Photo en Une : Capture d'écran Le Télégramme / DR

Dimanche 30 octobre, 16h30, au lieu-dit de Kerestan. Le son de la free-party d'Halloween Los Muertos est coupé depuis une heure lorsque les gendarmes font irruption sur le site, derrière les enceintes. L'objectif des forces de l'ordre est clair, confisquer le système-son des collectifs organisateurs et faire évacuer les lieux. "On a été chargés sans sommation, à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. On ne comprend pas", raconte l'un des organisateurs dans le Télégramme (lien payant). "Ils étaient 25 ou 30 venus faire main basse sur notre matériel. On s’est défendu et c’est parti au clash. Ça s’est fini en pugilat." En réalité, l'opération a nécessité l'intervention de plus de 70 gendarmes ainsi que d'un hélicoptère pour identifier les organisateurs, certaines immatriculations et lancer éventuellement des poursuites judiciaires. Des moyens considérables qui laissent les organisateurs pantois : malgré l'absence d'autorisation, ces derniers ont toujours été habitués à une certaine bienveillance des autorités. 

Dans le collimateur 

"C’était une rave non déclarée et non autorisée. J’ai donc demandé, en lien avec le procureur de la République de Brest, qu’il y ait une saisie de sons", confirme Jean-Daniel Montet-Jourdran, chef de cabinet du préfet du Finistère, au Télégramme. "L’intervention a duré cinq à dix minutes. Face à la rébellion de certains teufeurs très virulents, les gendarmes ont fait usage de lacrymogènes", confirme le fonctionnaire, précisant par la même occasion que du matériel a été saisi (amplis, bacs de vinyles, consoles…). "Ils sont dans le collimateur. C’est un message assez clair qu’on leur envoie. Il pourrait y avoir des suites judiciaires, y compris à l’encontre de l’agriculteur qui a prêté son champ", prévient Jean-Daniel Montet-Jourdran, toujours dans le quotidien breton.

Affiche sur le Facebook de Freeform

Incompréhension 

"Plus de 1 000 véhicules ont été comptabilisés. Soit environ 4 000 personnes sur le site. Ils s’étaient organisés via les réseaux sociaux pour qu’il y ait du monde afin de rentabiliser l’événement", affirme au Télégramme le chef de cabinet du préfet. "Il y avait plus de monde que l’on avait imaginé ", reconnaissent les organisateurs, joints par Trax. "On assume totalement le fait qu'on ait dépassé le nombre de personnes, et s'il y a des poursuites, on assume les conséquences." Ils s'interrogent néanmoins sur un tel déchaînement de violence : "OK, on était hors la loi. Mais quand même, on n’est pas des criminels. On a été traités comme des terroristes alors qu’on est un milieu très pacifique. On s’est fait rentrer dedans pour rien." Mathieu, du collectif T.Lesco.P, confirme pour Trax : "Les gendarmes ont débarqué sans sommation, ils ont projeté des gens contre les poids-lourds, c'était choquant. Ils ont pris le matériel et sont partis en courant. […] C'est une action qui a été faite en dehors de tout cadre légale. Normalement la confiscation est régulée juridiquement, il y a un pointage du matériel etc..." Pour lui, ce type d'intervention est clairement inacceptable : "On se demande si le nouveau préfet ne confond pas Grand-Ouest et Far West..."

Freeform

Pour l'un des promoteurs, qui organise des free parties dans le Finistère depuis des années, la réaction est disproportionnée : "On s'est fait gazer, on s'est fait foncer dedans, on s'est fait matraquer, et ça, on ne le comprend pas. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des gens du coin." Il ajoute : "D'habitude, ça se passe très bien dans notre département. On est même réputés en France pour ça", rappelant la concertation avec l'ancien préfet du Finistère, Jean-Luc Videlaine qui, selon lui, "voyait vraiment la techno comme une culture de la jeunesse". Un nouveau préfet vient en effet d'être nommé, Pascal Lelarge a pris ses fonctions il y a deux mois.

Un avenir incertain 

La saisie du matériel passe mal du côté des teufeurs. "Se faire saisir notre matériel comme ça, ça fait mal au cœur. Ça fait plusieurs années qu’on se bat pour légitimer notre mouvement. Ce matériel saisi, c’est l’investissement d’une vie", déplorent-ils, en assurant qu'il n'y a jamais eu aucun problème depuis les débuts du mouvement. "De leur point de vue, ça se passe toujours bien", temporise Jean-Daniel Montet-Jourdran dans Le Télégramme. "Mais sur ce genre de soirée, on est systématiquement en présence d’un ramassis d’alcooliques et d’individus sous l’emprise de stupéfiants". Une opinion tranchée et pour le moins réductrice, qui risque de ne pas améliorer les relations entre les collectifs et les autorités. 

Ouverture du dialogue

Après la déferlante de dimanche, ce lundi matin, l'heure était à l'apaisement du côté des pouvoirs publics. Jean-Daniel Montet-Jourdran indiquait ainsi dans les colonnes de Ouest France"Le préfet est tout à fait prêt à recevoir les teufeurs pour établir une concertation. Jusqu'à présent, sur des événements importants, il y avait toujours des discussions, notamment pour rechercher un terrain et pour s'assurer qu'il y ait un dispositif de sécurité suffisant." Le fonctionnaire, semble désireux de poursuivre le dialogue dans cette voie : "On ne veut pas dénaturer le mouvement, mais il y a des limites, notamment en matière de nuisances sonores". Cependant, "si les teufeurs veulent poursuivre leurs organisations sauvages, on continuera à être dans la répression", assure-t-il. En parallèle, la préfecture propose une concertation, qui devrait avoir lieu dans les jours prochains.

De son côté, Mathieu, joint par Trax, ainsi que Freeform, assurent être en contact du ministère de Culture et les plus hautes institutions. "Ce qui c'est passé dimanche est en total contradiction avec les dialogues que nous avons engagés avec Freeform depuis quelques mois, au niveau national. En juin dernier on avait organisé une rave party en accord avec les autorités municipales. On trouve dommage que l'arrivée d'un nouveau préfet remette en cause tout l'investissement mis en place depuis longtemps."

Précisons que selon les organisateurs, le maire n'a jamais été opposé au rassemblement de dimanche. Selon Mathieu, le parquet a décidé de poursuivre le propriétaire du champ, qui l'avait prêté pour la fête.