à ce moment-là, s’il n’y avait pas eu le Moulin, La Machine aurait duré deux ans. On a aussi dû faire face à l’inflation des cachets d’artistes avec l’explosion de la scène. Il a fallu trouver d’autres solutions pour compléter notre activité. On un club, on veut rester un club mais on veut que ce soit une partie de notre activité. À terme, il y aura plus de concerts à La Machine, la palette musicale va s’étendre et on veut exploser les formats en termes de disciplines artistiques.

© © Remy Golinelli



On imagine que 7 ans de club, c’est aussi 7 ans de galères. Qu’est-ce qui vous a le plus marqués ?

M : Quand on est arrivé, on avait des mauvais retours sur la qualité du son de la salle et aussi sur la sécurité. Bon, le fumoir on n’en parle plus parce qu’on sait que c’est le fumoir le plus pourri de Paname… (Rire.)

J : Mais ça va changer ! Ça va devenir le meilleur fumoir de Paris. On ne peut pas dire comment pourquoi mais c’est prévu…

M : Au niveau de la sécurité, maintenant, on n’a quasiment plus de retours négatifs. On est assez fiers de notre sécu. Et pour le son, on a fini par trouver la solution et ça a changé du tout au tout et on l’a ressenti dans la salle et chez les artistes.

J : Quand on a récupéré ce paquebot, on avait beaucoup de pression. Beaucoup de clubs ont émergé pendant ces 7 ans, beaucoup se sont pété la gueule. On se faisait des réunions le mardi en mode : "C’est pas assez bien… On va pas y arriver…" Tous les six mois, on se demandait si on allait continuer. Dans ma position, c’est aussi 70 emplois. Quand on ramait un petit peu, c’était une espèce de déception constante… Il a fallu trouver des formules, des collaborations, des gens solides avec qui bosser. Même au bout de 7 ans j’ai encore l’impression de me prendre la tête. (Rire.)

© Remy Golinelli



Il paraît qu’un quatrième espace va ouvrir, on peut en savoir plus ?

J : En fait La Machine c’est un ancien ciné, et encore avant, c’était un jardin d’hiver du Moulin en forme d’éléphant géant. Les gens rentraient par une patte de l’éléphant et à l’intérieur, il y avait une danseuse du ventre. C’était limite Camion Bazar ! (Rire.) Donc, le bâtiment est très complexe, il y a quasiment autant d’espaces techniques que d’espaces publics. Il y aura donc un autre espace extérieur qui ouvrira certainement sur des horaires de nuit et cela va être un énorme changement. Le but n’est pas d’augmenter la jauge de la salle mais d’avoir plus de respiration, avec plus d’espaces chill. On ne peut pas en dire plus mais ça devrait arriver en mai ou en juin.

© Remy Golinelli

Les 7 ans de La Machine se dérouleront le vendredi 3 février, de 19h à 7h. 

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