Photo en Une : © Pierre Lapin

La version parisienne de la 29e édition du festival des Inrocks se déroulait du 18 au 21 novembre, dans différents spots de la capitale. Concerts et soirées étaient répartis entre La Cigale, La Boule Noire, Nuits Fauves et même le Bataclan pour la soirée de clôture. Toujours animée par le même désir de faire la part belle aux jeunes espoirs de la musique, l'équipe du festival avait programmé une sélection éclectique et pointue, entre Paradis, Darius, Jagwar Ma, Cassius, ou encore Tinariwen

Première journée 

Vendredi 18 novembre, il est 19h30 quand nous arrivons à La Cigale. La petite fosse de la salle de concert est bondée pour l'ouverture des festivités par Juliette Armanet. Le public parisien applaudit poliment sa prestation, sans pour autant s'être laissé transporter par ses chansons. Qu'on ne s'y laisse pas prendre pour autant : s'il ne danse pas, il apprécie malgré tout le spectacle.

Juliette Armanet © Pierre Lapin

Tous les âges se confondent ce soir, du groupe de lycéens dans la fosse aux couples de quadras accoudés à l'estrade. Des étudiants, bière à la main, font les difficiles pour finalement lâcher "c'est chanmé". Et se laisser porter par la musique.

Surprises de la soirée

Le coup de coeur de la Cigale ce soir, c'est clairement Lescop, le chanteur de pop français. Il a l'emphase de l'artiste dérangé, hypnotise la foule, chaman d'un soir. La chanson “Echo” vibre entre les murs, prenant de court les petites moqueries sur le regard fantomatique de l'artiste. La voix sensuelle, presque blasée, du chanteur semble se raviver lorsqu'il s'adresse à la foule, heureux de revenir jouer à Paris.

Les airs éthérés de la musique de Lescop ont conquis le public parisien. Une petite brune confie à son amie: "Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, il semble un peu fou au premier abord ! Mais c'était vraiment une révélation pour moi ce soir."

Lescop - Echo


Derrière, on retrouve le groupe Paradis : beaucoup étaient venu pour eux dans une salle de 1 000 personnes comblée jusqu'aux estrades.

Ils brisent rapidement la glace et font danser les Parisiens qui adhèrent à l'insouciance de leurs paroles, visiblement ravis de ces airs poétiques. "Une frappe", résume un grand mec blond, le regard un peu absent. 

Paradis - Garde le pour toi 


Le duo français Her cadre parfaitement avec cette pop légère, parlant d'amours, d'oublis et de femmes. Ils offrent une musique mystérieuse, électrisant la salle. Les personnes déambulant de la Boule Noire à la Cigale s'arrêtent devant leur show, intriguées par la musique. "Ah oui, c'est Five Minutes, c'est la pub d'Apple, je crois!", lance une voix masculine. 

Her - Five Minutes

Programmation plus sombre pour la Boule Noire


Du côté de la Boule Noire, c'est le groupe A Giant Dog qui a marqué les esprits. Le public se prend partiellement au jeu de leur rock aux accents garage. Certains semblent ravis de cette énergie plus crue, d'autres jugent le groupe excessif. Goat Girl avait pourtant préparé les spectateurs à un style plus agressif que l'univers rose bonbon qui s'était installé à la Cigale. Parmi les hérétiques qui ont tenu à rester coûte que coûte à la Boule Noire, Vincent souhaitait avant tout se débarrasser de ces airs "pas assez dansants", "trop mélancoliques". Palace a proposé un final à mi-chemin entre les deux genres, télescopant le côté obscur de la force et les saveurs languissantes de la pop. "God save the Queen", les Anglais sont de retour.

Palace - Holy Smoke

Direction Nuit Fauves à présent, pour la Carte Blanche à Roche Musique. Au programme, quelques-uns des meilleurs représentants du label house français, Darius, Kartell, Zimmer, Cézaire ou encore Plage 84. Les mix résonnent dans la nuit parisienne jusqu'au petit matin devant une foule peut-être moins compacte qu'attendue.

Deuxième journée 

Le samedi 19 novembre, La Cigale accueillait le groupe australien Jagwar Ma. Les trois membres ont réjoui un public convaincu d'avance par leur musique électro-psychélique. La programmation était aussi composée de Lost Under Heaven, Rat Boy ou Clara Luciani. L'énergie positive est de rigueur, on ressort de la salle avec un sourire resplendissant sur les lèvres. 

Jagwar Ma - The Throw

Nous poursuivons notre quête à Nuits Fauves, où Les Inrocks Festival a donné une Carte Blanche au label londonien Erased Tapes. Nous arrivons sur place sur les coups d'une heure du matin, juste à temps pour apprécier le début du live de Rival Consoles. Certains ne semblent pas apprécier les synthés atmosphériques de l'Anglais à leur juste valeur. Posé au milieu de la foule, un jeune homme garde les yeux rivés sur son iPhone, histoire de ne rien rater de la rediffusion du match PSG - Nantes. Chacun ses priorités. Heureusement, on peut compter sur Kiasmos pour le sortir de sa fièvre footballistique. À partir de 2h30 et pendant deux heures, les deux Islandais distillent un set enivrant et classe, devant une foule réceptive. Vient ensuite le tour de Luke Abbott. Le Britannique a conclu la soirée dans un registre très planant et léger.

Kiasmos - Burnt

Troisième journée 

Rendez-vous cette fois à la Cigale pour voir les pionniers de la French Touch, Cassius. Les deux papas de l'électronique français font naturellement salle comble. L'ambiance est survoltée dès leur entrée sur scène et ne redescendra pas pendant toute la durée de leur prestation.

© Pierre Lapin

Pour l'occasion, les DJ's ont surélevé le DJ booth, créant une enclave autour d'eux. Leur installation évoque un volcan en fusion, entouré d'une île tropicale peuplée de palmiers. Scène surréaliste, des gorilles dorés entament une battle de danse devant un public qui n'en demandait pas tant. Belle manière de conclure la semaine. 

Une vidéo publiée par lealöwe (@leatoesca) le 20 Nov. 2016 à 14h15 PST

Et pour finir...

En clôture du festival, Tinariwen se produisait au Bataclan, qui résonnait des sons chauds et orientaux du groupe de bluesmen touaregs, offrant au public un instant d'évasion.

Live au Bataclan-Tinariwen

Quand à The Lemon Twigs, ils semblent utiliser leurs instruments avec parcimonie, donnant aux silences une importance capitale et créant ainsi un clair-obscur auditif. Les New-Yorkais ne se prennent pas trop au sérieux bafouant les codes en insufflant une touche arty, tout en justesse, d'une façon aussi décalée que leur musique, pour finalement passer le flambeau à Seratone. Le rock résonne et dans des mouvements saccadés, la chanteuse partage ce moment avec un public qui, durant ces quatre jours, aura partagé ce mélange de musiques électroniques, rock et alternatives – mais toujours pointues – sans faute de goût. 

Seratones au Bataclan