Avec une programmation moins mainstream que son voisin nantais Scopitone, qui s’est tenu fin septembre, le festival rennais Maintenant offre lui aussi, et ce depuis une quinzaine d’années, la possibilité au public de plonger dans les eaux transversales où se croisent cultures numériques, musiques électroniques, nouvelles technologies et grosse techno qui tabasse. Pour cette édition 2016, qui s’est déroulée du 7 au 16 octobre et qui a rassemblée quelque 30 000 spectateurs sur plus de 25 sites, l’association Electroni(k) a encore bien bossé : des Ambiances et des Nuits Électroniques (André Bratten, Ben UFO, Lokier…), des conférences, des workshops, des performances… avec toujours cette volonté de satisfaire les plus calmes comme les plus énervés. On a pas pu faire les 10 jours, on reste des humains avant tout, mais voici ce qu’on a pu y voir lors de notre passage le samedi 15 octobre, veille de clôture.

maintenant festival 2016

Interaction avec des jerricans et cocon rocheux

Le Cadran, la maison de quartier de Beauregard, a accueilli pour les deux derniers jours de festivités une petite dizaine d’artistes avides de bricole et d’électronique. Pendant quelques heures, le public était invité à venir tester, écouter, interagir et créer des sons à l’aide de machines et d’objets sur lesquels on aurait pas parié un kopeck quant au potentiel musical.

La visite commence par un crochet à l’atelier du Collectif Deuxcentdix (Rennes/Paris). Réalisée par cinq étudiantes en design graphique et fruit d’une réponse à un appel à projets lancé par Electroni(k), l’expérience Point à Point propose aux visiteurs de dessiner à deux mais sans les mains. Après être rentré dans une salle obscure avec, sur la tête, un casque équipé d’une source lumineuse, l’un des joueurs se laisse guider par la douce voix de son partenaire qui, lui, est à l’extérieur face à un écran et indique les déplacements afin de relier une dizaine de points numérotés. Basé sur la technique du light-painting, le dessin final est censé ressembler à quelque chose. Pas pour nous. Sans doute les conséquences du passage furtif à l’Ubu pour la Nuit électronique 2 la veille au soir.

point à point maintenant festival

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Puis, au détour d’une salle presque trop grande, on rencontre Gaëtan Cieplicki (Nantes), le genre de mec qui fait du son avec trois crottes de nez et une Game Boy. En l’occurence, un vélo d’appartement, un Atari et quelques bécanes. Forcément, ça attise les curiosités. Issu de la scène 8-bits, ce qui explique en partie sa propension à taquiner de l’électronique, il propose une installation de belle facture. Son Manège à rythmes permet de comprendre de manière ludique et interactive les logiques qui entrent en jeu quand on compose des séquences musicales. Basé sur le modèle d’une boîte à rythmes, il y ajoute « une dimension visuelle qui permet d’en comprendre le fonctionnement ». Pour faire simple, en tournant, le manège entraîne des petites baguettes associées à des pads installés sur le guidon du vélo. Il invite donc les gens à se mettre en selle et à pédaler. La vitesse de pédalage détermine la vitesse de rotation du manège et pendant ce temps, Gaëtan Cieplicki cale des boucles synchronisées en MIDI qu’il compose en direct avec Atari, guitare et autres synthétiseurs analogiques. Très simple d’utilisation, ce projet à tout de même demandé un an de boulot avec « de la programmation, du design, de l’électronique, des moteurs, des Arduino… ». 

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Le Manège à rythmes

On est ensuite passer voir Chambry (Rennes), fondateur du label Cindys Tape naviguant entre hip-hop, lo-fi, vaporwave et projets vidéos, qui proposait un concert au casque. Un cinquantaine de personnes étaient invitées à poser leur petit boule par terre ou même à s’allonger pour apprécier un set d’une vingtaine de minutes composé rien qu’avec des gouttes d’eau. Deux jerricans posés sur une table, une bassine équipée d’un hydrophone fait maison sous chaque robinet, un synthétiseur en mode vocodeur, un quatre-pistes cassette comme préampli pro, une SP 404 pour les effets et c’est (enfin) parti. « Ce qui m’intéresse dans ces installations, c’est qu’il y a vraiment un rapport à la performance. Ce n’est pas seulement un concert où l'on écoute du son, il y a quelque chose à voir, il y a une interaction avec les jerricans avec lesquels je gère le flux d’eau. »

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Un étrange H2O vocodé qui se marierait à merveille avec un spectacle de danse contemporaine sur Arte ou une virée nocturne sous ayahuasca en pleine forêt tropicale. Les signaux sonores traçant alors, comme un seul homme, mille et un sentiers à travers des esprits en surrégime. Et c'était plutôt agréable de laisser un cerveau quasi stérilisé par la grisaille automnale accoucher des rêveries les plus abondantes en quelques minutes.

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On continue dans l’imaginaire mais cette fois aux Champs Libres, avec Le Comte (Rennes) dont le premier EP solo, Chaleur et Mouvement est sorti il y a quelques mois. Sauf que là, on est parti pour une heure de synthétiseurs modulaires repimpés à la sauce « vous êtes tous mes disciples ! ». Il faut dire que l’installation Reverse of Volume réalisée par Yasuahi Onishi (Japon) – et sous laquelle le public était invité à s’asseoir – y était pour beaucoup. Cette membrane plastique translucide, retenue au plafond par des coulures de colle noire, donnait avec la lumière du jour l’impression d’être dans un cocon rocheux. C’est donc assis face au public que Le Comte oeuvra à nous emmener vers des sensations oscillant entre l’instant coton postcoïtal et le sentiment de revivre sa propre naissance.

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Chillance au Vieux Saint-Étienne avant la dernière Nuit électronique

Après toute cette jouissance auditive et un chawarma, il était quand même nécessaire d’aller jeter un œil au Vieux Saint-Étienne, cette ancienne chapelle du XIIe siècle reconvertie en théâtre au début des années 90 et épine dorsale du Maintenant. Rien de tel qu’un B2B pour digérer. L’Ambiance électronique 5 offrait une carte blanche à Track/Narre, émission de radio sur Canal B et c’est Gigsta (Rennes), la voix du radio show désormais berlinoise, et Calcuta (Rennes) du label Midi Deux, qui s’y sont collé. Le spot était bien agencé et c’était l’occasion d’admirer Polyphonic Playground du Studio PSK (Angleterre). Cette imposante installation en bois connectée et couverte de capteurs, où chaque objet produit un son, faisait penser de prime abord à un terrain de jeu made in Fistinière (où les objets produisent aussi des sons). Malheureusement fermée à notre arrivée, on aurait bien claqué quelques beats sur le toboggan. Tant pis.

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Une fois n’est pas coutume, on sort quelque peu de la programmation officielle, direction le Bar Expo à République pour écouter jouer Cats Soiled du collectif Chevreuil (Rennes). Petit DJ set à la cool pour LITTLE et Steve ALIBI, qui ont aussi eu leur carte blanche en début de festival au Vieux Saint-Étienne et qui ont souhaité remettre ça en marge du Maintenant. « Mais ce soir, c’est à la cool », précise Tom, un des membres du collectif. On est resté trois pintes, histoire de se refaire une santé avant d’attaquer la dernière ligne droite de cette journée. Mais on aurait pu squatter là-bas encore un moment si les kicks destructeurs de Lena Willikens (Allemagne) et Ben UFO (Angleterre) ne se profilaient pas à l’horizon pour la dernière Nuit électronique.

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Affiliée depuis 2015 au label Cómeme, drivé par Matias Aguayo, la résidente du Salon des Amateurs (Düsseldorf) nous a bien cassé les oreilles. Mais dans le bon sens du terme. Lena Willikens, clope au bec, nous a proposé un set de plus de deux heures bien dirty où les temps morts sont allés se faire foutre. Des sons marchant comme un seul homme entre acidité, techno et musiques tribales pour celle qui a sorti son premier EP Phantom Delia en 2015 et qui a préparé plus que bien le ter-ter pour Ben UFO, parti lui aussi pour un set de quasi-trois heures.

Lena Willikens - Howlin Lupus (Official Video)

Une prestation qui commence mal puisqu’au bout d’une quinzaine minutes, l’un des fondateurs du label Hessle Audio a vu passer un gobelet en plastique d’assez près. Rien à ajouter. À part que forcément, ça doit bien refroidir et que tu dois avoir envie de lui faire jouer le remake de "One guy, one jars", version uncensored. En bon professionnel, il a continué mais n’a pas envoyé le set de sa vie. Efficace, dense et conséquente c’est ce qu’il faudra retenir de la prestation du Londonien qui a conclu une journée bien remplie.

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