Par Antoine Calvino

Ouvrir le métro la nuit ? C’est une véritable Arlésienne qu’Anne Hidalgo a exhumé début septembre. Cela fait bien une trentaine d’années qu’on en parle, les villes de New York et Berlin s’y sont mises depuis bien longtemps, et Londres a lancé cet été l’ouverture de deux lignes 24 heures sur 24. Pendant la dernière campagne municipale, la candidate LR Nathalie Kosciusko-Morizet était d’ailleurs plus enthousiaste encore que sa rivale socialiste. Alors, qu’est-ce qui peut bien empêcher Paris de passer le pas ?

Pour la maire de Paris, qui en “rêve pour 2024”, “la balle est dans les mains de la Région, du Stif et de la RATP”, estimait-elle dans le JDD le 3 septembre. Le lundi suivant, la nouvelle présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, écartait la proposition, expliquant dans Le Figaro que “plutôt que de privilégier quelques milliers de Parisiens qui empruntent le métro la nuit, nous préférons améliorer la vie de millions de personnes transportées de manière indigente dans l'ensemble de l'Île-de-France.” Tout espoir est-il perdu pour les noctambules parisiens, qui guettent leur montre entre 1 heure et 2 heures du matin pour ne pas rater le dernier métro ?

Deux lignes du métro londonien ont été ouvertes 24/24 cet été

Peut-être pas. Si la municipalité profite de l’exemple londonien pour remettre le dossier sur la table, c’est avant tout parce qu’elle a compris l’intérêt de dynamiser la vie nocturne de la capitale. “Nous sommes favorables à l’extension du fonctionnement continu du métro la nuit, au bénéfice à la fois des déplacements touristiques et de loisirs, mais aussi pour faciliter le quotidien des nombreux salariés qui travaillent la nuit en horaires décalés, indique-t-on à l’Hôtel de ville. Il y a 600 000 personnes qui travaillent entre 21 heures et 6 heures, dont 200 000 après minuit. Et ce sont les chiffres d’il y a cinq ans, ça a dû augmenter. Le besoin nous paraît plus important encore le week-end, et à cet égard, l’extension d’horaires qui a été faite en 2007, de 1 heure à 2 heures le vendredi et le samedi, a rencontré un vif succès auprès des usagers. Le problème, c’est que cela fait dix ans que l’on n’a pas avancé. D’autant que les métros partent à 1 h 30 en début de ligne, donc lorsque les gens sortent des bars à 2 heures en milieu de ligne, ils sont coincés. Et s’ils ont un changement, c’est pire.”

Pas une priorité pour la région

Du côté de la région, dont la présidente Valérie Pécresse est décisionnaire sur le dossier puisqu’elle occupe également la tête du Stif, le Syndicat des Transports d’Ile-de-France, on estime que les priorités sont ailleurs : “C’est un projet auquel la région n’est pas opposée, mais dont le coût est estimé 400 millions d’euros par an pour la mandature (de 2014 à 2020, ndlr), entre la maintenance et le personnel… L’urgence est d’abord de régler la perte de 300 millions d’euros par an due au passage du pass Navigo au tarif unique, soit une baisse de 116 à 73 euros. À Londres, l’équivalent de ce pass coûte 400 euros. La desserte nocturne du métro parisien passe également après la rénovation du matériel roulant et la sécurité dans le RER avec l’embauche d’agents supplémentaires et l’installation de nouvelles caméras de surveillance. Or, l’argent ne pousse pas sur les arbres.”

Mais du côté de la mairie, on réfute ces chiffres. “Valérie Pécresse nous parle de 400 millions, mais on ne sait pas à quoi elle fait référence. On ne veut pas ouvrir toutes les lignes de métro en permanence.” L’Hôtel de ville avance une solution progressive : “L’idée serait de gagner une heure le week-end puis une heure chaque année. On commencerait par les lignes 1, 2, 4 et 6 pour quadriller la ville.” Reste également à convaincre la CGT-RATP, syndicat majoritaire, qui s’oppose “à l’extension des horaires du métro parisien”.

Une étude qui se fait attendre

Pour avoir une meilleure visibilité, il faut de toute façon attendre les résultats d’une étude commandée au Stif il y a deux ans par la mairie de Paris et qui est attendue “dans les semaines à venir”. Pour l’instant, les deux administrations sont déjà d’accord pour renforcer le bus de nuit appelé Noctilien, un chantier moins coûteux. Selon la mairie, “il est surchargé et ne passe pas aux bons endroits. Son plan a dix ans, il n’est plus d’actualité. La ligne qui fait le tour des gares transporte 800 000 passagers par an, l’équivalent d’une ligne de bus qui tourne de 7 heures à 21 heures. Il faut donc la doubler et ajouter de nouvelles lignes sur la rive gauche de la Seine.”

Ceux qui ont déjà pratiqué ces bus aux interminables trajets et changements, particulièrement pénibles à pratiquer en hiver, ne sauteront pas de joie. En attendant la remise de la fameuse étude du Stif et la prolongation d’horaires qui suivra peut-être un jour, les noctambules parisiens insuffisamment argentés pour prendre un taxi ou un VTC risquent donc de surveiller l’heure encore un moment.