On a tous nos petits plaisirs, mais tous ne peuvent pas forcément les assouvir. Au Venezuela, lorsque Nicolas Maduro n'est pas président, il est DJ. Le chef d'état controversé, ancien proche et successeur d'Hugo Chavez, anime chaque semaine, le mardi et vendredi pendant quatre heures, une émission de radio intitulée La Hora de la Salsa ("L'heure de la salsa"). Passionné de cette musique et de sa danse, il y mixe des tracks issus de l'époque la plus prolifique de la musique latine : les 70's. "C'est le moment d'écouter de la salsaaaa..."

Entre un morceau de Ray Barreto et d'Eddie Santiago, le président vénézuélien n'oublie pas de s'autoriser quelques commentaires politiques, appelle d'autres dirigeants et tourne en dérision les critiques dont il fait l'objet. Par ailleurs il développe, au travers de son émission, un moyen original (ou ridicule) de régler ses comptes avec ses détracteurs. Il leur dédicace régulièrement quelques morceaux comme "La Eliminacion De Las Feos" (L'élimination des affreux") d'El Gran Combo à Ramos Allup, chef de l'Assemblée Nationale.

Si cela peut en faire sourire certains, au Venezuela, on bouillonne. En effet, le pays connaît depuis la mort d'Hugo Chavez une véritable crise politique, économique et sociale. Nous sommes dans un pays où le kilo de pommes de terre est équivalent à un dixième du salaire minimum, et où le gouvernement ne cesse d'empêcher les entreprises de se développer. Si le peuple voyait en Nicolas Maduro "le fils de Chavez", trois ans plus tard, la déception est grande. Alors que les citoyens sortent par milliers pour dénoncer l'inaction et les méthodes dictatoriales de son gouvernement, il est certain que le président vénézuélien est attendu sur d'autres sujets que la salsa.

The Guardian souligne que cette mise en avant médiatique n'est pas une première au Venezuela puisque Hugo Chavez animait également une émission, à la télévision cette fois. Mais aujourd'hui, Nicolas Maduro n'a pas le peuple de son côté. Pour le leader de l'opposition, Henrique Capriles, "c'est une blague. Il devrait montrer davantage de respect envers le peuple vénézuélien"Ce à quoi le président répond : "Le peuple a bien le droit de s'amuser".

Les prochaines élections présidentielles auront lieu en 2018 au Venezuela, et le Guardian rapporte que "la plupart des citoyens voteraient en faveur de sa démission s'ils le pouvaient aujourd'hui".