Sur le port de La Rochelle, au milieu la friche du Gabut, bardée de 40 ans de street art, le Roscella Bay a posé ses deux scènes au pied de la tour Saint-Nicolas, sur laquelle le logo du festival prend place à la tombée de la nuit. Une enclave de musique et de paix dans un quartier hyper urbain. “Le festival était super peace, confirme Paul Bonabesse, de l’équipe de production. On a fait 6 000 entrées sur le week-end et pas une seule merde. Pas une seule embrouille, pas de débordements, pas un mec mal à cause de la drogue ou l’alcool. C’est limite un peu bizarre.”

Le vendredi, en arrivant sur le site, l’air iodé est doux comme la musique jouée par le Roscella Soundsystem, qui ouvre les festivités, suivi de Dampa, un groupe de trip-hop électronique de la ville, qui s’est formé pour la première édition du festival l’an passé et continue depuis. Devant un parterre constitué pour partie de familles et des gens de la mairie, le duo en pleine hype Agar Agar monte sur scène pour un live impeccable autour de leurs compositions synth-pop.

Agar Agar - Prettiest Virgin

En clôture de la journée, c’est le grand maître de la house Daniel Wang qui passe derrière les platines, pour une conférence plus qu’un mix. Toujours aussi passionné et passionnant, le DJ se mue en MC et prend le micro pour raconter (en français) où il trouvait ses vinyles, des histoires sur la dance music ou encore une histoire sur la chanteuse d’un track disco qu’il était en train de jouer ! Devant lui, le public ne sait plus s’il doit danser ou écouter. Les plus âgés apprécient en tout cas le concept et les histoires de Daniel Wang.

Le samedi, on reprend sur deux heures de disco avec le crew Disco Matin, un réveil vitaminé. Puis, à l’heure du goûter, c’est au tour de Jacques d’occuper le petit dôme en bois, une scène qui permet au public d’entourer complètement l’artiste. Sauf que Jacques a bien failli ne jamais jouer : ses machines étaient bloquées en Chine. “Tout le monde s’est mobilisé pour lui en trouver, raconte Paul Bocabesse. Il en a acheté quelques-unes sur La Rochelle, des mecs sont venus lui apporter des claviers, et ça a donné un live bien fou, sous le petit chapiteau, assis sur un pouf marocain. Il a vraiment transcendé l’après-midi.”

Et pourtant, la plus grosse claque est intervenue un peu plus tard, quand le Yussef Kamaal Trio est monté sur la grande scène. Clairement un des live les plus dingues du festival, avec la rapidité hallucinante du batteur Yussef Dayes. Le concert des Pilotwings (album du mois pour Les Portes du Brionnais dans le Trax #196) n’était pas mal non plus. “On avait un peu peur mais ils ont vraiment fait planer tout le monde. Ils méritent bien leur statut d’avant-gardistes de la scène lyonnaise, ils ont une touche spéciale.”


The Yussef Kamaal Trio


Passée minuit, on se lance alors dans la partie off de la programmation, dans les clubs de la ville. C'est vers le Set que nous nous tournons. Deux salles, deux ambiances, des murs blancs et du flashy là où il faut : dès l'entrée, tout laisse penser que le club est en partenariat avec l'antenne locale de NRJ. Mais c’est parfois dans les lieux les plus improbables qu’on s’amuse le plus. En haut, dans une sorte d’immense salon haut de plafond, nous découvrons le très talentueux Moody With Us Crew. On descend, et on entend Marcel Vogel & Mr Mendel en back to back, dans une obscurité humide. Et là, on se retrouve dans un bon vieux club comme on les aime. En quittant les lieux au petit matin, on se dit que si le Roscella Bay arrive à chambouler le Set, c'est qu'ils tiennent quelque chose.

Dimanche, dernier jour, c’est la course aux huîtres, riches en zinc, un remède anti-gueule de bois qui a fait ses preuves. Sauf que le stand était en rupture de stock à 16 heures. C’est un peu la panique, les serveurs répondent des regards désolés aux festivaliers qui les fixent de leurs yeux suppliants.

Heureusement, aux platines, les deux diggers émérites que sont Hugo Mendez (Sofrito) et Victor Kiswell, viennent consoler les déçus en les emmenant doucement sur le dancefloor oublier leurs problèmes. Nul doute que l’an prochain, le Roscella Bay (qui vient d’annoncer la réservation du Babut) fera en sorte qu’il y ait des huîtres pour tous.