On croirait le début d’un pitch pour une comédie musicale cyberpunk : "Dans une ville où il faut payer pour danser…". Genre Les Misérables avec les Spiral Tribe. La réalité est moins divertissante : à Bruxelles, le responsable du bar musical Bonnefooi, Nicolas Boochie, s’est vu réclamer la semaine dernière 2 000 € au titre d’une taxe sur les "parties de danse".

"Au début, je pensais que c’était une blague, mais c’est apparemment vrai", témoigne-t-il au site flamand Bruzz, repris en français par France 3 et Le Soir. Une taxe de 40 cents par personne participant à une "partie de danse" a en effet été mise en place par la ville de Bruxelles en décembre 2014 via un arrêté entré en vigueur le 1er janvier 2015.

Selon cet arrêté, les personnes qui dansent "génèrent des dépenses supplémentaires pour la Ville, notamment en matière de sécurité, de tranquillité publique et d’ordre public", ce qui justifie de prélever une taxe auprès des établissements concernés. Ceux-ci sont censés tenir un registre comptabilisant le nombre de danseurs présents à chaque événement. En cas d’absence de déclaration, les établissements sont imposés d’office d’après les éléments dont dispose l’administration ; c’est qui se serait produit pour le Bonnefooi, "La ville est venue plusieurs fois incognito pour compter le nombre de danseurs. […] Personnellement, je préférerais donner cet argent aux artistes qui viennent jouer chez nous.", commente le bar, qui organise des concerts et des DJ sets chaque semaine.

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Les propriétaires ont depuis accroché avec humour une affiche "danse interdite" sur la devanture du bar. À la mairie PS de Bruxelles, on assume de "faire respecter son règlement", a déclaré le maire adjoint Philippe Close au Soir. Dans la ville wallonne de Mouscron, une situation similaire s’était déjà produite en janvier dernier, lorsque le bar Velvet avait reçu une demande de déclaration pour une taxe forfaitaire sur les parties de danse.

Au registre des décrets saugrenus, les belges se souviennent de la « taxe panini » qui réclamait aux vendeurs de plats chauds comme les sandwicheries un montant annuel de 800 €. En place depuis longtemps (comme la taxe sur les parties de danse, existant sous différentes formes depuis 1993), sa tentative d'application en 2014 avait provoqué un tel tollé que l’administration y avait renoncé, sans toutefois retirer le texte.

On espère qu’il en sera de même pour la taxe sur les parties de danse, d’autant plus absurde que l’on peine à imaginer les critères selon lesquels on déterminera si une personne est en train de danser. Bon courage pour taxer le technophile qui peut passer une soirée entière à hocher la tête.

Omar S - Income Tax Refund Dance