Photo en Une : © Laura Parize


Même si les organisateurs de Capsule Festival ont été contraints de délocaliser la fameuse soirée du haras national au centre culturel du Quai des Rêves, ces derniers ont su faire face aux imprévus. Notamment grâce à une configuration inédite de la scénographie le premier soir : la jeune équipe a mis l'accent sur les performances VJing de Lambert Duchesne en plaçant les artistes au milieu du dancefloor.

En mettant davantage en lumière les DJ's, la deuxième soirée s'ouvre sur le tout premier live de Voyou. Entre ambient et électro-pop, le musicien, auteur d'un récent EP, se donne face à une salle se remplissant progressivement.

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Voyou réalisait sa première performance live pour le Capsule Festival. © Lia Goarand

Pendant ce temps, les organisateurs ne savent plus où donner de la tête. Un brouillard épais recouvre la partie nord de la Bretagne depuis le début de la soirée. “Deux avions ont dû changer d'aéroport à la dernière minute, confie Pierre-Antoine Hercouët, président de l'association. Mais, au final, on s'en est sorti avec un petit retard sur l'horaire du début du set de Mall Grab. Ça aurait pu être pire.” Fraîchement débarqué, l'Australien doit rapidement s'atteler aux platines. Très attendu pour sa première venue en Bretagne, Mall Grab livre un DJ set pour le moins décousu mais avec une tracklist qui met le public dans les meilleures dispositions possibles pour accueillir The Hacker et son set italo-disco.

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The Hacker a pris les rênes du Quai des rêves à partir de 23h30. © Jérémie Verchere

Une demande qui a quelque peu surpris le principal intéressé : “Pour être venu plusieurs fois en Bretagne, je connais le public local, je sais qu'ils sont bien jeunes et pêchus. Donc j'étais un peu surpris que l'on me demande de jouer 100% italo-disco ici.” Malgré son pressentiment, Michel Amato (aka The Hacker) a quasiment respecté la requête à la lettre grâce à un public plutôt réceptif, avant de laisser les commandes à Kane West. Signé chez PC Music, le Londonien a emporté le Quai des Rêves dans son univers plus que déroutant. Suivi de près par Parfait, la résidente des soirées parisiennes Possession, qui s'est chargée de clôturer cette folle soirée.

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© Laura Parize

À l'occasion de cette soirée, nous en avons profité pour revenir sur la relation que The Hacker entretient avec l'italo-disco : “Dans les années 80, lorsque j'étais ado, la facette la plus commerciale de l'italo-disco était dans le top 50. À la fin des années 90, chez un pote, je suis retombé sur une compile du genre "Les hits de l'été 83", bien kitsch. Le vinyle était rempli de tubes de la culture club et à la fin du disque, il y avait My Mine - “Hypnotic Tango”. Je redécouvre alors ce morceau de mon enfance en me disant que la prod est presque électronique et carrément avant-gardiste pour son époque. À ce moment-là, je dis à mon pote Kiko : “c'est ça qu'il faut refaire maintenant !” J'ai remis le nez dans ce qu'on peut appeler l'underground de l'italo-disco. Au début, c'était une niche et désormais, il y a un revival tous les cinq ans.” Le producteur grenoblois voue depuis un véritable culte au genre. Un amour qui peut paraître étonnant au vu de certaines sorties de The Hacker, assez éloignées musicalement de l'italo-disco. Pourtant, selon lui, “la techno, la new wave et l'italo-disco sont liés. Cette connexion me semble évidente. L'italo-disco, ce sont des Italiens qui essayaient de faire de la new wave comme les Anglais à la Yazoo ou The Human League, sauf qu'ils ont ajouté un côté plus chaleureux.”

La playlist italo-disco de The Hacker

Avant de balancer ses pépites d'italo-disco au public lamballais, le DJ de la capitale des Alpes a commenté six morceaux emblématiques du genre. 

My Mine - Hypnotic Tango - 1983
À base de TR-808 et TB-303, ce morceau est hyper électronique. On peut situer ça entre la new wave et ce côté happy de l'italo-disco, que je trouve très nostalgique et touchant.

Alexander Robotnick - Problèmes d'amour - 1983
Lorsque nous nous sommes penchés sur ce style avec mon pote Kiko, vers la fin des années 90, nous avons redécouvert Alexander Robotnick avec ce morceau. Nous avons réussi à le retrouver à Florence et il avait complètement arrêter l'italo-disco. On l'a refait jouer à nouveau en 2002. C'était une première pour lui depuis les années 80. Le gars en était le premier surpris ! Nous avons fait de la musique ensemble. De son côté, ça a relancé sa carrière. Ce morceau est pionnier pour l'utilisation de la TB-303. Il a fait ça en 83, à Florence, et trois ans plus tard, des mecs inventaient l'acid-house à Chicago. Encore une fois, on retrouve ce côté chaud et froid de l'italo-disco : de l'électronique avec un feeling très latino et mélancolique.

Casco - Cybernetic Love - 1983
Il y a un côté Kraftwerk et même Detroit avec cette touche italienne si particulière qui rend le morceau plus chaleureux. Pour résumer, c'est Kraftwerk qui boit du Spritz !

B.W.H. - Livin' Up / Stop - 1983
Le côté chaud et froid très électronique est toujours présent. On se retrouve un peu dans une ambiance de fin de vacances. Les deux morceaux sont superbes.

Klein & M.B.O. - Dirty - 1982
Un morceau que j'ai découvert dans Les hits de l'été 82 que ma mère m'avait acheté. En fin de vinyle, toujours dans le but de faire du remplissage, ils avaient calé ce morceau, qui n'avait pas réellement marché en France. Par contre, dans les années 80, ce titre cartonnait dans les boîtes comme le Paradise Garage. La prod est clairement électronique avec une TR-808, deux synthétiseurs ultra cheap et très minimalistes, une meuf qui chante faux. C'est l'essence de l'italo-disco : on fait un morceau avec trois fois rien. Tous les pionniers de la techno de Detroit ont, par la suite, cité ce morceau en référence.

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À l'année prochaine pour le #4 ! © Jérémie Verchere