Photo en Une : © Nicolas Joubard


Comme chaque année, début décembre, Rennes a le tuesday blues après un week-end de Trans Musicales où chacun vient chercher la fête qu’il mérite. Les vaisseaux pètent sur des visages qui peinent à reprendre une forme décente, les services de la ville karcherisent un pavé transformé en tapis de fakir, la STAR nettoie des navettes plus sales que la couche de Jacques Chirac et les conducteurs de bus soignent leurs acouphènes après un week-end de Chauffeur si t’es champion et de Pose ta bite sur mon épaule. Un programme alléchant donc et c’est bien pour ça qu’on a remis nos lunettes, nos casquettes et nos blanches baskets pour aller se salir du côté du Parc Expo de Saint-Jacques-de-la-Lande.

Toutefois, on a quand même gardé l’esprit propre pour se poser quelques questions à propos de cet évènement qui, souvent, joue un rôle de défricheur et de prescripteur de talents. Comment les professionnels de la musique (artistes, chargés de communication, RP, manager..) abordent-ils cette grande sauterie ? Qu’est-ce qu'ils en attendent ? Que font-ils une fois sur place ? Quelle vision peuvent-ils en avoir a posteriori ? Voici ce qu’on a retenu de notre passage dans l’ancien fief de Jean-Yves Le Drian.

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M.A BEAT. © Nicolas Joubard

Un passage aux Trans, ça se prépare. Pour beaucoup d’artistes, c’est la plus grosse scène de leur jeune carrière, donc pas moyen d’arriver la platine en coeur en mode “vas-y ça va passer”. En découvrant le hall 8 pour la première fois cette année, Samy de M.A BEAT (Nancy), assure que “c’est quelque chose d’unique. On l’a préparé comme aucune autre date et on a fait en sorte de bien relayer notre présence au festival.” Pour Pti Fat, membre du groupe Joy Squander (Laval) qui a officié en 2014 dans la Green Room, ça met “quand même un peu la pression, ça faisait qu’un an qu’on avait commencé le projet et déjà, on avait la possibilité de jouer aux Trans et de présenter notre travail. Ça nous a mis un coup de boost et on a bossé notre set, révisé nos compositions jusqu’au dernier moment.” Et même si l’effet de levier est difficile à évaluer, dès l’annonce de la programmation, lui et Raincut, son binôme, ont vu l’agenda se remplir plus vite qu’à l’accoutumée. “Grâce à ça, on a eu pas mal de dates qui sont arrivées entre fin septembre et début décembre. Ce qui fait qu’on était en concert tous les week-ends jusqu’aux Trans.” Samy confirme que l’effet Trans Musicales reste difficile à quantifier, mais il a tout de même ressenti en amont une hausse des sollicitations et “une ferveur au niveau des médias”, inconnue jusque-là.

Pour Guillaume Jallut, responsable de la communication chez AFX (Meute, M.A BEAT, Owl Vision, Oiseaux-Tempête), et donc venu représenter le groupe sur place, “c’est vraiment un révélateur. Ça boucle la saison, donc tout le monde vient faire ses courses. On peut autant avoir Meute (Allemagne), que Super Parquet (France), ou de la noise. Il y a beaucoup de professionnels qui viennent te regarder. Ils ne restent pas jusqu’au bout, les types restent trois titres et si tu te loupes, ça peut vite être rédhibitoire.” D’ailleurs, où en est Stephan Eicher depuis son passage au Liberté en 2003, après le concert des Bérurier Noir qui avait tourner chocolat ? Même si ces incidents n’étaient pas de son fait, un passage à Rennes raté peut laisser des traces. Il en avait cassé sa guitare le pti loup !

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Venus tout droit d'Auvergne, Super Parquet a mis le feu au plancher. © Nicolas Joubard

Avec un hall dédié spécialement à cette catégorie de festivaliers, l’espace pro est un des plus imposants, si ce n’est le plus grand, de tous les festivals français. Pour Maxime Sollier, membre et manager du groupe franco-québécois Reliefs, “il y a peu de festivals qui ont un espace médias aussi fourni et c’est vrai qu’on y va avec beaucoup d’espoir.” Non programmé au festival, venu uniquement pour faire la promotion de son groupe, il essaie de “mettre les petits plats dans les grands” et de multiplier les contacts avec la grande famille de la musique dont la seule préoccupation ne sera bientôt plus que de trouver, au saut du lit, la force de poser un pied à terre pour aller évacuer quelque substance organique. Car venir seul, se placer et capter l’attention d’une éventuelle personne susceptible d’être intéressée par votre projet n’est pas chose aisée.

Avec le recul, Raincut l’aurait certainement jouée différemment. “Il faut venir outillé. Nous, on a joué et il a fallu qu’on fasse le travail de communication derrière. Le problème, c’est qu’on n'avait pas de booker, ni de chargé de com, donc c’était un peu galère. On avait quand même un attaché de presse qui bossait à distance, mais sans elle sur le terrain, ça a été compliqué de créer des contacts. Ça n’a pas forcément bien marché.”  Pour Pti Fat, “c’est derrière que la bataille commence ! On s’était dit qu’on allait se faire aborder par un tourneur, un label et au final, ce n’est pas parce que tu joues aux Trans que quelqu’un va te sauter dessus. Après, ça reste positif de jouer devant autant de gens et pour les démarchages, ça rend les choses plus simples quand tu dis que tu es passé par là.”

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Les Allemands de Meute reprennent des classiques techno et house à leur sauce. © Nicolas Joubard

Pour ce qui est de cette année, s’il fallait retenir un nom, il semble que ce soit Meute. Ce que confirme Guillaume d’AFX : “On a pris des demandes dans tous les sens. Même pendant le concert, on avait déjà des retours. C’est vraiment pas une légende, ça peut être un super tremplin.” Affaire à suivre… Car malheureusement, c’est toujours celui ou celle qui a réussi à repartir accompagné(e) qui trouve que la soirée était géniale. Ça marche aussi quand on a réussi à rentrer avec ses clés, sa carte bleue et son téléphone, hein ! 

Une première venue aux Trans Musicales de l’autre côté du miroir casse en tout cas les reins à bon nombre d’idées préconçues. “J’avais entendu beaucoup de choses sur ce festival. Je trouve qu’il a un peu trop la réputation de faire connaître les petits artistes parce que maintenant, il n’y a que ça et donc forcément, il n’y en pas beaucoup qui ressortent”, pondère Samy. C’est une grosse machine où l’intimité n’a pas sa place, du moins en ce qui concerne le Parc Expo, et une fois le plaisir d’avoir joué évaporé, certains artistes comme Raincut relativisent en se disant que “c’est quand même un peu l’usine. Que ce soit en tant que musicien ou en tant que spectateur, c’est rare d’apprécier le son dans des grosses salles.” 

Toujours est-il que les Trans Musicales ne seraient pas ce qu’elles sont si on avait respecté le programme qu’on s’était fixé, si personne n’avait chanté du Amine dans la navette, si quelqu’un avait eu de l’eau et un sac plastique pour la demoiselle qui a vomi dans le bus du retour, et si, malgré un début d’hémorroïde en fin de week-end, on n'avait pas envie d’en être quand même l’année prochaine.