Le CTM Festival, fondé en 1999, était à l’origine le Club Transmediale – en référence au festival Transmediale, dédié aux arts et à la culture digitale, qui se tient conjointement au CTM. Rebaptisé en 2011, le CTM a franchi l’enclave des musiques expérimentales pour se consacrer aux "musiques aventureuses". Des musiques provocantes, radicales et contemporaines.

Actress et son mélange de 2-step et de techno, ou Monolake, qui présentera son prochain album en son surround au Berghain, comptent parmi les artistes les plus "conventionnels" du line-up. C’est dire. "FEAR, ANGER, LOVE", l’écho universel et dissonant de la thématique de cette édition, préfigure l’impossibilité de mettre les artistes invités dans des cases. Le curseur se place toujours quelque part entre "musique expérimentale" et un imbroglio de sous-genres. La techno-indus-métal-chants de gorge inuit de Tanya Tagaq, l’acid-trap-future bass de LSDXOXO… Des 70 artistes déjà annoncés, impossible d’en trouver un qui se cantonne à un genre précis.

Tanya Tagaq - Uja

Parmi ceux que vous seriez susceptible de retrouver en club, on compte le digger turc Bariş K, le cofondateur de Bromance Virgil Abloh, ou encore Lorenzo Senni, l’une des dernières signatures de Warp Records – tandis que le harsh noise de Vomir ou les compositions infra-sonores de Thomas Ankersmith nous rapprochent plutôt du sound design et des centres d’art.

Dépasser les genres et les assignations, le crédo du CTM se vérifie au-delà du champ musical : parmi les nombreuses artistes féminines invitées, on retrouve Genesis Breyer P-Orridge, performeuse et membre du mythique groupe Throbbing Gristle ; UMFANG, cofondatrice du collectif "techno-féministe" new-yorkais Discwoman, Jenny Hval et trois figures de proue d’un nouveau hip-hop charnel et assassin : Princess Nokia, Tommy Genesis et Moor Mother.

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Princess Nokia - Kitana

Partie intégrante du festival, l’exposition Critical Constellations of the Audio-Machine in Mexico explore les liens entre la musique expérimentale mexicaine et l’industrialisation, l’économie néo-libérale, l’identité et le nationalisme. Avec de nombreuses conférences et projections prévues durant ses 8 jours, le CTM est peut-être le festival le plus résolu à montrer l’importance socio-politique de la musique, passée comme contemporaine.

Un lieu ne saurait suffire pour combler une telle ambition ; vous pourrez ainsi assister à des concerts et soirées au Berghain et au Panorama Bar (et ce sans craindre de vous faire refouler à l’entrée, un argument qui pourrait à lui seul justifier le voyage), mais aussi au centre de création Hebbel am Ufer ou au bord de la Spree, les pieds dans le sable au bar/club YAAM (Young African Art Market).

Le programme complet est accessible ici. Quelque part entre les Trans Musicales et l’Atonal, le CTM Festival subjuguera celles et ceux qui voient la musique comme un univers en perpétuelle expansion.

Actress - Hubble