Photo en Une : © European Lab Winter Forum, édition 2015

Cette fois-ci, il ne sera pas question de musiques électroniques. "Peut-on penser un horizon, formuler un désir démocratique ou une nouvelle aventure collective, au-delà de la crise multiforme qui secoue notre époque et notre monde ?" Voilà, selon Vincent Carry, directeur d’Arty Farty, la problématique de l’European Lab Winter Forum 2017. On y parlera d’Europe, mais pas de celle des offices bruxellois, dont les jeunes générations "natives de la crise et du digital" se sont distancées.

Une cinquantaine d’écrivains, intellectuels, journalistes et philosophes échangeront autour de la thématique "Des subcultures à l’engagement citoyen : alternatives et résistances". "Les subcultures, c’est avant tout l’émergence balbutiante, peu identifiée et peu ou pas communiquée par les mass medias – quelle qu’elle soit : artistique, culturelle ou politique. L’initiative de gens issus de la société civile, d’artistes, qui cherchent, innovent, cassent les codes, s’opposent, proposent d’autres visions, d’autres approches. Loin des sentiers du mainstream, du visible, de ce que l’on appelle la culture de masse", explique Meryl Laurent, programmatrice d’European Lab.

Le constat d’une défiance envers les institutions, de l’essor des national-populismes, du complotisme comme de toutes les couleurs du radicalisme servira de socle aux débats qui se dérouleront de 18h30 à 3h du matin dans les trois espaces de la Machine du Moulin rouge (le Central, le bar à bulles et la Chaufferie). Le choix d’un lieu de clubbing et de concert n’est pas anodin : "Cela peut contribuer à décloisonner les formats du débat d’idées, à en faire un événement démocratique, fédérateur et participatif, qui colle aux cultures émergentes et indépendantes que l’on défend […] On a travaillé une proposition qui met l’expérience au cœur du projet, évolutive dans la soirée, avec des pauses, des soupapes, des temps forts de débat, des moments d’inspiration, des pauses artistiques."


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Gratuit sur inscription, l’European Lab Winter Forum se tient dans le cadre de la Nuit des idées, une série de conférences et de lectures dont la première édition organisée au Quai d’Orsay l’année dernière avait rassemblé 4 000 personnes (plus 7 000 internautes qui suivaient la retransmission en ligne). Le sociologue Bruno Latour, le plasticien Huang Yong-Ping ou le journaliste Emmanuel Laurentin (animateur de La Fabrique de l’histoire sur France Culture) figuraient parmi l’assemblée hétéroclite d’intervenants. 

Au programme : philosophes croates et écrivains de science-fiction

Entre la conférence d’ouverture animée par le chercheur en sciences politiques Béligh Nabli et le philosophe Srećko Horvat, et le concert de clôture, vous pourrez assister au Central à l’enregistrement de RADIO LIVE, une série documentaire réalisée par Aurélie Charon et Caroline Gillet, journalistes chez France Culture et France Inter. Un poète gazaoui, un maire de 23 ans, une auteure qui a démarré sur Facebook en racontant la vie en banlieue : voici quelques invités, les visages d’une nouvelle génération volontaire et entreprenante, qui seront croqués en direct de cette "émission de radio en trois dimensions" par l'illustratrice Amélie Bonnin.

Au programme également, la projection de deux documentaires : Utopie russe et Waynak, portraits de la jeunesse russe sous Poutine et des engagements concrets en faveur des réfugiés dans plusieurs pays d’Europe. Les films seront suivis de débats : "cette jeunesse qui y croit encore" et "crise des réfugiés ou crise du traitement médiatique de l’information ?".

Au Bar à bulles, c’est le collectif MakeSense qui animera cette seconde discussion qui suit la projection de Waynak ainsi qu’un débat de deux heures sur la remise en question des institutions, tandis qu’à la Chaufferie, vous pourrez assister à l’enregistrement de l’émission de radio expérimentale Radio Lab, présentée par la journaliste Valérie Paillé (Tracks, Vice, France Culture) et l’auteur de science-fiction Alain Damasio (dont vous avez déjà entendu la voix dans Bora vocal de Rone). Pas de programmation définitive, mais une cartographie thématique (ci-dessous) et une liste d’intervenants, au nombre desquels les écrivains Chloé Delaume et Gaël Faye, la journaliste spécialisée en Gender Studies Alice Pfeiffer (The Guardian, i-D, Dazed & Confused) et Geoffrey Dorne, designer et auteur de Hacker Citizen. "Ce sera le laboratoire d’idées de la nuit, on y souhaite que les gens participent, s’interpellent, amènent leurs envies et leurs idées." ajoute Meryl Laurent.

european lab winter forum 2017

Rone - Bora vocal

Pourquoi Trax vous parle-t-il de cette soirée ? Parce que les enjeux du milieu de la musique électronique sont – comme pour de nombreux domaines de la culture – subsidiaires de problématiques sociales plus larges. Qu’il s’agisse des innombrables collectifs souvent précaires mais essentiels à la vitalité des soirées, des teufeurs comme des milieux LGBTQIA qui doivent encore lutter pour bâtir un espace où faire la fête librement, ils sont nombreux à appartenir à ces générations que Vincent Carry désigne comme s'étant "construites dans l’indépendance et la solitude des subcultures : en marge des systèmes institutionnels, souvent avec beaucoup d’engagement et très peu de moyens, au plus près des terrains les plus rugueux". En amont de la soirée et en attendant l'annonce d'une nouvelle vague d'intervenants le 21 décembre, vous pouvez faire préchauffer vos neurones en réécoutant les conférences de l'édition 2015. Celles de l'édition à venir seront, elles aussi, enregistrées et retransmises en direct tout au long de la soirée.

european lab winter forum 2017