“Tous ceux qui ont dansé ou enfilé un casque doivent quelque chose à David Mancuso.”
Bill Brewster, l’auteur du livre essentiel Last Night A DJ Saved my Life, a parfaitement résumé dans son post Facebook l’apport du créateur du Loft à la dance music. Véritable parrain de la dance music, David Mancuso avait contourné une législation qu’il trouvait trop contraignante pour créer avec le Loft une sorte de zone de non-droit, dans laquelle l’underground new-yorkais et les minorités pouvaient se retrouver, développant la culture club telle qu’on la connaît aujourd’hui.

C’est le 14 février 1970 que David Mancuso lance la première fête au Loft, Love Saves the Day, une soirée privée accessible par cooptation vite devenue hebdomadaire. Pour contourner les lois sur l’alcool de l’Etat, le lieu (en fait la maison de Mancuso au 647 Broadway, à Chelsea), ne vend donc pas d’alcool : tout le monde ramenait sa bouteille. David Mancuso expliquait le concept dans une interview publiée sur Daily Red Bull“L’idée centrale du Loft, c’est le progrès social. Et ce n’est pas le genre de choses qu’on trouve dans un night-club standard. Par exemple, les New-Yorkais ne peuvent pas entrer dans un club en dessous de 21 ans. Où ce groupe d’âge pouvait-il danser ? Je voulais aussi éviter la violence économique. Dans les 3 000 dernières années, la race humaine a fait très peu de progrès, alors s’il peut y en avoir un peu quelque part, c’est très important. Pour moi, ces soirées sont une façon de progresser socialement, parce que je ne suis pas limité par les lois. Payer 5 dollars ou 10 dollars pour une boisson est parfois difficile. Au Loft, il y a à manger, tu amènes ta propre bouteille, tu n’as pas à payer pour poser ton manteau. C’est une communauté d’entraide en quelque sorte. Ici, tant que tu agis comme un être humain, tu peux faire ce que tu veux. C’est ça le deal. Nous n’avons pas de baston, ni aucun problème de ce genre. Voir qu’on peut boire de l’alcool sans problème est un progrès social.”

David Mancuso presents The Loft, la compilation des meilleurs morceaux joués au Loft

David Mancuso lance ainsi le prototype du club tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec un sound-system de qualité et surtout en mettant l’accent sur les danseurs : “Ce qui s’est passé au Loft, c’est qu’on permettait aux danseurs de faire partie de la performance. Pour moi, un club ce n’est pas un business. Le but c’est de partager un bon moment avec des amis”, poursuit-il.

L’autre particularité du Loft, c’est qu’il n’y avait pas de table de mixage. David Mancuso ne mélangeait pas les disques. On se souvient de sa dernière performance à Paris, sur la péniche Concorde Atlantique en 2008, pour la soirée Eté d’amour, lors de laquelle il jouait chaque morceau du début à la fin : “Je peux comprendre qu’on veuille mixer deux chansons, mais pour moi, rien que toucher au pitch change l’intention de l’artiste. Il faut laisser les choses se dérouler de la façon dont l’artiste l’envisageait. Sur le long terme, c’est plus musical. Peut-être que je suis trop puriste, mais dès que tu commences à ajouter des choses à la musique, ça dérape.”