Le 3 novembre, c’est dans un Rex Club vidé de ses danseurs que nous assistions au tirage au sort du Comité des Noctambules. Devant un DJ booth vide, le dépouillement se déroule sur fond de jazz, sous la supervision solennelle de Maître Adam, huissier, qui décadenasse deux urnes estampillées Ville de Paris, dans lesquelles se trouvent les noms des 246 candidat(e)s volontaires pour intégrer le Comité.

"Si l’on se respecte les uns les autres, la nuit peut être partagée"

L’objectif de cette nouvelle initiative est de permettre aux "usagers de la nuit" franciliens de participer aux discussions portant sur les problématiques de la vie nocturne. Ceux qui fréquentent "les bars, les boîtes et les musées, autant que ceux qui vont courir aux Buttes Chaumont", explicite Frédéric Hocquard, conseiller à la Mairie de Paris et délégué de la Nuit, lorsqu’il prend la parole à l’issue de dépouillement. Résultat : 30 personnes (15 hommes et 15 femmes, pour respecter la parité) sont nommées au Comité pour une durée de deux ans, et participeront sur cette période aux assemblées du Conseil de la Nuit ainsi qu’à différents groupes de travail thématiques.

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Derrière son nom de loge maçonnique, le Conseil de la Nuit rassemble, depuis 2014, 500 acteurs de la vie nocturne – associations de riverains, pouvoirs publics, professionnels, spécialistes – dans un but de concertation et d’élaboration d’une politique commune. "Se rassembler, c’est bien, mais il faut aussi faire le point sur les avancées concrètes", rappelle cependant Frédéric Hocquard. En 2015, le Conseil publiait ainsi un compte-rendu listant 11 mesures à mettre en place, au nombre desquelles une campagnes de prévention contre l’alcoolisation massive, des subventions destinées au Kiosque Infos Sida Toxicomanie pour lutter contre le harcèlement de rue et les agressions sexuelles, la mise en place d’instances locales de concertation pour faciliter la résolution de problèmes de nuisances sonores, et bien entendu "l’élection d’usagers d’activités nocturnes" pour créer le Comité des Noctambules.

En France, la nuit intégrée aux politiques publiques

Suivant l’élection en 2014 du premier maire de la nuit, Mirik Milan, à Amsterdam, d’autres grandes villes européennes ont mis en place des instances en charge de la vie nocturne. Nomination d’ambassadeurs – comme à Londres, où Amy Lamé a été nommée "tsarine de la nuit" par le maire Sadiq Khan en novembre dernier – désignation de conseils composés de professionnels ou mixtes : chaque pays (et chaque ville) adopte un modèle qui lui est propre, correspondant à sa vision de la nuit.

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"En France, la question de la nuit a été intégrée dans les politiques publiques : c’est le seul pays où nous avons des élus en charge de la nuit. Ils ont un poste d’adjoint au niveau de l’exécutif, et ils travaillent autant sur la question des transports que sur l’ouverture des parcs la nuit ; ce n’est absolument pas limité aux boîtes de nuit et aux bars, c’est une problématique transversale, nous explique Frédéric Hocquard au téléphone. À Paris par exemple, nous avons des collectifs qui organisent des événements dans le jardin de Vincennes, des bateaux mouches qui naviguent toute la nuit, des piscines ouvertes, la Nuit Blanche… Notre force c’est la diversité et la variété, nous ne voulons pas qu’il y ait des quartiers festifs et d’autres où l’on dort. Si l’on se respecte les uns les autres, la nuit peut être partagée."

C’est dans cette optique qu’ont déjà été mises en place, dans certains arrondissements, des instances de concertation. Depuis 2014, chaque arrondissement possède aussi un maire adjoint en charge de la nuit, afin d'établir un dialogue entre les riverains et les établissements. "Dans la plupart des cas la cohabitation se passe bien, les riverains ne téléphonent plus pour se plaindre des nuisances car ils reconnaissent que les bars font des efforts, la police ne passe plus… Bien sûr il y a des quartiers où c’est compliqué, mais on constate que le nombre d’établissements qui ferment pour tapage nocturne est en baisse depuis deux ans."

Les noctambules pour faire passer le métro de nuit

L’implication des usagers dans le processus pourrait aussi permettre d’avancer concrètement sur certains dossiers essentiels, notamment les transports de nuit.

"Le fait que le service des trains qui vont en banlieue s’arrête avant la fermeture des bars est aberrant" – Camille Fritsch, Comité des Noctambules

Une priorité pour Camille Fritsch, l’une des trente personnes tirées au sort pour faire partie du Comité des Noctambules : "Le fait que le service des trains qui vont en banlieue s’arrête avant la fermeture des bars est aberrant". Ayant habité à Londres, elle confirme un décalage flagrant au niveau des transports : "Qu’il soit 3h ou 6h du matin, on peut y prendre les mêmes bus que la journée, le réseau est bien plus performant et il y a une facilité de déplacement, malgré la taille de la ville."

Aux prises avec une région peu conciliante et un rapport opposé à l’élargissement des horaires du service de métro du syndicat des transports d’île de France (STIF), Frédéric Hocquard confirme : "Il faut des transports en commun la nuit, c’est un besoin social. Le Noctilien est complètement surchargé et ses trajets sont obsolètes au vu des nouveaux lieux qui ont ouvert. Les agents de médiation aussi sont débordés, ils ne peuvent pas être présents à bord des bus, ce qui laisse le chauffeur seul avec une caméra de surveillance : résultat des courses, le Noctilien est très peu utilisé par les femmes car il y a un sentiment d’insécurité". Camille Fritsch, pour sa part, préfère aujourd’hui recourir à des services de transport comme Uber.

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"C’est pour cela qu’il faut mobiliser les usagers autour des grandes questions qui les concernent ; sans eux, la ville n’y arrivera pas", conclut-il. Le Conseil réfléchit ainsi à une manière de permettre aux personnes qui n’ont pas été sélectionnées pour participer au Comité des Noctambules de s'investir : peut-être pourront-ils tout de même participer aux groupes de travail. En attendant, nous incitons nos lecteurs à visiter le site du Conseil de la Nuit, à s’engager auprès d’associations, de collectifs, et avant tout à continuer de faire la fête.

Mézigue - ZZ Paname