Photo en Une : © Flavien Prioreau

Toutes celles et ceux qui ont déjà lu une interview de Dave Clarke savent que le producteur n’a pas sa langue dans sa poche. Dans notre long entretien, le baron de la techno taclait allègrement le Berghain, la house, la fonction sync… dès lors que, selon lui, l’on passe d’un art – la production, le DJing – à un effet de mode. La tech house en avait aussi pris pour son grade lorsque Clarke avait relayé un article intitulé "Why Tech House Needs To Just F*ck Off".

   À lire également
Dave Clarke : “La house, c'est une question de style. Il faut avoir l'air cool. Perso, j'en ai rien à foutre”

Hier, le producteur britannique a annoncé sur Facebook sa décision de ne pas renouveler son visa de travail aux États-Unis, et a mis en cause un cas de conscience qui l’empêche de se produire dans ce pays tant qu’un président "misogyne, narcissique et raciste" siègera à la Maison blanche.

"C’est difficile pour moi, mais j’y ai réfléchi pendant un bout de temps et il faut que je vous l’annonce… J’ai le plus grand respect pour l’influence de la musique américaine et de la culture américaine dans ma vie, mais je ne renouvellerai pas mon visa de travail.

J’ai eu de mauvaises expériences professionnelles aux États-Unis, et c’est une partie du problème, ce serait malhonnête de ma part de ne pas le dévoiler. Il y a déjà un certain temps, un agent n’a pas agi avec professionnalisme, ce n’était pas grand-chose mais cela a commencé à façonner ma vision des choses et de comment elles évoluaient. Mais la raison globale est assurément politique, je ne peux pas m’imaginer venir aux États-Unis professionnellement lorsqu’un président misogyne, narcissique et raciste y est en exercice. Et pour être honnête, mon permis de travail pourrait ne pas être renouvelé à cause de sa politique d’"embaucher américain".

Donald Trump élève le retournement de veste [shapeshifting] au rang d’art…"

Dave Clarke écrit accepter que l’élection de Donald Trump résulte du "processus de démocratie à l’œuvre", et s’excuse auprès de ses fans américains.  

"Ceci n’est pas une punition pour ceux qui aiment ma musique, mais une décision basée sur mon intuition. À tous ceux qui me demandent de venir dans votre beau pays, s’il vous plait ne le prenez pas personnellement. Ceux d’entre-vous qui font de la superbe musique et résident aux États-Unis ou y sont nés, je continuerai à vous soutenir et à vous booker."

Dave Clarke n’est pas la seule personnalité de la musique électronique à s’être engagée contre le président Trump. Sans compter les nombreux tweets d’indignation au lendemain de son élection, le collectif de productrices techno féministes Discwoman s’est associé au label de Physical Therapy Allergy Season pour sortir la semaine dernière Physically Sick, une "compilation de protestation" destinée à "soulager les symptômes du fascisme, de la bigoterie, de la violence et de la démagogie". L’album rassemble 42 producteurs dont DJ Stingray (Stingray313), Heartthrob, Umfang, Jayda G et Person Of Interest. Disponible à prix libre, tous les profits sont reversés à des organismes de solidarité comme le planning familial ou une association de soutien aux immigrés.

discwoman physically sick

Discwoman était aussi présent à la Women’s March du 21 janvier, qui a rassemblé deux millions de manifestants pour protester contre les idées du président élu.