À 8 heures du matin, dans une petit warehouse désaffectée située dans la zone portuaire de Thessalonique, Ben Klock prolonge un set qui devait se terminer deux heures plus tôt face à plusieurs centaines de jeunes Grecs en extase. Bienvenue au Reworks, le plus vieux festival de musique électronique en Grèce, qui s'étale sur cinq jours (du 14 au 18 septembre) en changeant de lieu à chaque soirée.

Après différents entrepôts abandonnés, la closing party a lieu sur le toit d'un hôtel luxueux, le Met, où la vue est à couper le souffle. C'est là qu'on retrouve Anastasios Diolatzis, le fondateur de Reworks, qui revient sur l'histoire du festival tandis que le public se trémousse sur un set de David August. "Cela fait quinze ans que l'équipe derrière le festival organise des événements, nous explique t-il. Le nom de notre team c'est 'NON', parce qu'on s'est lancés à une époque où il y avait beaucoup de mégaclubs dont le prix d'entrée était très élevé, et qui recyclaient toujours la même musique. Nous, on s'opposait à tout ça."

Bien qu'il ait pris de l'ampleur avec les années, et noué des partenariats avec de grandes marques, Reworks n'a pas perdu sa philosophie. Il continue d'installer une scène gratuite en plein coeur de la ville, le temps d'un après-midi, pour que tout le monde puisse profiter du festival.

Et on note de belles pointures côté artistes, comme Alex Banks, Kobosil ou encore KiNK, bien que des DJ's plus grand public comme GusGus soient aussi invités à mixer. La scène locale est elle aussi mise en avant : de nombreux DJ's du coin s'emparent des platines, même si Anastasios reconnaît que "Thessalonique manque encore de labels et de producteurs". Dans une ville qui ne comporte d'ailleurs aucun club dédié aux musiques électroniques, alors qu'elle est la deuxième plus grande de Grèce, Reworks est donc attendu avec ferveur chaque année par la communauté qu'il rassemble. Pour faire patienter le reste de l'année, les membres de NON organisent tout de même quelques soirées en warehouse, aux côtés d'autres petits collectifs.

Prendre de l'ampleur malgré la crise

Dans un pays qui traverse une grave crise économique depuis sept ans, et où le taux de chômage chez les jeunes avoisine les 50% selon Eurostat, les épreuves traversées par l'équipe du festival ont été nombreuses. L'année dernière était la plus dure : "Les banques étaient fermées et les gens pouvaient seulement retirer 50 euros au distributeur, confie Anastasios. Mais même dans ces circonstances, notre public continue à venir et à nous supporter. Paradoxalement, malgré les difficultés, le festival continue à grandir et à concevoir de nouveaux projets."

Cette année, la grande nouveauté est l'intégration de Reworks au sein de We Are Europe, un projet soutenu par l'Union européenne, qui rassemble huit festivals et vise notamment à "développer une vision prospective des cultures électroniques". C'est grâce à cette initiative, lancée par Arty Farty (regroupant le festival Nuits sonores et le forum European Lab), que Reworks a pu lancer Agora : une série de conférences abordant des thèmes comme la production musicale contemporaine, ou encore l'influence des nouvelles technologies sur le travail des artistes, organisées en parallèle de projections documentaires et autres performances musicales.

Mais si Anastasios est ravi de voir son festival grandir et évoluer, il ne s'emballe pas pour autant. "Vivre en Grèce ne permet pas de faire des plans à long terme. Chaque fois qu'on essaie d'en concevoir, quelque chose de complètement dingue se produit, et il faut tout repenser."

Si l'avenir du pays reste incertain, la résilience de Reworks semble avoir donné de la suite dans les idées à certains organisateurs. Cette année, un nouveau festival s'étalant sur sept jours, Odyssia, vient ainsi de lancer sa première édition. Encore un signe que malgré la crise et les risques encourus, la scène liée aux musiques électroniques parvient à tenir le coup en Grèce.