Comment en arrive-t-on à voyager pour taper sur des casseroles dans les rues des cités les plus touristiques d'Europe ? Originaire de la petite ville de Genzano di Roma, dans la province de Rome, la passion de Dario Rossi a été guidée par "les vieilles cassettes de ses parents”. “J’étais bercé par la musique électronique des 80’s. Le seul problème, c’est que je ne savais pas comment la jouer." Lui qui a déjà l’habitude d’utiliser tous les objets de sa maison pour faire de la musique commence à les modifier pour obtenir différentes sonorités : "Je crois que le premier objet que j’ai amélioré était une bouteille en plastique dans laquelle j’ai mis une chaîne de métal pour la faire résonner différemment." En parallèle, Dario intègre plusieurs petits groupes locaux orientés rock et pop. Et à chaque fois, il se cale à la batterie, qu'il étudie depuis l'âge de 10 ans. 

"Dans la rue, on est libre, on peut s’exprimer sans aucune limite. C’est ce qu’il y a de mieux pour un artiste."

"L’année 2007 a été un grand tournant pour moi, c’est à ce moment que j’ai intégré le Saint Louis College of Music de Rome, pour me spécialiser dans les différentes techniques de percussions." Mais plus le temps passe et plus les goûts musicaux de Dario s’affinent. "J’ai commencé à me lasser de jouer sur un set up de percussions normal. Ce genre de composition fonctionne très bien pour jouer du rock ou de la pop, mais pas pour reste. Je me suis donc mis en tête de créer mon propre set up, et j’avais besoin de nouveaux matériaux, de meilleurs matériaux. Je suis revenu à ce que je savais faire le mieux, le recyclage d’objet pour en faire des instruments." Plusieurs années lui seront nécessaires pour considérer son set up comme complet, et ainsi obtenir ses rythmiques proches de la musique électronique. Mais Dario Rossi ne veut pas se cantonner dans une case. "Ma musique n’est pas que techno, ce serait trop réducteur, elle subit beaucoup d’influence, la new wave, la progressive, l’électro, le post-punk ou la rave music."

En 2011, il est à Londres. "J’avais passé quelque temps, c’est une ville où il est difficile de faire sa place en tant qu’artiste, il n’y avait pas beaucoup de possibilité dans les clubs et j’enchaînais les petits boulots. Pour fêter mon dernier jour dans cette ville, j’ai décidé de faire un show et de m’installer dans la rue." Le voici donc à Piccadilly Circus, avec tous ces matériaux recyclés posés devant lui. "C’était très différent de maintenant, c’était plus à titre d’expérimentation. J’étais très timide et je n’avais aucune idée de la manière dont les gens allaient réagir." Il commence sa prestation. En l’espace de quelques minutes, la place se remplit d’une foule attirée et enthousiasmée. "Ca a duré 20 minutes, j’étais vraiment surpris par tant de ferveur, il y avait de tout, des jeunes, des moins jeunes, et ils avaient l’air d’apprécier, ça été un déclic." De retour en Italie, Dario Rossi est plus motivé que jamais, "je bossais tous les jours dans mon garage, pour obtenir le set up parfait à mes yeux." Aux alentours de 2013-2014, son "orchestre" est quasiment terminé. Dès lors, il commence à ce produire tous les week-ends dans les rues de Rome. 

Dario Rossi - Piccadilly Circus - 2011

Mais pourquoi la rue ? "Dans la rue, on est libre, on peut s’exprimer sans aucune limite. C’est ce qu’il y a de mieux pour un artiste. Pas de restriction d’espace. Même le son exige une certaine pureté", explique-t-il. "C’est aussi pour ça que j’ai choisi d’utiliser les matériaux recyclés. Beaucoup d’instruments ‘normaux’ demandent de l’électricité, avec mes instruments, je n’en ai pas besoin. Je voulais faire quelque chose d’expérimental. Je les place de différentes façons pour les faire sonner différemment, ou je mets mon pieds dessus etc.. C’est beaucoup plus stimulant !" décrit-il avec sa voix chantante. "Dans la rue, le feeling est différent que celui d’un club ou d’un festival. Je joue avec le même set up et les gens sont différents, il y a des enfants, des vieux, avec des histoires différentes et des envies différentes. Ils sont là pour vivre le moment et se sentent plus libres."

Dario Rossi @ Amsterdam - 2015

Lors de ces prestations, le drummer fou semble presque entrer en transe : "C’est très naturel, je plonge véritablement dans un autre monde, je ne sens pas le temps passer. C’est comme si mon cerveau commandait ma main de manière autonome. Je fais aussi du sport et je me maintiens en forme (rire). Et ce n’est pas qu’un procédé mental, cela dépend aussi de mes sentiments, de mon humeur et de l’énergie de la foule."

En l’espace de quelques années, il est devenu un véritable phénomène Internet. Dario garde cependant la tête sur les épaules : "Ca a vraiment commencé à prendre il y a à peu près trois ans, pendant l’été 2014. J’étais à Berlin et je me suis installé à Alexander Platz, beaucoup de gens ont pris des vidéos de ma prestation et elles sont devenues virales assez rapidement", raconte-t-il. "Je suis très reconnaissant envers les gens qui ont réalisé ces vidéos ce jour-là, c’est un peu grâce à eux que j'en suis là." Même effet quelques mois plus tard à Amsterdam, au Dam Square, et à Barcelone sur la plage de Barceloneta. Depuis, il en a fait son gagne-pain, en plus de certains gigs en club, surtout en Italie."Je n’avais pas prévu de vivre de ça, conclut-il. C’est mon travail, mais avant tout ma passion.”

Dario Rossi joue maintenant dans certains clubs et festivals européens et sera à la Metz Électronique le 11 février prochain. Toutes les informations sur l'évènement Facebook.