Photo en Une : © Gaëtan Tracqui


Du 20 au 22 janvier, Katapult célèbre ses vingt ans avec trois soirées au line-up d'anthologie : leur compagnon de la première heure Ricardo Villalobos, aux côtés du résident du Robert Johnson Max Vaahs à la Folie le vendredi, Feadz, Oxyd, Jean Nipon au Point éphémère le lendemain, et The Mole, Sacha Mambo ou encore Lord Funk pour terminer le week-end sur le groove aux Mains d’œuvres de Saint-Ouen dimanche.

Katapult, ça commence comment : un disquaire, un label ou une soirée ?

Laetitia : Le début de Katapult, ça a été l’ouverture de notre première boutique de disques à Rouen, en 1996.

Alex : Mes parents tenaient une boîte de nuit, et j’y ai organisé des boums quand j’avais 10-12 ans (rire). Les premières vraies soirées, c'était en 1992, à Rouen, mais ça ne bougeait pas beaucoup.

Laetitia : Nous avions aussi un label de hard techno qui s’appelait Katapult, mais nous manquions de visibilité ; tout était concentré sur Paris à l’époque, les gens prenaient le train pour aller aux soirées Mozinor ! Donc on est restés trois ans avant d'aller s'installer à Paris en 1999, vers le métro Parmentier. En 2001 on a déménagé pour ouvrir un espace plus grand du côté du Carreau du Temple. Il y a toujours les bureaux de Kill the DJ là-bas, d’ailleurs.

Qu’est-ce que l’on trouvait dans les bacs de Katapult ?

Alex : Il y avait tous les styles de musique électronique, c’est ça qui nous a permis de nous faire une petite place dans le milieu. Les autres boutiques étaient très spécialisées : house, jungle, hardcore, techno, jungle… Il y avait un disquaire par style. Nous, en province, il fallait qu’on vende de tout, et on a gardé cette ouverture en arrivant à Paris. Le public a bien accroché, les DJ's fashion tout comme les mecs à capuche et crâne rasé venaient chez nous.

Laetitia : Il y avait un petit essoufflement de la French Touch quand on est arrivés, les gens cherchaient autre chose. Comme il nous restait pas mal de stocks de Rouen, on avait de la house et des sons allemands assez recherchés. On a ramené des trucs neufs qui étaient épuisés à Paris depuis des années, et on voyageait toujours beaucoup en Angleterre et en Belgique pour acheter chez les grossistes.


Et votre label, qu'est-ce qu'il devenait ?

Laetitia : Le label Katapult existait toujours, mais on a voulu monter un autre label, Karat. Ça s’est décidé en rencontrant Ark, qui était déjà bien implanté à l’époque – il avait notamment monté le groupe Trankilou avec Pépé Bradock.

Alex : Il était signé chez Brief, et Karat lui a permis de sortir des sons plus dub et abstraits.

C'est à ce moment que vous avez commencé à organiser des soirées sur Paris ?

Laetitia : On est devenus potes avec Cabanne, qui faisait les lumières au Rex. C’est lui qui nous a introduit là-bas, et on a organisé les Katapult un jeudi par mois. On a été les premiers à ramener Ricardo Villalobos, Isolée, LoSoul… Le succès a été rapide.

Alex : La programmation était très variée, dans la lignée du disquaire. Il y avait de la house, de la techno, de l’électro-clash… Feadz faisait les warm-up, Ark était résident, et on invitait beaucoup de DJ's internationaux.

Le succès a été au rendez-vous jusqu’à aujourd’hui ?

Laetitia : Non, loin de là. C’était une période bizarre, un entre-deux : les vieux arrêtaient de sortir et la nouvelle génération ne s’intéressait pas encore à ce son. L’arrivée d’Ed Banger a contribué à en orienter beaucoup vers la musique électronique. Il y avait aussi une pénurie de disquaires, tout le monde fermait – nous y compris, en 2005.

Alex : Internet a aussi changé beaucoup de choses. D’un côté, ça a permis aux gens de se faire une culture musicale incroyable, mais de l’autre, ça concurrençait les boutiques. C’était très branché de commander sur Internet, genre Hardwax, du coup, les disquaires fermaient, et après, les gens venaient s’en plaindre.

Vous avez cependant continué les soirées malgré la fermeture de la boutique.

Laetitia : Oui, on s’est concentrés sur l’événementiel. Ce qui ne nous a pas empêché de bien nous casser la gueule pas longtemps après, avec une soirée à la Locomotive (devenue la Machine du Moulin Rouge, ndlr). Il y avait un gros line-up, avec Dandy Jack, Isolée, Skudge, Sonja Moonear, Trus’me, mais pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, ça n’a pas marché. Ça a été une période assez noire pour Katapult.

Alex : Il y a eu un creux entre 2008 et 2010, on se cherchait un peu. Tu vois que sur 20 ans, ce n’est pas une croisière, il y a des hauts et des bas.

Qu’est-ce qui vous a poussé à continuer ?

Laetitia : La passion.

Alex : Ouais, c’est un peu comme un sacerdoce, on est en mission pour le Seigneur (rire). Et puis ces périodes peuvent avoir des retombées très positives. De ce qu’on nous en dit, c’est le mélange de générations qui fait la force de nos soirées. Aujourd’hui, on a des gens de 18 à 50 ans qui viennent, et ça ne serait pas le cas si on ne s’était pas accrochés.

Vous fêtez vos 20 ans en janvier avec trois soirées consécutives – c’est le plus gros événement que vous ayez organisé ?

Alex : Je ne suis pas sûr, avec les soirées à l’Electric, on ramenait quand même 3 000 personnes avec The Mole, Villalobos. Mais c’est la première fois qu’on fait trois soirées d’affilée, qui plus est dans des endroits très différents. La jauge de la première soirée avec Villalobos est de 1 000 personnes, et le dancefloor est tout petit ; ça va être un peu le bordel, mais ce sera intimiste. Dimanche aussi, on sort un peu des clous avec une salle disco-funk, où il y aura Lord Funk, Mag Spencer et Sacha Mambo.

Avec un line-up pareil, pourquoi ne pas avoir choisi des lieux plus grands ?

Alex : Faire des trucs énormes avec moult sponsors, pour être honnête, ça nous répugne un peu. Dans les dernières années, il y a pas mal d’argent qui est arrivé dans le milieu, il y a plus de clientèle mais aussi plus de requins qui font passer l'ivraie pour du grain. Bien sûr, notre but, c’est aussi de promouvoir de la musique de qualité, mais c’est juste une proposition. On essaie de faire confiance à nos goûts et d’être fidèles à notre public et aux artistes qui nous accompagnent.

Il y a aussi une compilation d’inédits qui sort sur Karat dans la foulée. Vous avez songé à rouvrir une boutique ?

Alex : Non, je ne pense pas. C’est beaucoup de bons souvenirs, mais c’est extrêmement chronophage. On prévoit plutôt de se concentrer sur le label. Là aussi il y a eu des moments compliqués, l’arrivée du digital a changé le modèle économique et la manière de faire de la com.

Laetitia : Le digital, ça ne nous a jamais trop emballés au niveau qualité sonore, et quand nous vendions moins de disques, le fait de proposer nos sorties en digital ne compensait pas les pertes. Du coup, on ne l’a jamais trop développé.

Alex : Mais on ne crache pas dessus, même des formats pourris en terme de hi-fi comme le MP3 ont du bon. Ça a permis à des jeunes qui n’ont pas forcément 10 balles à mettre dans un EP de débuter sur un contrôleur, c’est une démocratisation.

Laetitia : Il a fallu qu’on s’adapte, mais c’est ça qui nous fait évoluer dans le métier.

Alex : C’est la base de ce milieu, l’évolution. Ça ne reste jamais statique.

C’est ça que vous retiendriez de 20 ans de carrière ?

Alex : Oui, mais ce n’est pas toujours facile à accepter. Parce que quand tu t’es fait une place, tu voudrais bien qu’elle soit un peu solide, mais elle ne l’est jamais. Il faut toujours se remettre en question et avancer. Si tu fais du sur-place, tu disparais.

Et selon vous, la scène actuelle bouge beaucoup ?

Alex : Oui, il y a clairement un renouveau, beaucoup de collectifs. Tu prends Cracki, La Mamie’s, D.KO, ça marche très fort. Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’on voit maintenant des bandes de potes qui arrivent à ramener 1 000 personnes à leurs soirées en les annonçant trois jours à l’avance. Le public est là et il a grossi : les vieux n’ont pas lâché l’affaire et les jeunes sont de plus en plus nombreux. Donc nous non plus, on n'est pas prêts de prendre notre retraite !

Katapult 20 Years, 20-21-22 janvier

Day 1 : Ricardo Villalobos, Max Vaahs @ à la folie Paris
Day 2 : Feadz, Oxyd, Jean Nipon, Myako, Jef K, Mud Deep & Gabriel dko, Pit Spector, Francis Roseerosée, Mathilde Rocaboy @ Point Éphémère
Day 3 : Ark, The Mole, Sacha Mambo, Lord Funk, Masomenos, Davjazz, E/tape, Mag Spencer @ Mains d'Œuvres

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