sacem rapport musiques électroniques

En 70 pages, ce rapport – le premier de cette envergure – dresse un panorama exhaustif des musiques électroniques en France et apporte un éclairage inédit sur l’organisation propre de ce milieu : ses collectifs, ses festivals, ses modalités de diffusion et d’encadrement.

Comme on pouvait s’en douter, l'étude indique que ces acteurs sont jeunes et digital natives. La maîtrise d’Internet et l’accès à des technologies puissantes et économiques redéfinissent les règles à tous les niveaux : la production de musique, sa promotion, sa distribution (YouTube et SoundCloud en tête chez les indépendants). La gestion des droits constitue aussi un enjeu majeur de cette industrie où l’usage du sampling est omniprésent et où les DJ sets redéfinissent ce qu’est une œuvre originale. La grande majorité des revenus de la musique électronique en France provient cependant des festivals et des clubs, dont le nombre augmente d’année en année et auxquels le rapport consacre un focus.

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S'il est comparable à l'IMS Business Report, qui analyse les évolutions de l'industrie de la musique électronique au niveau mondial, le rapport de la Sacem, qui se concentre sur la France, opère une distinction inédite entre la musique électronique "mainstream" et le secteur techno/house.

Alors que l’EDM domine le paysage de la musique électronique mondiale – comme l’indiquent les derniers rapports de l’IMS –, la France fait figure de résistante. “Tous les festivals qui naissent hors de Paris ne sont ni EDM, ni commerciaux, mais plutôt autour de la techno, de la house, de la bass music, de la trance, etc.”, précisait Tommy Vaudecrane, président de l’association Technopol, lors d’une conférence de l’IMS Ibiza 2016.

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D'où la pertinence, en France, de séparer la musique électronique "commerciale" et les courants plus "underground" : en préambule, le rapport de la Sacem désigne ces deux tendances sous les appellations de dance music et techno/house. Des termes forcément discutables, (David Guetta fait de la musique électronique, quoi qu'on en pense) et d'ailleurs critiqués par nos confrères de DJ Mag, qui s'intéressent à un autre segment de la musique électronique. Mais selon les auteurs du rapport, il ne s’agit pas là de considérations esthétiques, ayant trait aux sonorités ou au style de ces musiques en elles-mêmes. Pour Benjamin Braun et Olivier Pellerin, qui pilotent le rapport, “ces deux segments fonctionnent selon leurs caractéristiques propres, qui ne se croisent jusqu’à présent pas”.

"En France, on constate que l'économie du monde de la techno/house repose en très grande partie sur le live (festivals et clubs), consommé par des publics croissants, jeunes, connectés et érudits. Ses diffusions sont par contre quasi nulles. [...] À l'inverse, la dance music génère beaucoup de droits par ses diffusions dans les médias et les discothèques traditionnels, mais est peu présente en live."

Difficile, en effet, de trouver un producteur dont les tracks passent sur NRJ ou Fun Radio à l’affiche de clubs comme le Rex ou le Sucre. Et vice-versa.

"Les créateurs du monde des musiques électroniques sont condamnés à innover"

Les clubs techno/house plus grands que les discothèques
La distinction entre les clubs dance music et techno/house révèle que chez les seconds, le nombre d’établissements ayant une capacité d’accueil égale ou supérieure à 1 000 personnes est deux fois plus important. Ils sont aussi trois fois plus à dégager un chiffre d’affaire supérieur à 1 million d’euros. Leurs charges sont cependant plus élevées, car c’est en invitant chaque semaine de nouveaux artistes plutôt qu’en salariant un DJ résident qu’ils attirent leur public. Par ailleurs, l'étude comptabilise “quelque 2 000 boîtes de nuit en France”, dont 3 % techno/house, des clubs comme le Rex Club ou le Sucre (soit environ 60, mais l'étude ne donne pas plus de précisions).

La clientèle des clubs électro [techno/house] revêt un caractère plus élitiste […] et vient plus pour apprécier un événement musical que pour se rencontrer”, confirme dans le rapport Bruno Blanckaert, président du Grand Rex (Rex Club) et de la CSCAD (Chambre syndicale des cabarets artistiques et discothèques). “Si nous n’avons pas la programmation ad hoc, nous préférons ne pas ouvrir.

Les créateurs du monde des musiques électroniques sont condamnés à innover, faute de quoi l’omniprésence des sonorités électro [dans la plupart des productions musicales] pourra constituer un facteur d’usure”, estime de son côté Jean-Christophe Bourgeois, éditeur chez Sony/ATV.

Cette innovation sur tous les fronts nécessite un socle stable et une garantie de sa solidité financière. Faciliter le tracking des morceaux et les démarches de dépôt des œuvres pour rémunérer les artistes, reconnaître l’apport culturel des clubs et des festivals, permettre aux collectifs de se professionnaliser : autant d’enjeux aussi identifiés par ce premier rapport de la Sacem.

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Les chiffres à retenir

416 millions d'euros HT, c'est le poids économique du secteur des musiques électroniques en France, soit 17 % du marché des musiques actuelles. En son sein, celui de la techno/house (qui comprend aussi jungle, dubstep, breakbeat…) représente 98 millions d'euros (soit 24 %). Selon l'IMS Business Report 2016, le marché mondial des musiques électroniques représente 7,1 milliards de dollars.

82 % des revenus du secteur proviennent des clubs et des festivals (respectivement 71% et 11%.) Pour le secteur techno/house, cette part monte à 92%.

Moins de 1 % du poids économique provient de la distribution de supports physiques en techno/house.

Les ventes de vinyles représentent 75 % des revenus issus de cette distribution. Pour la musique électronique dans son ensemble, ce chiffre n’est que de 12 %, ce qui montre bien l’existence d’une « culture du vinyle » associée à une certaine vision de la musique électronique.

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Une soixantaine de festivals de musiques électroniques existent en France, stricto sensu. Ce chiffre ne comptabilise pas les très nombreux festivals qui programment à la fois des musiques actuelles et des musiques électroniques.

Plus de 60 % des festivals de musiques électroniques récoltent plus de 100 000 € en billetterie ; ils ne sont que 10 % chez les festivals de musiques actuelles. Une des raisons à cela est qu’ils sont souvent portés par de grosses sociétés commerciales (environ 30%, contre 5% des festivals de musiques actuelles).

Jusqu'à 20 000 ou 30 000 €, c'est le montant du cachet des têtes d’affiche en festival.

4 000 free parties sont organisées par an en France, en dehors des clubs et des festivals, selon l’association Freeform.

225 000 €, c’est le montant des aides consacrées par la Sacem aux musiques électroniques en 2015. Ce chiffre représente 7 % de son engagement en faveur des musiques actuelles ; un montant qui paraît encore insuffisant, lorsque l’on voit que le poids de l’industrie des musiques électroniques représente 17% des musiques actuelles.