Chaque édition du Weather Festival est un exercice d’équilibre, aussi bien pour l’équipe de Surpr!ze que pour les fêtards qui s’y rendent. Entre house et techno, anciens et nouveaux talents, kids et vétérans de Montreuil, foule compacte et coin tranquille, les choix sont souvent cornéliens. Cet hiver, les organisateurs avaient tranché, pas de scène dédiée à un style mais une prog à l'accent techno, avec une touche de house dans le Hall A du Paris Event Center. Avec un line-up composé (presque) à moitié de Français, Weather Winter Festival avait tout pour plaire.

C’est motivé et chaudement vêtus que nous nous engouffrons dans la ligne 7, direction Porte de la Villette. A quelques stations de l’arrivée, le métro est déjà rempli de festivaliers dont certains ont revêtus leurs plus beaux attributs de licornes ou de somptueux couvre-chefs ; ça chante, ça hurle, ça boit, le ton est donné. Sous le regard interloqué des quelques badauds simplement désireux de regagner leur domicile, la fête a déjà commencé. À peine sorti de la bouche de métro, seule une vingtaine de mètres nous séparent d’une marée humaine. Il est 00h30 et la file d’attente s’étale tout le long de la grille du Paris Event Center. À peine le temps de se demander comment aborder cette épreuve, nous voilà emportés par un mouvement de foule. Nos pieds ne touchent plus le sol, un gars tente d’extraire sa copine qui commence à manquer d’air, les vigiles et barrières – arrachées – ne maîtrisent plus le mouvement jusqu'à l'entrée.

Heureusement, le chemin jusqu’au check des billets est encore long, cela nous laisse le temps de nous remettre de nos émotions et de nous regrouper. Un type entonne des hymnes à la gloire de la techno et de l’antitotalitarisme. On cligne des yeux et nous sommes déjà à l’intérieur du festival. La fête peut commencer, laissons derrière nous les désagréments passés. Direction la première salle, le Hall B, résolument techno. Il est un peu plus d’une heure, le Berlinois Blind Observatory a déjà fini de distiller sa techno de l’espace, ce sont nos quatre cavaliers de l’Apocalypse d’Unforeseen Alliance qui ont pris le relais.

Le plaisir de retrouver ZadigVoiskiAntigone et Birth Of Frequency est intact. Leur live tabasse toujours autant, une impression décuplée par le light-show épileptique. Les murs tremblent, la taule des carcasses de voitures entreposées autour de la scène aussi.

Scénographie façon Détroit 

Nous les laissons un peu avant la fin de leur prestation pour aller voir Josh Wink, le cousin d’Amérique, dans le Hall B. Cela fait quasiment une heure qu’il a remplacé Russ Gabriel, la house a laissé la place à une acid house puissante et ravageuse.

On a le sentiment que le public est surpris, toujours chaud mais presque dépassé par les vibes de l’Américain, dans le bon sens du terme, comme lors de son précédent set en 2015. La chaleur commence à se faire sentir, les 15 000 personnes attendues sont bien arrivées. Il va falloir choisir entre la suée ou la crève. Va pour la crève. 

On ne peut tout de même décemment pas participer à cette édition sans passer voir un habitué, Marcel Dettmann, qui est aux commandes du Hall A depuis 2 h du matin. Sa sélection techno est toujours aussi froide et industrielle, les kids en perdent leurs déguisements. Un jeune homme affublé d'une paire de lunettes scintillantes se confie sur le dancefloor :"Ca fait 9 fois que je le vois mais il est toujours aussi bon !

Un rapide virage par le bar avant un retour au Hall B pour assister au live de Sweely. Le Niçois s’est imposé, à force de travail, comme l’une des relèves de la house en France.

Armé de quelques machines, il nous propulse dans une faille temporelle entre house vintage et moderne. Le public est conquis. il est bientôt 4 heures.


Sweely au Weather Winter

Une belle ambiance s’est répandue à travers le Hall B, tout le monde semble s’être donné, et nous ne sommes pas les seuls à avoir apprécié le show du Niçois. Laurent Garnier aussi. Il va prendre la suite, et la longue l’embrassade qui s’ensuit avec Sweely laisse présager que le papa de la musique électronique en France sait à qui passer le flambeau. Nous faisons le choix cornélien de passer sur le live/DJ set hybride de Donato Dozzy & Peter Van Hoesen pour rester plantés là. De toute façon, la salle commence à se remplir méchamment, difficile de s’extirper.

Laurent Garnier s’installe. Les milliers de danseurs retiennent leur souffle et leurs pas. Son intro, comme d’habitude, va durer plusieurs minutes. Il envoie sa tête en arrière, les mains sur les potards, c’est pour bientôt. Ca part.

Lolo a choisi “Stellar Acid” de Charles Fenckler pour démarrer son set. Une explosion sonore, alliée aux lumières électrisantes des échafaudages de la scène, envoie le public sur une autre planète. Le temps n’a plus d’emprise sur personne. On ne sait même pas à quelle heure il choisit de faire retentir son fameux “Crispy Bacon”. Tout y passe, en tout éclectisme, “Jupiter Jazz” de UR par exemple, ou encore un remix de M83 par Lee Van Dowski. Laurent Garnier distribue les pépites. Plus personne n’ose regarder sa montre ou l’écran de son téléphone, mais il est déjà 7 h, le moment de rentrer, tandis que les plus courageux rejoignent Concrete, où Laurent Garnier et Marcel Dettmann entament un back-to-back…

PS : Pour ceux qui, pendant le live de Sweely, se sont demandés quel était le son dont la voix féminine vous demandait de la ramener chez elle (en anglais), le voici.